‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 79 sur 120 · LE PAIX DE GONESSE · texte numérisé non relu

LE PAIX DE GONESSE

Nous estions bien mal sans cela.

Laisse ce pain : prends celui-là.

Je voudrois en avoir sans cesse.

On l'appelle pain de Gonesse ^ Préférable à ces autres pains.

Que mangent les frians humains, Ny le pain à la Montauronne -

* Le pain qui se fabriquait à Gonesse passait pour le meilleur (lo tous; il était léger et avait beaucoup d'yeux, ce qu'on attribuait à la bonté dos eaux de Gonesse. Lors du blocus de Paris en 1»>48, les bourgeois se désolèrent de voir suspendus les envois de ce bon pain, qui leur arrivait ordinairement tous les jours. Il y a plusieurs mazarinades où sont exprimés ces regrets à l'égard du pain de Gonesse, que l'armée du roi se réservait pour elle.

- Les petits pains à la Monlauron étaient pétris avec du lait.

Nv cet autre fait en couronne, JNy mesme ce pain tortillé, Paistry iVœufs et bien travaillé, Non plus que celuy de la Reine *, Ne flattent nostre gonst qu'à peine, Au prix de ce solide pain.

Toujours fait de la bonne main.

Mais laissons ces discours frivoles : Sans perdre le temps en paroles.

Donnons sur le chapon qui vient, Que ce drosle proprement tient.

Et qui déjà me fait envie De manger, quoy que Ton en die.

A toy, cette aisle, et Fautre, à moy!

Nous voilà plus contens qu'un Roy.

Je te jure qu'il est bien tendre :

Nous avons bien fait de le prendre, Car, dans l'espace d'un Ave, Un autre l'auroit enlevé.

Quel diantre déjà nous lanterne?

Est-ce comme en l'autre taverne?

J'entens dans cette chambre un bruit.

Et quelqu'un çnesme qui s'enfuit.

UN GARÇON DE CABARET, A QDl l'oN FAIT VOLER UNE ASSIETTE A LA TESTE.

Encore faut-il que je voye, Attendu que j'ay de la joye D'estre témoin de cent bons tours Qui ce font icy tous les join\<î.

* Pour fabriqiier les petits pains à la Reine, on faisait la pâte avec de la levure de bière, ce qui la rendait très-molle et trèsonctueuse.

.2i8 l'E TRACAS DE PARIS.

Je juge ce que ce peut estre :

Ces gens, en l'absence du Maistre,

Qui semblent avoir le goust tin, '

Veulent avoir dii meilleur vin :

Ce Garçon, qui n est qu'une beste.

Avec son chapeau sur la teste.

Leur respond fort insolemment

(Ce qui mérite chasliment)

Et d'un air tout à fait yvrogne

Entre ses dents marmotte et grogne,

Comme si cela luy coustoit

De faire pour eux ce qu'il doit.

Ois-tu ce qu'ils disent? Écoute :

(( Donne-nous du bon, quoy qu'il couste

Coquin, ou, de plus de dix ans,

Nous ne mettrons le pied céans !

- Si ce n'est vous, ce seront d'autres !

Respond-il par ses patenostres.

A ce mot si fort offençant,

Un de ces Messieurs, menaçant,

Luy fait, sans que rien ne Finquiete,

Voler à la teste une assiette,

Et, s'il ne se fut esquivé.

Je pense qu'il l'auroit crevé.

0 1 que cette impudence insign(f

De coups de bastons seroit digne!

Si le Maistre en estoit imbû,

Il auroit du pied dans le eu.

La Maitresse, assez bonne femme,

Déjà luy va chantant sa gàme.

Le menace qu'il le sçaura,

Et que ce soir il sortira.

Il n'aura que ce qu'il mérite,

Car, si ce coquin d'hypocrite

Demeuroit longtemps en ce Ueu,

Les beuveurs luy diroient adieu :

I,E TRACAS DE PAKFS. 2i9

Il ne faut, dans une taverne, Qu'un valet fier qui vous lanterne, Pour envoyer le Cabaret Au diantre, avecque le valet.

J'en ay veu trente, je t'asseure, Ruinez par cette avanture.

Mais achevons nostre souper,

Car c'est tantost assez lamper ' :

Il est temps, si nous voulons rire

(Voicy l'heure qu'on se retire),

De nous promener dans Paris,

Et d'y chercher quelque Chloris.

