‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 4)Chapitre 118 sur 161 · UN GARÇON DE CABARET, A QUI L*ON PAIT YOLER UNE ASSIETTE A LA TESTE · texte numérisé non relu

UN GARÇON DE CABARET, A QUI L*ON PAIT YOLER UNE ASSIETTE A LA TESTE

Encore faut-il que je voye,

Attendu que j'ay de la joye

D'estre témoin de cent bons tours

Qui se font icy tous les jours.

Je juge ce que ce peut estre :

Ces gens, en l'absence du Maistre,

Qui semblent avoir le goust fin,

Veulent avoir du meilleur vin :

Ce Garçon, qui n'est qu'une beste,

Avec son chapeau sur la teste,

Leur respond fort insolemment

(Ce qui mérite chastiment)

Et d'un air tout à fait yvrogne

Entre ses dents marmotte et grogne,

Gomme si cela luy coustoit

De faire pour eux ce qu'il doit.

Ois-tu ce qu'ils disent ? Écoute :

« Donne-nous du bon, quoy qu'il couste,

Coquin, ou, de plus de dix ans,

Nous ne mettrons le pied céans I

— Si ce n'est vous, ce seront d'autres ! »

Respond-il par ses patenostres.

avec de la levure de bière, ce qui la rendait très-molle et très-onctueuse.

A ce mot si fort offençant, Un de ces Messieurs, menaçant, Luy fait, sans que rien ne l'inquiète, Voler à la teste une assiette, Et, s'il ne se fust esquivé, Je pense qu'il Tauroit crevé.

! que cette impudence insigne De coups de bastons seroit digne !

Si le Maistre en estoit imbû, Il auroit du pied dans le co.

La Maistresse, assez bonne femme, Déjà luy ya chantant sa gâme, Le menace qu'il le sçaura, £t que ce soir il sortira.

Il n'aura que ce qu'il mérite, Car, si ce coquin d'hypocrite Demeuroit longtemps en ce lieu, Les beuveurs luy diroient adieu :

Il ne faut, dans une taverne, Qu'un valet fier qui vous lanterne, Pour envoyer le Cabaret Au diantre, avecque le valet, # J'en ay veu trente, je t'asseure, Ruinez par cette avanture.

Mais achevons nostre souper, Car c'est tantost assez lamper l :

Il est temps, si nous voulons rire (Voicy l'heure qu'on se retire), De nous promener dans Paris, Et d'y chercher quelque Chloris.

1 Boire, comme la mèche d'une lampe Vimbibe d'huile.

Beurons et comptons, je te prie ; Ne relevé point mangerie i .

J'ay pour, dans un autre quartier, Payer encor demy septier.

« Enfans 1 hola ! Que quelqu'un monte Prends cet argent, et fais ton compte :

Trente en chapon, et six en pain.

Deux en frpmage, et seize en vin, Dix en jambon, est-ce l'affaire ?

Et cinq sols pour la bonne chère, Sans compter les deux sols pour toy, Pour te mieux souvenir de moy ?

Si tous d'icy te ressembl oient, Tous les beuveurs les aimeroient, Et si vous pourriez tirer d'eux, A chaque écot, un sol ou deux, Au lieu, comme tes camarades, De faire aux gens des algarades.

Amy, sortons? Adieu, Garçon, Et donne-nous toujours du bon ! »

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