‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 58 sur 120 · UN HOMME QV ON PREND PRISONNIER' POUR UN AUTRE · texte numérisé non relu

UN HOMME QV ON PREND PRISONNIER' POUR UN AUTRE

Ha, mon Dieu! voila du vacarme.

Je voy tout le monde en allarme.

Morbleu! nous sommes attrapez!

Où diable sommes-nous campez?

C'est un prisonnier que Ton meine.

•larny ! nous voicy bien en peine !

lia: teste bleu, où sommes-nous?

Taschons à gaigner là-dessous :

Mais quel moyen? Voicy la ])rcsse!

Nous n'aurons, ma foy, pas l'adres c De nous tirer jamais d'icy.

La malle bosse ! Le voicy !

Regarde comme on le saboule.

Au beau milieu de cette foule?

Diable! c'est un homme bien fait.

Demande un peu ce qu'il a fait?

Toutefois, non; j'y vay moy-mesme, Et j'useray de stratagesme, Pour en scavoir la vérité, (]ar je voy le monde irrité.

11 est vray que cette canaille IVe fist jamais chose qui vaille: Deux hommes en amassent six, Et les six en font venir dix ; A dix on en voit venir trente, A ces trente il en vient quarante, Enfin l'on voit en un moment, Quil se fait un soulèvement, Sans que personne puisse dire Ce qu'il veut, ny ce qu'il désire.

11 faut que je sçache, pourtant, Pourquoy c'est qu'on le presse t:int.

« Monsieur, un mot, je vous en prie : Y n-t'il quoique batterie ?

Où meine-Von ce prisonnier?

— Je ne sçav, mais un Cordonnier, Qu'on nomme maistre Dominique, L'a veu passer, de sa boutique, Et s'est mis 'a courre après luy ; Lors cet homme-là s'en est fuy.

Le Cordonnier dit qu'on le prenne, Que l'on Tarreste et qu'on luy meino; Au mesme temps, des crocbeteurs Et grand nombre de serviteurs, Sont tous sortis de chez leur maistre,

Âussi-tost qu'ils ont veu paroistre

Celuy-là que l'on poursuivoit, ,Et qui fuyoit tant qu'il pouvoit. /

Mais, près de la rue TirechapeS

Un Fripier a dit : « Je te bape ! »

Et l'a -saisi par le colet,

Luy prosentant un pistolet.

Alors l'on a veu la marmaille

Se mesler parmy la canaille,

Qu'il tient ce pauvre prisonnier,

Et le traito en vray saffrannier-^.

Cependant le Cordonnier drille '\

Et va regaigner sa famille :

11 confesse qu'il a grand tort,

• Cette rue, qui n'a pas changé de nom depuis le douziLmc siècle, commence rue Bethisi et finit rue Sainl-Honoré. Elle était occupée par des fripiers et des tapissiers.

* Banqueroutier.

5 Court, s'éloigne en courant.

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Qu'il s'est mespris un peu trop fort.

Et s'enfuit dedans l'autre rue, En reconnoissant sa Levcuë; Car il avoue ingenuëment Qu'il s'est trompé tiès-lourdeniont ; Et qu'il prenoit ce pauvre diable, Pour un qu'il estimoit coupable D'avoir débauché son valet, Un jour, en jouant au palet :

Cependant cet homme se trouve.

Dans une troupe, qui controuve Cent mille maux qu'il n'a pas fait. »

Regarde bien : vis-tu jamais De plus grande badauderie?

On voit tout le monde qui crie, Et qui court sans sçavoir pourquoy !

Allons, laissons cela, suy-moy; Depcschons, on ne voit plus goutte ; Il nous«{aut prendre une autre route.

Ha ! teste-bleu ! je suis perdu ! Faut-il avoir tant attendu, Pour estre traicté de la sorte?

Jarny bien ! le diable l'emporte 1 Ce fils de putain de brutal, Que tu vois là sur ce cheval, A remply mon habit de boue ; Malle-peste 1 je te l'avoue, Je suis touché sensiblement ; Voila tout mon habillement Perdu sans aucune ressource.

Adieu, je m'en vay, d'une course, A mon logis, pour me changer.

Va-t'en! Tu n'as plus de danger.

PARIS BURLESQUE. i-^î^

Mordy ! mes canons, mes manchettes, Mes galans, et nvs esguillettcs!

Je suis gasté jusqu'au colet!

Le fils de putain de valet !

Ce coquin-là, dans une rue, Piquer une Leste qui rue !

C'est bien pure méchanceté.

Jarny-goy î que de salleté I

Uo, bien, adieu, car je te quitte:

Dans un autre jour je t'invite A voir le reste de Paris.

Cependant chante, dance, et ris.

LA

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