LE ROY QUI PASSE AVEC SES GARDES
Mais regardons auparavant
Ce que tu n'as pas veu souvent :
Je voy le monde qui s'amasse
Pour voir nostre grand Roy qui passe*.»
C'est un monarque si parfait !
Admire comme il est bien fait :
C'est un prince de bonne teste.
Qui se mocque de la tempeste,
Et qui, plus généreux que Mars,
Feroit la barbe aux vieux Césars,
Aux Scipions, aux Alexandres,
S'ils n'estoient point réduits en cendres.
Que ces Gardes, à son costé,
Donnent encor de majesté;
Et ces deux rangs de Mousquetaires
A sa garde si nécessaires.
Ses cent Suisses qui bravement
Marchent vestus superbement,
' Depuis, les bairitades de IB-iS, la cour avait cuuipléleuieuL abandonné l'aris ; elle résidait tantôt à Saint-Germain-en-Laye, tantôt à Versailles, tantôt à Fontainebleau. La roi ne faisait que traverser la capitale, et, quand il y couchait, il s'arrêtait au château des Tuileries.
La Imlebarde sur Fespaule (Que Ton respecte dans la Gaule); Ces pages et valets de pie, Dont pas un n'est estropié, Car il faut avoir bonnes jambes (Je n'ay point de rimes en ambes), Pour courir après le beau cliar De Louis, plus grand que César 1 Regarde encore son carosse, Ces riches figures en bosse, Ces chevaux lestes et fringans, Qu'on voit prendre le fiein aux denl^ Sa suite nombreuse et charmante, En pompeux habits éclatante, Et ce cortège des plus beaux De ca*osses et de chevaux?
Voila comme le Roy de France Marche dans la magnificence :
Mais c'est encor bien autrement, Quand c'est cérémonieusement ; Un jour il adviendra, peut-estrc, Qu'ainsi tu le verras paroistre; Lors tu seras ravy, je croy, De voir triompher ce grand Roy.
LES GOBELl.NS^
Cependant, cheramy, que j'aime Pour le moins autant que moy-mesme, Puisqu'en faisant nostre grand tour, On est à la moitié du jour :
Las de trotter dedans la Ville,
* On désignait sous ce nom tous les champs et les marais, que traversait la petite rivière de la Bièvre ou des Gobclins, et qui n'étaient pas encore divisés en rues.
Me veux-tu croire? Faisons gille ' (Aussi bien le temps est fort beau) Jusques au faux-bourg Saint-Marrein, Je meurs d"y boire de la bière; Va, condescens à ma prière:
Tu verras, en ces quartiers-lh.
De quoy, qui te divertira.
Je voy, par ton signe de teste, ()\il\ me suivre ton ame est presip.
Allons, tu me fais grand plaisir :
Depuis six mois, c'est mon désir.
D'icy, c'est une promenade Sur le fossé de TEstrapade - :
Et, tournant an bout du rempart, Nous descendrons vers Sainct-Med.ird ; De là, jusqu'à Saint-H\polite ^, Où de bien diner je t'invite, Car dans ce lieu nous trouverons Tout ce que nous souhaiterons .
Mais, en chemin faisant, regarde, Sans t'amuser à la moutarde...