Bernons et com|)to^^J, je te prie;

Ne relevé point mangerie -.

J'ay pour, dans un autre quartier.

Payer encor demy septier.

« Enfansî hola! Que quelqu'un monte''

Prends cet argent, et fais ton compte:

Trente en chapon, et six en pain,

Deux en fromage, et seize en vin,

Dix en jambon, est-ce l'affaire?

Et cinq sols pour la bonne chère,

Sans compter les deux sols pour toy,

Pour te mieux souvenir de moy?

Si tous d'icy te ressembloient.

Tous les beuveurs les aimeroient.

Et si vous pourriez tirer d'eux,

A chaque écot, un sol ou deux,

Au lieu, comme tes camarades,

De faire aux gens des algarades.

Amy, sortons? Adieu, Garçon,

Et donne-nous toujours du bon ! ;<

Boire, comme la mèche d'une lampe s'imbilie rt'huile. C'est-à-dire : ne fais pas le compte de la consommalion.

LES PROMENADES DU POIST-NEUF , LES ENTRETIENS DU SOIF, ET LES AVENTURES AMOUREUSES QUI s'y PASSENT.

En vérité, ce clair de lune Contribue à nostre fortune.

Voilà rheure que le Bourgeois, Et le Plumet à belle voix, Meine Bourgeoise ou Damoiselle, A la promenade assez belle, Et triomphe, en habit tout neuf, Sur les vastes quais du Pont-neuf. .

Quoy qu'il soit, entre dix et onze, Donnons vers le Cheval de Bronze :

Tu verras là mille beautez.

Et leurs amans à leurs costez Qui parlent de leurs amourettes, Et se content mille fleurettes.

En voilà dans leurs passions, Qui font cent protestations ; Marchons derrière ces folastres,

De ces deux filles idolâtres;

Écoutons leurs sots entretiens.

Et peut-estre en riras-tu bien.

Celuy-là dit à cette brune.

Que sa beauté n'est pas commune;

Qu'il brusle pour elle d'amour;

Qu'elle est, la nuit, qu elle est, le jour,

L'unique objet dont sa pensée

Est agréablement blessée;

Qu'il s'en va courir au cercueil,

S'il n'est veu d'elle de bon œil;

Que, pour célébrer ses loiianges.

Il faudroit la bouche des Anges,

Mais qu'il n'ose espérer l'honneur

De toucher tant soit peu son cœur ;

Qu'au reste il est amant fidèle; Qu après luy, faut tirer rêchelle, Et qu'il veut que cette beauté •Esprouve sa lidelité :

t( Nanon, dit-il, ma seule jove.

Où voulez-vous que je m'employe?

Faut-il, pour vous, par monts, par vaux, Entreprendre quelques travaux ?

Faut-il endurer des supplices, Ou franchir quelques précipices ?

Commandez-moy, si vous m'aimez ; C'est vous seule qui nie charmez; Tout ce que je vois dans les Dames N'égale point vos moindres ilàmes, Et partout où vous n'estes pas, Je n'y rencontre aucuns appas. »

L'autre, qui va pressant la hlonde, Luy dit : « Vous estes sans seconde I Mon Dieu! que je serois heureux, D'avoir un peu de ces cheveux.

De ces belles et riches chaisnes, Qui font mes plaisirs et mes peines !

Quand auray-je l'honneur, chez vous, D'embrasser vos charmans genoux?

Je n'ose espérer cette grâce ; Vous n'estes peut-estre que glace, Pendant que je suis plein de feux, Et que pour vous je fais des vœux !

Au moins, bel objet de ma braise, Permettez^moy que je vous baise Ou que je touche ces deux mains Qui donnent des lois aux humains ; 0 que mon sort est déplorable Que je m'estime misérable De ne pouvoir rien obtenir

Pour en garder le souvenir !

Ah! ne seroit-ce point peut-estrc

Que quelqu autre en seroit le maistre?

Je connois bien, pour mon malheur,

Ou\m rival possède ce cœur :

iMais quoiqu'il fasse, ma cruelle,

Il ne sera pas plus fidèle

Que je le suis depuis quatre ans,

Comme premier de vos amans. »

Amy, telles sont les paroles, Et tous les entretiens frivoles.

Que ces esclaves de Tamour Tiennent icy de jour en jour, Cependant que ces dédaigneuses Semblent n'estre pas amoureuses.

