XIV AVERTISSEMENT
voir les traces d'un grand nombre d'excellents personnages, ont souvent esté les tesmoins de quelques pieux entretiens que nous y avons eus ensemble : c'est là qu'il m'a fait connoistrc que parmi les emportemens et la licence d'une jeunesse mal conduite, il se trouve certains momens où la Grâce combat avec le libertinage dans le cœur inquiet du pécheur, et qu'elle n'est pas toujours victorieuse. Ces vers, qu'il m'avoit confiés et que je vous donne, parleront mieux que moi de cette vérité; ils vous diront que ses pensées n'ont pas toujours été criminelles. Au reste, monsieur, ce trépas funeste dont je ne puis parler sans quelque atteinte de douleur, et sans laisser choir des larmes sur le papier, nous doit tenir lieu de leçon salutaire, en nous avertissant de ce que dit le grand saint Augustin, que nostre conscience ne doit pas estre sans crainte et nostre joye sans inquiétude, puisque l'avenir nous est inconnu... Je vois bien qu'il faut plustost chercher du feu dans le, sanctuaire pour nous enflammer de l'amour divin, que des lumières pour l'esprit dans l'école de Platon ou dans le superbe lycée d :s philosophes. Le feu qui brusle dans la teste ne descend pas jusqu'au cœur, » etc..
Ces révélations , faites par un ami de Claude Le Petit, ne prouvent pas cependant que ce poëte fougueux et téméraire eût en lui l'étoffe d'un père de l'Eglise : nous croyons plutôt que l'incorrigible auteur de Paris ridicule, tout imbu qu'il était de la philosophie de Platon et d'Épicure, ne balançait lias à mettre sa plume à la solde d'un libraire ou de tout autre patron qui voulait payer sa prose et ses vers : le récit de Jean Rou ne laisse pas de doute à cet égard.
Le Paris ridicule, comme l'auteur le disait luimême, était « une pièce du temps de ses anciennes folies; » on peut donc supposer avec certitude qu'elle avait été écrite vers l'année 1655 ou l(i5G ; on y remarque plusieurs particularités qui équivalent à des