‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 4)Chapitre 8 sur 161 · X AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

X AVERTISSEMENT

faveur que toutes ces pièces prises avec lui, quelque condamnables quelles fussent dans le fond, n'étant que de vieille date, pouvoient étue pardonnées à une jeunesse imprudente que le feu de l'imagination avoit emportée, sans savoir bien ce qu'elle faisoit. Mais tous ces beaux discours ne purent trouver grâce auprès des vieux barbons; et comme Le Petit étoit d'une naissance trop obscure, et que ses parents mêmes, aussi dénués que lui de tout crédit et support, n'avoient pas l'assurance de se présenter pour tâcher d'obtenir sa grâce, il fut abandonné à son mauvais destin, et périt de la manière que j'ai fait voir.

« Je passe aux ouvrages de sa façon qui étoient infiniment mieux entendus que ses premiers, et dont j'ai fait espérer qu'on auroit du plaisir à en être un peu instruit. Je n'en puis alléguer que deux ou trois morceaux qui se trouvent encore parmi mes vieux papiers : ce sont principalement deux sonnets, dont le dernier, et qui est à mon avis le plus passable, étoit une de ces pièces mendiées pour servir d'éloges audevant des ouvrages qui se publioient si légèrement tous les jours ; l'autre une peinture fort naïve d'un poète crotté, où il se trouve des traits de pinceau assez vifs de ces sortes de gens ; et enfin deux strophes tirées de deux poèmes de mille vers chacun, qu'il avoit composés à l'honneur des deux sortes d'auteurs qui se distinguent le plus dans l'art de bien écrire, savoir pour les orateurs et les poètes, dont il avait choisi cent sujets, pour chacun genre, dans le cours du siècle. Chacun de ces auteurs ainsi triés avoit sa strophe de dix vers, ce qui en faisoit mille en tout pour chacun des deux poèmes, dont il appeloit l'un la Milliade oratoire, l'autre la Milliade poétique. De toutes ces' stropnês, ma mémoire n'en a conservé que deux, et je prie le lecteur de m'excuser, si ce pauvre homme m'ayant, par privilège et prévention d'amitié, fait la petite faveur de me donner rang parmi les cent orateurs qu'il

de l'éditeur. xi

avoit choisis pour remplir son plan, j'ai la facilité (faute de mieux) de produire ici la strophe qui me regardoit. L'autre étoit pour un sujet de bien plus grande distinction, savoir ce fameux M. de Gombaud. Aussi commencera i-je par lui. Voici donc son

DIXAIN.

Tes inimitables sonnets, Fils d'une belle renommée, Vont à la cour, vont à l'armée, Vont aux cercles, aux cabinets ; La louange que Ton leur donne Dans la bouche de chacun sonne, Et de tons côtés retentit :

Gombaud, ta muse sans seconde Peut bien en avoir de Petit, Puisqu'elle en a de tout le monde.

a Pour ce qui est de mon dixain, il étoit tel, et je prie encore une fois le lecteur de me pardonner l'étalage que j'en fais ici :

On verra de ta plume illustre Quantité d'ouvrages galants, Si tu cultives les talents Dont ton art rehausse le lustre Ton style est fin et délicat, Tu ne sens point ton avocat, Et, sans flatter ton écriture, En faveur de notre amitié, Si tu n'es tout à fait Voiture, Rou, du moins tu l'es à moitié.

a Le sonnet du Poëte crotté étoit tel :

Quand vous verrez un homme, avecque gravité, En chapeau de clabaud, promener sa savate, Et le col étranglé d'une sale cravate, Marcher arrogamment dessus la chrétienté ;

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