Car elles mettent en cent lieux Leur cœur dont elles font leurs dieux.

l'afféterie et le luxe de la bourgeoise co.mmu.ve.

Mais considère un peu ces autres, Qui ne sont pas meilleurs apostres.

Qui portent la brette au costé Avec un air de vanité?

Ceux-là reçoivent des caresses De leurs coquettes de maitresses.

Qui marchent en chasteau branlant, Et crèvent de rire en parlant :

Diroit-on pas que ces floiiettes Ont des testes de girouettes?

Tu vois qu'elles font à dessein Une boutique de leur sein.

Afin de donner dans la vue, ^Et faire voir leur col de grue ?

Ne regarde pas leur tetin,

LE TRACAS DE l'AKlS. 2o5

Mais 'considère leur patin (jui d'un denii-|jied les esleve* ?

En vérité, cela me grève; Cette contrainte me déplaist :

Que ne se tient-on comme on est ?

Auroient-elles moins de mérites, Pour paroistre à nos yeux petites?

Jt; ne puis souffrir ces rubans :

Et ces boutiques dt galans -, Qu'elles portent dessus leur juppes, Car c'est ce qui fait tant de duppes.

Pourquoy ces passements nouveaux, Qui ressemblent à des réseaux, Ces boutons à queue, et guipures, Qui perdent tant de créatures.

Et ces mouchoirs de cent escus.

Qui font tant de maris cocus?

Il est honteux dans nostre*France De voir une telle bombance !

11 semble que Ton fait mépris Et des Arrests et des Edits^;.

C'est à la Cour, quoy qu'on en did^ Qu'appartient cette braverie.

Pourquoy faut-il que le Bourgeois

' Le meilleur commentaii'e de tout ce passage se trouve ilaiis les estampes d'Abraham Bosse, qui donnent une idée si exacte de> modes et des mœur- de son temps. Voy. le Catalogue raisonné de l'œuvre de ce maître, par M. Georges Duplessis, dans la Revue universcUe des Arts, 1857-59.

* On nommait ainsi les rosettes ou nœuds de rubans.

' La plupart des rois de France, depuis Charleraagne, renouvelaient tour à tour le=. lois somptuaircs qui avaient pour but de njcttre un frein nécessaire au luxe des habits; mais ces lois n'étaient jamais observées et tombaient bientôt en désuétude. Louis XIV avait essayé inutilement de les remettre en vigueur. Voy. le Recueil curieux de pièces originales, rares ou inédites, en prose ou en re/w, sur le Costume et les révolulions de la mode en France (Vatis,., 1851, in-8 .

2o4 LE TRACAS DE PARIS.

Viole les ordres de nos rois?

On ne distingue plus nos daiiîes, D'avec le commun des femmes :

Dès qu'une personne d'honneur Prend quelque Juppé de couleur, Ou dès qu'elle change de modo, Enfin, dès qu'elle s'accommode Dedans un estât éclat tant, Une Bourgeoise en fait aut#it; Elle s'ornera de panaches.

Et s'appliquera des moustaches*.

Des postiches, des faux cheveux, Des tours, des tresses et des nœuds, Des coëffes demy -blanche ou jaune, Où les toiles entrent par aune ; De ces beaux taffetas rayez, Qui parfois ne sont pas payez, Car souvent tant de braverie - Cache beaucoup de gueuserie.

Tu festonnes de mes discours?

Je voy ces choses tous les jours.

Et je sçay f omme on se gouverne Parmy ce n^.onde que je berne.

Regarde un peu derrière toy :

JN'e croirois-tu pas, comme mo\.

Que cette femme, avec son lustre, Fust épouse de quelque illustre?

C'est la femme d'un paticier^; Cette autre l'est d'un espicier ;

* Voyez le Discours parliciilier contre les filles el les femmei^ mondaines ilescouvrant leur sein el portant des mouslaclies, par r. Juvernay Paris, 1640, in-8).

- Coquelterie, luxe de toilette.

^ Il y a peut-être ici uue allusion à la célèbre Marie Mignot, qui, veuve d'un pâtissier de Paris, avait épousé, en 1653, le maréchal de l'Hospital.

LE IKACAS DE l'AKlS. t>o5

Celle (jui passe est boulangère:

Sa compagne est une mercière

Qui tient sa boutique au Palais :

Leui-s maris sont-ils pas niais,.

