‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 4)Chapitre 33 sur 161 · LES CHARNIERS SAINT-INNOCENT · texte numérisé non relu

LES CHARNIERS SAINT-INNOCENT

C'est assez, Madame Moralle :

Dans le mal comme dans le bien, Tous les excez ne valent rien, Trop de vertu porte scandalle.

Passons dedans ces vieux charniers, C'est-à-dire sous les greniers De ces reliques mortuaires; Et, dans ces différens objects, Nous trouverons les loix contraires Où tous les Mortels sont sujets 2

Les plaisantes Tapisseries 3

1 Les Charniers, qu'on appelait aussi galetas, formaien une galerie voûtée, basse et humide; ces arcades gothiques ouvertes du côté du cimetière, avaient été construites successivement vers la fin du quatorzième siècle, aux frais de quelques personnes pieuses, entre autres le maréchal de Boucicaut et Nicolas Flamel. Cette galerie, pavée de tombeaux, tapissée d'épitaphes, était encombrée d'échoppes de lingères de modistes, de marchands d'estampes et d'écrivains publics. Voy. dans le Tableau de Paris de Mercier une curieuse description des Charniers, au-dessus desquels on entassait tous les ossements qu'on retirait du cimetière.

2 C'est une réminiscence des vieilles rimes de la Danse macabre qui était peinte sous les Charniers le long de la rue de la Ferronnerie.

L Dance macabre s'appelle, Que chacun à dancer apprend.

A l'homme et femme est naturelle Mort n'espargne petit ne grand.

3 L'auteur parle des tailles-douces et autres sortes de papier qu'on y vend, surtout des Portraits de la famille royale et autres personnes de la première qualité. (De Bl.)

De carte et de papier noircy!

Que de choses en racourcy

Dessous ces sombres Gallerjes!

Que d'estampes et de dessins,

De grands Seigneurs, de petits Saints,

Et de Bestes d'après nature !

Que je yoy d'un œil satisfait

Là ces vanitez en peinture,

Qui sont vanitez en effect 1 !

Icy chaque homme a son image, Chaque femme a la sienne aussi, Chaque tout a son racourcy, Chaque Ville a sonpaisage, Chaque Païs a son pinceau, Chaque Elément a son Tableau ; On y voit le Paradis même Et l'Enfer à la triste gent ; On y trouve enfin la Mort blême, ' Et de tout, hormis de l'argent.

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