‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 4)Chapitre 76 sur 161 · LES ENTRETIENS D*UN GASCON · texte numérisé non relu

LES ENTRETIENS D*UN GASCON

Pardy, voicy quelque nigaut :

C'est un Gascon, ou peu s'en faut.

Abordons-le : « Monsieur, je pense Estre de votre connoissance?

Je crois vous avoir veu à Mets?

1 Briquet.

2 On ne disait pas encore tabatière, qui s'éloigne de l'étymologie tabac.

— Pourvoit vien estre, Monsu ; mais Qui estes-bous, ne bous desplaise ?

— Monsieur, on me nomme Saint Biaise,

— Demeurez, par ta bertu bien !

Je bous ay beu en quauque lieu :

Diou me dane, c'est en Olande,

A Bolduc, ou vien dans Ostende.

— Dans Ostende, pardonnez -moy.

— Attendais, j'y suis, par ma foy; Cest put estre en la Cathalongne?

— Non, non, Monsieur, c'est en Gascongne.

— Parbleu, bous dites bray, fen suis. Mais où est-ce que je bous bis ?

— Je ne sçay pas, mais il me semble D'avoir fait un voyage ensemble.

— Cap de bious ! sans tant vadiner, Jou m'en bau vien lou débiner;

Il faut que ce soit à Mirande, San Macary, ou vien Marmande 1 .

— Sur mon ame, je n'en sçay rien, Mais pourtant il me semble bien Que je connois votre visage.

Venez, parlons-en davantage, Faisons un tour : nous causerons En lieu moins sujet aux aurons ; Vous vous pourriez trouver en peine»

Où logez-vous, que je vous meine

Chez vous, Monsieur? Que pensez-vous?

Ce pont est farcy de filoux 2 »

i Proverbe gascon qui réunit les noms de trois petites villes de Gascogne : Mirande (Gers), Saint-Macaire (Gironde) et Marmande (Lot-et-Garonne).

3 « Quant aux voleurs, dit Colletet dans son ouvrage intitulé : la Ville de Paris (1679), on les craint à présent si peu.

— On le dit, mais fattens mon frère :

Il est allé chez son veau Père.

— C'est bien fait, mais, en attendant, Gare la bourse cependant.

— Ma vourse, mordy, malle-peste I Peu cap de bous, je bous proteste.

— Àga, hé, que dit ce badaut ?

— C'est bous qui estes le nigaut !

Rendez-moy, ou je bous assomme ? - Mais bous n'estes pas Gentil-homme 1 Je ne me bats pas contre bous. »

Ce passe-temps n'est-il pas doux?

Frottez-vous-y ! Mais, vous, Rivière, Où Ton voit mainte lavendiere, Noyez-moy, si vous m'y trouvez, Vous, Seyne, l'esgoust des privez i .

D'une si grande et sale Ville !

Passons maintenant dedans l'Isle 2 :

Voyons ce qu'on fait dans ce lieu,

'gnose étonnante, que sur le Pont Neuf où il n'y avoit point de sûreté passé quelques heures, on y marche à présent avec aussi peu de crainte qu'en plein jour, par l'augmentation qui s'est faite des compagnies du guet qui marchent à toutes heures et qui conduisent mesme chez elles les personnes égarées ou qui se trouvent prises de vin ou de quelque autre accident. »

1 Autrefois, la plupart des fosses d'aisance, dans toutes les maisons voisines de la Seine, communiquaient avec la rivière, soit par des conduits souterrains, soit à travers les terres. Ce fut à partir du règne de François I er que la police exigea que les fosses ne laissassent plus échapper les matières solides ou liquides ; mais il fallut plus de deux siècles pour obtenir l'exécution de cette mesure de salubrité publique. (Voy. cidessus Paris rid., n° l.)

3 L'Ue de la Cité, qu>'on appelait alors l'Ile du Palais. {Voy. ci-dessus Paris rid., n° lu.)

Où je croy qu'on tromperoit Dieu, Dans ce pervers siècle où nous sommes, Ainsi qu'on y trompe les hommes.

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