Et de leurs femmes bien esclaves,

De souffrir qu'elles soient si braves ?

Cnnjment faudr;i-t-il babiller

Une fenmie de Conseiller?

Et comment une Présidente?

Puis quune moindre MercadanteS

Ou la femme d'un Procureur,

A jilus que ces femmes d'bonneur.

Fy, fy, mon cber Amy, j'enrage,

Quand je voy ce mauvais ménage.

Les familles pleines de bien

Ne doivent pas s'épargnef rien :

Il faut que la belle despense

Soit pour les femmes de naissance ;

Li' Bourgeois à proportion,

Et selon sa condition,

Car enlin il est ridicule

(Jamais rien je ne dissimule)

Qu'une fille qu'on mariera,

Qui bile de marcband sera.

Et parfois marcband sans négoces,

Voudra que le jour de ses noces

Son pauvre père, sans pouvoir-,

L'babille d'un riclie babit noir,

Ou de moire, ou de ferandine ^,

Et désirera, la badine,

Toute excuse et raison à part.

D'avoir la Juppé de brocard,

* Marchande; mercailanle, en itulien.

* Sans fortune.

* Étoffe de laine ou de soie sur trame de laine.

« Hé quoy? dira-t-elle, épleurée:

Madame telle, mariée, Qui plus de bien que moy nu pas, A bien })ris déplus hauts eslals!

Que diroit-on de moy, mon père ? )• Là dessus, et parents et mère, Tirent de luy, bon gré, malgré.

De quoy s'habiller à son gré, Et le mary, tout fol encore.

Qui nouveau marié Tadore, * Souffre ce grand vol qu'elle prend, Dont à loisir il se repent.

Mais c'est assez sur ce chapitre :

Cherchons, pour faire un nouveau titre; Traversons dans ce grand quartier, Où sont mille gens de mestier.

LE VLN d'eSPAGNE ET LA Cr;0L\ DU TIROIER

Voicy le pays de Cucagne,

Où l'on boit le bon vin d'Espagne,

Le doux hyi)0cras, le muscat,

Et TAlicant si délicat.

Syais-tu quelle est cette fontaine?

Le n'est pas la Samaritaine;

(y est l'autre que tu viens de voir .

C'est icy la Croix du Tiroir.

Place où Themis punit le vice.

Du honteux et dernier supplice.

Prens garde, contre ce poteau,

De t'ai 1er casser le museau :

' Voyez i-i-dcssus, dans Paris ridicule, les ii" xl <jI xli, avec les notes. « La Croix du Tiroir, ou du Tiroor, ou du Tralioir, du verbe Iraliere, dit 1 r. l olietet dans son ouvrage ialitulc : La Ville de Varis, parce que c'e^l le lieu patibulaire et des supplices. Brunehaut y fut tuée à quatre clievaux. »

Ne t'es-tu point blessé la joue?

C'est un voleur sur une roiië, Qu'on expose la quelque temps.

Pour servir d'exemple aux passans.

Détournons de la nostrc veuë, Et tournant dans cette grand'ruë, Qu'on nomme de Sainct Honoré, Sans l'un de l'autre estre égaré :

DN MAUVAIS LIEU QUE l'oN FAIT SAITKR*

Continuons nostre voyage Vers un pays assez sauvage, J'entens la Butte de Saint-Rocli, Où nous trouverons quelque escroc :

Mais d'où viennent tant de chandelles, Dedans l'une de ces ruelles -?

Quel tintamarre ! quel sabat !

Et comme diantre l'on s'y bat !

Ou de loin ma veuë est trompée, Ou je croy voir tirer l'espée A trente ou quarante bretteurs,

^ La prostitution publique, étant seulement tolérée par l'usage et prohibée par les lois, ne rencontrait alors aucune espèce He protection de la part des gens de police. Voyez, sur ces monstrueuses violences, qu'on appelait fiiire sauter tm h les 3/^^-

moires curieux sur l'his:oire des mœurs et de la profitituHou er. France au dix-septième siècle, par Pierre Dufour.

* La butte Saint-Roch était, en quelque sorte, un domaine consacré à la prostitution. 11 existe encore, de nos jours, dans la rue d'Argenteuil et dans les rues voisines, de vilaines maisons, contenqioraines de Colletet, qui sont et ne seront jamais que des mauvais lieux. Dans la Desroute et l'Adieu des filles de joye, qui panU en 1660, on lit les vers suivants:

Adieu, Pont-Neuf, Samaritaine, Butte Saint-l'.och, Petits-Carreaux, Où nous passions des jours si beaux!

