‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 4)Chapitre 84 sur 161 · LE HAUT STYLE DES SECRÉTAIRES DE SAINCT-INNOCENT · texte numérisé non relu

LE HAUT STYLE DES SECRÉTAIRES DE SAINCT-INNOCENT

Ma foy, je le voy, c'est luy-mesme ; Je le connois à son teint blesme.

Suy-moy, nous rirons aujourd'huy.

Je voy qu'an homme, auprès de luy, S'en va parler de quelque affaire À cet illustre Secrétaire.

Avançons, oyons leurs discours?

Ce drôle icy parle d'amours ;

Il veut escrire à sa maistresse.

Faut escouter avec finesse;

Approchons-nous de ce tombeau 1 .

Regardons dans cet escriteau 2 ,

Et nous ferons semblant de lire.

Mais donne-toy garde de rire :

Faut escouter avec loisir,

Si tu veux avoir du plaisir.

Tien, le Secrétaire commence

De desployer son éloquence ;

Escoute plustost l'amoureux :

v Monsieur, je suis très-malheureux ;

J'ayme une jeune Damoiselle,

Mais je ne suis point connu d'elle.

Elle se nomme Louïson,

Et je sçay fort bien sa maison.

11 faut que vous preniez la peine

De m'escrire une lettre, pleine

De beaux discours, où vous marquiez

Par des vers, où vous expliquiez

Le jour que j'eus sa connoissance,

Et qu'il n'est point dedans la France

D'homme plus amoureux que moy;

Que jeluy veux donner ma foy;

Après, vous luy direz encore

Que dans mon ame je l'adore,

1 Sous les Charniers, les tombeaux étaient en partie masqués par les échoppes d'écrivains publics, de marchands d'estampes , de lingères et de marchandes de modes : il était donc assez difficile de lire les épitaphes, qui faisaient un si singulier contraste avec les marchandises qu'on y étalait.

3 Épitaphe, inscription.

Que ses beaux yeux me font mourir.

Vous scavez fort bien discourir :

Vous ferez, s'il vous plaist, le reste, Et comme enfin je luy proteste, Que je veux vivre désormais Son serviteur à tout jamais; Et puis, sur le dessus d'icelle, Il faut mettre : A Mademoiselle, Mademoiselle Louison, Demeurante chez Alizon, Justement au cinquiesme estage, Près du Cabaret de la Cage, Dans une chambre à deux châssis, Proche Sainct-Pierre des Assis *.

— Hé bien, hé bien, laisse-moy faire, Dit cet illustre Secrétaire.

Quand il est question de rimer, Je sçay fort bien m'en escrimer, Je dépite 2 homme delà ville, Qui me puisse esgaler en style.

Laissez -moi faire, j'ay compris î Voyez, cependant que j'escris, Parmy ce grand nombre d'images :

, Vous y verrez de beaux visages, Et puis je vous advertiray ; Après cela, je vous liray

i La petite église de Saint-Pierre-des-Arcis, rue de la Vieille -Draperie, derrière celle de Saint-Barthélémy dans la Cité, fut fondée en 926, lors de l'épidémie des Ardents qui désolait la ville de Paris. Reconstruite en 1424, elle fut modernisée eni7H, et supprimée à l'époque de la Révolution. Elle tomba en 1800, et sur son emplacement s'ouvrit une nouvelle rue.

J Je défie.

La lettre, quand je l'auray faite :

Je Pescriray tout d'une traitte ! »

Parbleu ! faut que nous- sçachions tout :

Faut entendre jusques au bout Cependant lis cet Epitaplie; Ta verras un bel orthographe.

A la fin de son compliment, Je t'appelleray doucement.

Pcht ! il a fait son escriture.

Vien-en entendre la lecture?

Despesche-toy donc d'avancer?

Le voila qui va commencer.

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