LE PAIN DE G0NESSE
Nous estions bien mal sans cela.
Laisse ce pain : prends celui-là.
Je voudrois en avoir sans cesse :
On l'appelle pain de Gonesse *, 1 Préférable à ces autres pains, Que mangent les frians humains.
Ny le pain à la Montauronne 2 , Ny cet autre fait en couronne, Ny mesme ce pain tortillé, * Paistry d'œufs et bien travaillé, Non plus que celuy de la Reine 3 , Ne flattent nostre goust qu'à peine, Au prix de ce solide pain, Toujours fait de la bonne main.
Mais laissons ces discours frivoles :
Sans perdre le temps en paroles, Donnons sur le chapon qui vient, Que ce drosle proprement tient, Et qui déjà me fait envie De manger, quoy que Ton en die.
.A toy, cette aisle, et l'autre, à moy !
Nous voilà plus contens qu'un Roy.
Je te jure qu'il est bien tendre :
Nous avons bien fait de le prendre.
Car, dans l'espace d'un Ave, Un autre l'auroit enlevé.
1 Le pain qui se fabriquait à Gonesse passait pour le meilleur de tous; il était léger et avait beaucoup d'yeux, ce qu'on attribuait à la bonté des eaux de Gonesse. Lors du blocus de Paris en 1648, les bourgeois se désolèrent de voir suspendus les envois de ce bon pain, qui leur arrivait ordinairement tous les jours. Il y a plusieurs mazarinades où sont expri. mes ces regrets' à l'égard du pain de Gonesse, que l'armée du roi se réservait pour elle.
2 Les petits pains à la Montauron étaient pétris avec du ait.
3 Pour fabriquer les petits pains à la Reine, on faisait la pâte
Quel diantre déjà nous lanterne ?
Est-ce comme en l'autre taverne ? J'entens dans cette chambre un bruit, Et quelqu'un mesme qui s'enfuit.