2o8 LE TRACAS DE PAP. IS.

Toujours (lu désordre amateurs.

Sçachons, de fenestre en fenestre, A peu près ce que ce peut estre ; Oe n'est pas un acte cruel :

C'est qu'on fait sauter un l)ordel.

Déjà par la fenestre on jette Et la paillasse et la couchette; On oit l'un de ces obstinez.

Qui chante : « Coupcz-Juy le nez ' ' C'est cette infâme créature Oui perdroit toute la Nature, Et l'envoyeroit à l'iirspital, En luy communiquant son mal.

Elle SE sauve, la donzelle, Et puis une vieille avec elle, Qui n"a que le cuir et les os, Et pas une chemise au dos.

L'une de coups* est toute noire.

L'autre saigne de la mâchoire, Et toutes deux, le sein tout nu, N'ont qu'une Juppé sur le eu.

Et se sauvent éclievelées Dans les plus prochaines allées; Cependant ces bons garnemens Se saisissent des vestemens, Et, sans sergent ni commissaire, Ils font eux-mesmes l'inventaire :

L'un emporte le matelas; L'autre, les rideaux et les draps ; Celuy-cy prend la couverture, Et cet autre, quelque guipure;

^ C'iHail un ancien iisagft, dans le peuple de Paris, que ccUe horrible mulilalion du nez exercée sur les femmes de mauvaise vie. Les ruliens et les hommes déprav.'s, qui vivaient dans les mauvais lieux, avaient un talent particulier pour faire ces exécutions, avec un jelon aiguisé, sinon avec un méchant couteau.

L'un, si peu de linge qu'elle a:

L'antre, cassette et cretera.

Brise les vitres et les portes, Fussent-elles cent fois plus fortes (jue ne sont celles de TEnfer, Force son coffre avec un fer, Et s'enrichit de vieilles nippes Qn'avoient amassé ces guenippes*, Soit chez elles ou soit dehors, Aux despens de leur chien de corps.

Que cette avanture plaisante, Amy, me plait et me contente.

Et voudrois qu'on eust à nos yeux Fait sauter tous les mauvais lieux!

Au moins, nostre folle jeunesse.

Qui se débauche et qui s'empresse A voir ces infâmes beautez Qui font leçon d'impuretez, Qui ^rrompent les belles âmes Ave*eurs impudiques fiâmes, N'iroit plus d'un pas diligent Perdre son ame et son argent ; Et, par des laschetez iniques, Jamais, dans nos places publiques, On ne verroit plus nos cadets Finir leurs jours sur des gibets.

Certes, les maux qui nous arrivent, Et qui de cent grâces nous privent, Sont les suites des vanitez Et de ces lasches voluptez :

L'une tous les thresors consomme ;

* Nom injurieux qu'on appliquait aux prostituées qui ne possédaient pas même les nippes qu'elles portaient sur elles.

L'autre rend beste, et corrompt rhomrae, Si, qu'ayant perdu la raison, Loin de maintenir sa maison Dedans un lustre raisonnable, C'est luy qui la rend misérable.

L'espouse qu'il a rencontré,

Suit le chemin qu'il a montré :

Si c'est un fils qui le contemple.

Ce fils un jour suit son exemple :

« Vive, dit-il, les bons repas !

Mon père ne beuvoit-il pas ? •

Si j'ay de l'amour pour les dames,

N'avoit-il pas les mesmes flames?

Et comme il avoit de l'esprit.

Je suis les leçons qu'il m'apprit ! »

Avec ces infâmes maximes.

On mené en triomphe les crimes :

En vingt ans, vous voyez chez vous

Tout aller sens dessus dessous; -

Après vostre mort, une veufve

Dedans mille embarras se treuve,

Et tous vos enfans vicieux

Mangent tout et deviennent gueux.

Profite de cette morale ;

Ne suis pas cette loy fatale,

Et quand tu seras retiré,

Vis dans ton ménage assuré;

Instruis tes enfans et ta femme,

Et songe moins au corps qu'à l'ame;

Et, t'ayant ainsi pour miroir,

Chacun sera dans son devoir.

