‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 83 sur 120 · CODPEUR DE BOURSE PRIS SUR LE FAIT · texte numérisé non relu

CODPEUR DE BOURSE PRIS SUR LE FAIT

Or, sans prodiguer nos paroles

A parler de ces babioles,

Choisissons icy des sujets

Qui valent mieux que ces objets.

Regarde, parmy cette foule,

Un homme bien fait, qui s'écoule,

Qui porte un manteau de couleur ;

Le prendrois-tu pour un voleur?

C'est un adroit coupeur de bourses;

Ses doigts subtils cherchent des sources,

J'entends sources d'or et d'argent

Qu'à \-uider il est diligent.

11 costoye une Damoiselle

Qui porte une montre sur elle,

Et cette Damoiselle a toi't

De la laisser pendre si fort.

Je ne croy pas qu'elle remporte

Ce bijou, mais qu'elle ressorte. . ,

J'entens faire du bruit beaucoup:

Le drosle auroit-il fait son coup?

Il en tient, il est pris sans-doute?

Pour : fU (l'archal.

Approche de la presse, écoute ?

Je voy qu'on le tient au colet ; C'est qu on Ta piis rlessus le fait.

0 que j'aime cette avanture 1 Il faut qu'il ait la peau bien dure, S'il ne se ressent pas des coups, Qu'il revoit, par compte, de tous.

Le voilà saisi de la montre :

C'est pour luy mauvaise rencontre.

Et sans doute que son second, Voyant que c'estoit tout de bon, A mieux aimé plier bagage.

Que d'estre en ce lieu davantage.

11 va compter à ses consorts Comme on luy mesure le corps, ' Et Dieu sçait quelle réprimande Il aura de ceux de sa bande, D'ignorer le tour du mestier Où l'on n'a jamais de quartier, Ainsi qu'au bazart à la blanque, Sitost que son maistre le manque.

Je t'assure que j'ay pitié (Non pas pour la grande amitié Que l'on porte à telles canailles) De voir ces tristes funérailles; Chacun le traisne comme un chien, Et je te jure qu'il n'est rien Que petit et grand ne luy fasse.

L'un le frappe dessus la face, Et l'autre, sans regarder où, Luy décharge dessus le cou, Sur la teste et sur les espaules, De longues et fascheuses gaules :

L'autre, de colère vaincu, Luy donne du ^ied dans le eu ; Celuy-cy d'un grand foliet le citigle.

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(îet autre liiy louiTC une épingle (Dont il endure du tourment) Jusques au fond du fondement.

Je pense qu'en cette rencontre En luy-mesnie il maudit la montre, Et voudroit avoir tout entier Fait caca dessus le mestier ^ :

Enfin, le voilà qui s'esquive, La face plus morte que vive, Et se sauve, dans son ennuy, Sans regarder derrière lu y :

A peine le peut-on connoistre; De longtemps il n'ose paroistre :

Ses yeux })ochez au beurre noii' De bien loin le vont faire voir; Encor, dans cette conjoncture, Est-il bien heureux, je t'assure.

D'avoir, malgré les coups de poing, Sauvé le moule du ]JOurpoint :

Cela ne leur est qu'ordinaire, Aussi-tost qu'ils manquent à faire Le tour que ces maudits esprits L'un à l'autre se sont appris ; Car, estant haïs comme peste.

Le monde couche de son reste , Quand il les voit, sans se tromper.

Et quand il les peut attraper.

UN CHARETIER EMBOURBÉ.

Mais prends garde à toy, je te prie.

Que tu ne sois plein de boulie, Car la crotte est liquide icy,

' C'osl-à-ilire : avoir abandonné deimis longtemps son métier de voleur.

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Et je croy que cet enJroit-cy

Est le plus sale de la ville * :

Au diantre soit le malhabile !

Ce ridicule Charetier,

Qui n'entend pas bien son mestiei',

A si mal conduit cette roue,

Que nous voilà couverts de boue !

Pour le punir, il est tombé,

Et son cheval est embourbé.

A crier il se rompt la teste,

Et je plains cette pauvre beste

Qu'il assomme de mille coups,

Et que le faix crevé dessous.

0 Dieu ! comme il se donne au diable!

Ce coquin est bien misérable

De maltraiter cet animal.

Qu'il fait luy-mesme aller si mal :

Il tempeste, il jure, il maugrée,

Et tout icy luy desagrée ;

Si tu luy parles de sangfroid.

Il va t'envoyer tout à droit,

Et peut-estre seras-tu cause,

Si tu luy responds quelque chose.

' CoUetet ue nous dit pas quel était cet eiulioit; au resle, peu de temps après la publication du Tracas de Paris, l'admiulstration avait pris des' mesures salutaires pour le nettoyage des rues. « Dès sept heure? du matin en hyver et à six heures du matin en esté, dit-il dans sa Ville de Paria (16"9, in-12), des hommegajzez de la Ville vont par tous les quartiers sonnant une clochette qui sert d'avertissement aux bourgeois de faire nettoyer par leurs domestiques le devant de leurs maisons et portes, assembler les immondices, et tenir celles qui se font dans leurs offices, chambres et cuisines, prêtes pour les faire prendre par les boïieurs qui passent règlement une demi-heure après : ce qui fait que l'aris, nonobstant la multitude prodigieuse dont il est reiiiph , cst dans une propreté qui ne luy estoil pas ordinaire autrefois, et que les maisons ne sont point sujettes ny au mauvais air ny à la corruption, que produisoient ces amas de saletez domestiques. »

Qu'il donnera cent coups de fouet

A ce cheval déjà flouët,

Qui tire et qui ne sçaui oit aye !

Quoiqu'avecque luy Ton travaille

A le tirer de ce bourbier

Qui le fait jurer et crier;

Car, s'il ne juroit de la sorte

Par quelque démon qui Teniporte,

Le coquin croiroit, sur mon Dieu,

Ne pouvoir sortir de ce lieu ;

On devroit luy percer la langue,

Pour avoir fait cette harangue,

Car, tous, tant qu'ils sont aujourd'huy.

Us blasphèment autant que luy;

Si Fun d'eux estoit aux galères,

Cela feroit que leurs confrères

S'empescheroient de murmurer,

Et s'abstiendroient bien de jurer.

Mais laissons ce vilain infâme,

Qui donne librement son ame

Aux milliasses de démons,

Et nostre colère calmons :

Le coquin ne vaut pas la peine

Que l'on perde après luy l'haleine.

J'aurois besoin de sommeiller.

Mais il faut encore veiller ;

11 faut achever la journée,

Et suivre nostre destinée;

Eloignez du monde et du bruit,

ISous dormirons mieux cette nuit :

Car voilà deux jours, cher fidèle,

Qu'avec toy je bats la semelle.

Et, toy, tu n'as pas moins que njov

Fatigué tes jambes, je croy.

Or, pour nous donner bon courage

De mettre fin à ce vovage,

Dont le récit, assez joyeux, Divertira les curieux ; Surtout ceux qui, pour voir nos langes. Arrivent des pays estranges; Teste à teste, allons déjeuner :

Dépeschons, sans plus lanterner ; Mes }3oyaux font un bruit de diantre, Et le soleil luit dans mon ventre-.

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