LA CROIX DU TIROIR
Cette croix me met bien en peine Que fait-elle dedans ce lieu ?
Seroit-ce une Croix de par Dieu 4 , Ou bien une Croix de Lorraine 5 !
1 11 entend dos Louis d'or, des Ecus et autres belles pièces de monnoie qu'on y frappe. (De Bl.)
Dans un si détestable lieu !
3 Cette croix, qui avait donné son nom au carrefour de la nie de l'Arbre-Sec, est appelée, dans les anciens titres, Traïhouer, Traihoir, Trihouér,Tyroer, Tiroye, etc. La meilleure étymologie paraît être celle de trahere, qui peut se rapporter également à un marché et à un Heu de supplice. Sauvai pense que le fief de Thérouenne, qui était voisin, a laissé son nom corrompu au carrefour du Tiroir. Quant à la Croix de pierre, érigée originairement au centre de ce carrefour, elle fut transportée^ en î«3«, contre un pavillon qui servait de réservoir aux eaux d'Âhîttelb«t de fontaine publique.
4 Qui est au commencement des livres Alphabétiques des enfans. (De Bl.)
5 Dans le Blason, on distingue les Croix, selon la figure dont elles sont. Celle du Tiroir, qui est de pierre de tailje,
Nenny, c'est la Croix du Tiroir, La seule noble antique à voir Dedans ce village moderne :
Qu'elle est grande ! On la voit de loin ; Mais sa disgrâce me lanterne :
Pourquoy l'a-t-on mise en ce coin?
Muse, c'est ce qu'il me faut dire ; Autrement, je crie aux voisins, Et nous ne serons pas cousins A la fin de cette Satire :
Brûle comme magiciens Plustost tes livres et les miens...
Haï ma mémoire s'est refaite; Sçavez-vous pourquoy c'est, Badaults 1 ?
C'est qu'icy la Reyne Gilette Fut tirée à quatre Chevaux 2 .
engagée dans la muraille d'un des coins de ce carrefour, est de la figure dont on représente ordinairement celle de Notre- Seigneur J. C. (Db Bl.)
1 C'est le saubriquet des Parisiens. (De Bl.)
2 II entend, par la Reine Gillette, la Reine Brunehaut ou Brunechilde, femme de Sigebert I et mère de Childebert II, Rois d'Austrasie. Elle fut régente pendant la minorité de son fils, et ensuite pendant celle de ses fils, et causa bien des maux dans le royaume d'Austrasie, lequel ayant été réuni à la Couronne de France sous le règne de Clotaire II, celui-ci l'accusa d'avoir fait mourir dix princes du sang. EUe fut condamnée d'être tirée à quatre chevaux dans cette place, appelée, pour cela, du Tiroir; ce qui fat exécuté vers l'an 614. (Db Bl.) — Mais la plupart des historiens contemporains de la reine Brunehaut font mourir cette malheureuse reine en Bourgogne, et non à Paris, attachée à la queue d'un cheval fougueux.