‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 72 sur 120 · UN PLUMET * AVEC SA MAISTRESSE · texte numérisé non relu

UN PLUMET * AVEC SA MAISTRESSE

N'as-tu pas plus dessein de rire, De voir ce Plumet qui soupire, Auprès d une fiere beauté, Dont il n'est pas trop escouté? Dans l'ardeur qui le passionne, Il cajole cette mignonne, A l'oreille il lui dit le mot.

Et le drosle n'est pas manchot :

Il joint, à ses douces paroles, Le son de deux ou trois pistoles, Qu'il fuit dans sa poche sauter, Pour la semondre à Tescouter.

Enfin elle rit, la folastre.

Sous son vermeillon et son piastre, A cause que d'un air plaisant Il s'offre à luy faire un présent.

Marchons toujours à costé d'elle?

Elle en veut à cette dentelle :

La marchande, qui le voit bien, iVe fera pas semblant de rien ; Elle sçait trop comme à ces filles Il faut leur vendre ses coquilles.

Le Plumet cependant est pris, Car la dentelle est de grand prix ;

' re.l-à-dire : un beau, uu élégant, un frinyanl. Le. nlurues, <iuc les lioiumesa a mode portaient alors sur leur chapeau, étuient lu luaique de 1 élégance.

H Taiiiuse de ses paroles,

Parce qu'il a peu de pistoles;

Il en niesprise la façon,

Que ce n'est pas un beau patron,

Qu'elle est trop à la vieille mode ;

Le monde qu'il voit l'incommode:

11 se courrouce à ses valets;

Il dit qu'il en veut du Palais*,

Qu'elles y sont mieux ouvragées ;

Biais je croy qu'il butte aux dragées

Qu'il découvre dedans ce coin :

Il tourne la truye au foin,

La fille dans son cœur déteste,

Et luy-mesme peut-estre peste,

Quoy qu'il ne le tesmoigne pas,

D'avoir illec'* porté ses pas :

Il faut pourtant qu'il s'en retire,

Et que nous achevions de rire.

Enfin voilà l'aventurier

Chez monsieur le Confiturier^.

Il en va payer une livre.

Je voy le marchand qui luy livre;

Pour faire tant le f^mfaron,

Est-ce là ce précieux don?

Il n'est marmiton de cuisine,

De qui raaistresse ou bien voisine,

S'il luy faisoit im peu l'amour,

N'en receust autant en ce jour.

Il est bien sec, ce personnage.

N'en devisons pas davantage.

' C'e;^t-à-(lire : de la Galerie du l'alais. Celait là que les liilgèies tenaient boutique depuis près de deux siècles. Rabelais et Clément Marot parlent de la belle linyere du Palain.

* Eu ce lieu-là;

^ Conliseur.

<^H LE TRACAb Dt PARIS.

Autre chose s'oftYe a nos yeux :

Voicy des bijoux précieux,

Dedans cette vaste boutique,

Qui font à cent bijoux la nique.

Je vois beaucoup de regardans, ^

Mais personne n entre dedans.

On inarchande assez, mais la bourse

Ne peut faire si grande course.

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