Cependant avançons encores. Et ne soyons pas si pécores De nous fourer en cet endroit,

Où quelqu'un nous assommeroit :

Les valefs, ainsi que les maistres, Jettent des grais par les tenestres*, Et je prévoy quelque malheur, Si ces gens font plus de ruuienr; Tel portera la folle enchère, Qui ne s'en interesse guère, Et, passant avec son Ailot, N'aura peut-éstre dit qu'un mot.

Donc, pour conserver nostre vie, Ne hasardons rien, je te prie, Et, sages, nous tirans à part.

Prenons ce chemin à Tescart.

UN VOISIN A QUI DXK VOISINE DONNE RENDEZ-VOLS POUP PASSER LA NUIT AVEC ELLE.

Icy l'on ne trouve personne.

Voilà déjà minuit qui sonne.

Nous n'avons plus rien à chercher.

Car le monde s'en va coucher.

Toutefois, par ce clair de lune, Il faut encor husquer ^ fortune.

Tout s'accorde à nostre désir; Tu t'en vas avoir du plaisir.

Prenons un peu de patience ; Que pas un de nous deux n'avance !

Ecoute ce coup de sifflet?

* Il y avait alors, dans toutes las maisons, un petit arsenal de pierres et de cailloux, qu'on gardait, suivant un ancien usage, pour s'en servir au besoin, en cas d'attaque. Ces dépôt» de projectiles survécurent quelque temjis à l'enlèvement des chaînes qu'on tendait dans les rues pour faire des barricades.

- Chercher. Scarron, dans le Virf/ile trarr.^li :

.Eneas, vous estes un sot : Il faut aller busquer lorliine.

Cet lionime sçait bien ce qu'il fait : Déjà je voy (Vicy paroistre Une maisfresse à la fenestre, Oui crache, tousse avec éclat, Jette son pot plein de pissat.

Pour voir si nul ne la regarde, D'autant qu à tous deux il leur tarde Qu'ils ne soient ensemble tous deux, Pour joiier leurs beaux petits jeux.

As -tu veu de la mesme porte Sortir un grand homme, qui porte Une lanterne dans sa main?

Je ne juge jamais en vain :

Je le croy mary de la femme Oue cet autre inquiet reclame.

Et qui luy donne le signal Pour faire avec elle du mal.

Ce pauvre espoux, qui n'aime qu'elle.

Croit son espouse bien fidelle ; Et comme il est officier (Quoiqu'il soit un peu grossie)) De quelque grand' maison voisine.

[I s'en retourne à sa lésine', Après avoir, dans sa maison.

Porté quelque provision.

Cependant la jeune folâtre.

De ce beau galant idolâtre.

En l'absence de son espoux Luy donne quelque rendez- vous.

Vois-tu comme il passe et repasse?

Les plaisans tours de passe passe!

Si tost qu'il apperçoit quelqu'un Pour son dessein trop importun.

Toujours tremblant, il se retire,

* r.Vs(-à-(iirp : îi rofficf ; m iVii'lroit où il rnmaiso son butin.

Et n'ose ny tousser ny rire ; Pour l'autre, impatiente aussi, Tantost la voila, la voicy; Elle se retire, ou s'avance Suivant la crainte ou r espérance.

Et voudroit, pour faire un péché, Que tout le monde fust couché ; Dès qu elle voit une chandelle.

Je pense qu'elle est tout hors d'elle, Dans la crainte que son mary Ne coupe l'herhe* au favory.

Entin, l'on n'entend plus personne ;

Partout l'horloge une heure sonne ;

Le galant revient sur ses pas :

Ils se parlent tous deux tmit has, • Elle descend, la porte s'ouvre.

Et, dans son manteau qui le couvre,

Il entre, sans faire du bruit.

Pour V passer toute la nuit.

Ohl si, par un coup d'avanture, Le mary de la créature.

De chez" son maistre revenoit, Et qu'allant chez luy de sang froid.

Il découvrist ce beau ménage, Que deviendroit ce personnage ?

Us croyent qu'ils ne sont pas veus.

Et noiis les avons apperccus :

llegarde l'adresse des femmes.

Quand elles veulent estre infâmes?

Èst-il finesse que Dieu fit,

Qu'elles ne mettent à profit?

Profitons de toutes ces choses!

1 On <m encore proverbialement : Couper l'hevl.e sous le pioi à quelqu'un; dans le sons de: ronlrarier. empôrl.er, derancer i. projet de qiielqu'nn.

Page 1