‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 4)Chapitre 132 sur 161 · LA GAZETTE DE LORET · texte numérisé non relu

LA GAZETTE DE LORET

Cet autre-là, la Lettre en vers, Non de Loret, fils du Parnasse, Mais de celuy qui tient sa place, Et qui fait si bien aujourd'huy, Que Loret ressuscite en luy 2 .

Toutes ces choses innocentes Sont-elles pas divertissantes?

1 On publiait en Hollande, à cette époque, un grand nombre de gazettes politiques, écrites en français, qui n'ont pas été conservées dans les bibliothèques et qui sont à peine citées dans l'histoire des journaux. On doit s'étonner que ces feuilles périodiques, très-hostiles à la France en général, arrivassent alors à Paris et fussent données en lecture publiquement ; parmi elles, il faut citer les Mercures italiens de Vittorio Siri.

3 La Gazette en vers de Loret eut divers continuateurs, celui dont François Colletet veut parler ici n'est autre que Charles Robinet sieur de Mayolas. « En mourant, dit M. le comte de La Borde dans les notes de son bel ouvrage, intitulé le Palais Mazarin, Loret prit soin de donner un tuteur à sa chère gazette ; il disposa de son sceptre littéraire comme d'un héritage, et il institua un successeur. Ch. Robinet, qui avait entrepris une continuation aux Lettres en vers, annonce la mort de Loret en -1665 et ses dernières dispositions :

D'ailleurs, ayant son heure extresme,

Par un soin digne de luy-mesme,

Voulant avoir un successeur

Qui pût luy faire quelqu'honneur,

Il en fit avec diligence

Recevoir un en survivance,

Qui sans doute a pareillement >

Pris ce soin moins diligemment »

Et n'es-tu pas Lien satisfait Du chemin que nous ayons fait?

Il est vray que ta lassitude Te donne un peu d'inquiétude, Mais une nuit de bon repos Restablira tes petits os.

Enfilons la Porte Dauphine 1 :

L'heure presse pour la cuisine, Et je seray bientost bandé Pardevant PHostelde Condé *.

Desjà nostre chemin s'avance, Pour le bonheur de nostre pance :

Voilai la Porte Sainct-Michel 3 .

Jamais voyage ne fut tel.

Icy, c'est la Porte Sainct-Jacques 4 :

Je ne le sens que trop aux caques, Qui sont dans le nouveau Marché, Qu'à bastir on fut empesché 5 .

1 Cette même porte, que la plupart des historiens de Paris ont oubliée, était dans la rue Dauphine, à la hauteur de la rue Contrescarpe. La place qu'elle occupait est encore indiquée par une inscription qui rappelle sa démolition en 4673.

2 Le théâtre de l'Odéon a été bâti sur une partie de l'emplacement des jardins de l'hôtel de Condé. Les bâtiments de ce magnifique hôtel longeaient la rue des Fossés-Monsieur-le Prince (A. B.)

• Cette porte était située à -l'extrémité de l'ancienne rue de la Harpe, à l'entrée de la place qui a conservé son nom jusqu'à la construction du boulevard Saint-Michel. Elle fut abattue en 1684. Voyez les Recherches sur les portes fortifiées, à la suite de la savante Dissert, archéolog. sur les anciennes enceintes de Paris, par M. A. Bonnardot (1853, in-4, flg.)

4 Cette porte, située entre la rue de l'Estrapade et la rue Saint-Hyacinthe, a été démolie en 1684. Voy. les recherches de M. A. Bonnardot sur les portes fortifiées de Paris.

* C'était le petit marché Saint-Étienne-des-Grès, au haut de la rue Saint-Jacques.

l'estrapade.

Enfin, tu vois bien l'Estrapade *, Triste et douloureuse escalade Où Ton fait monter quelquefois Ces grands violateurs de loix, Je parle de loix militaires Qui sont justes et fort sévères :

Item, auprès, est le gibet Où le criminel, au colet, Une fois pris, n'en peut descendre, Parce qu'il a gagné le pendre.

SAINCT-MEDARD.

Mais laissons ces gibets à part,

Il vaut bien mieux voir Sainct-Medard 2 :

C'est une magnifique église,

Qu'avec grande raison je prise ;

D'où sont beaucoup de gens de bien,

Et dont je suis paroissien 3 .

1 Cette place, qui se nommait ainsi depuis le règne de François I er , devait son nom au genre de supplice qu'on y infligeait aux soldats. L'estrapade [strapata) était une machine avec laquelle on enlevait en l'air le patient, qu'on laissait retomber à terre un certain nombre de fois, et tellement qu'on lui brisait souvent les os. '

2 Cette église, dont la fondation remonte au neuvième ou dixième siècle, fut reconstruite et agrandie en 1586; quoique Colletet la qualifie de magnifique, elle est assez laide ou du moins très-insignifiante.

. 3 Fr. Colletet nous apprend qu'il demeurait sur la paroisse Saint-Médard ; laquelle n'était pas très-étendue, mais il ne nous fait pas connaître la rue où était sa maison. Le voisinage des tavernes l'avait sans doute attiré dans ce quartier.

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