‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècleChapitre 115 sur 256 · UN INNOCENT2 A QUI ON JETTE DES PIERRES · texte numérisé non relu

UN INNOCENT2 A QUI ON JETTE DES PIERRES

Un Innocent, suivy d'enfans, •Jue je connois depuis dix ans:

Celuy-C) le charge de boue, Et cet autre le couche en joué, I.uy jettant de pierres au dos, Dont se repentiront ces sots; Car, s'il luy prend un coup envie (Y deust-il exposer sa vie) De courir et fondre sur eux, Tu verras îles gens bien peureux.

Admire aussi ce pauvre hère, Ce pauvre l'ou, que veut-il faire D'un si grand nombre de haillons'?

i Cajoler, quoique synonyme de causer, se prenait dans le

sens de baguenauder.

- Pauvre d'esprit, fou. il est à remarquer que les fous, qui étaient chez les anciens un objet de respect presque rel ne trouvaient que mépris et cruauté de la part du peuple chrétien, quoique Jésus eût dit dans l Bion"

heureux les pauvres d'esprit, parce qu'ils verront Dieu! »

LE TRACAS DE l'A RIS. 289

Il n'est guenille et guenillons Que de rue en rue il n'amasse, Et ne foure dans sa besace.

N'as-tu poiût pitié de le voir, Depuis le matin jusqu'au soir, Ramasser mille vilenies, Et, poussé de folles manies, Mordre la terre à belles dents :

Courir après ces impudeus, Qui n'ont point d'autres exercices Qu'à luy faire mille malices ? Je t'asseure que je le plains, Et les peuples sont inhumains, De souffrir ainsi qu'on maltraite Ceux dont la teste est si mal faite ; Doit-on pas, pour mille raisons, Les mettre aux Petites .Maisons ' ?

Puisque c'est une sotte veuë De voir un fou dans une rue, Il en arrive des malheurs Qui causent quelquefois des pleurs ; Car, quelque mal qu'il puisse faire, Il le faut souffrir et s'en taire, Ou bien, l'on dit, parmi les gueux, Que vous estes aussi fou qu'eux.

Cependant un homme qui passe, Quand le peuple brutal s'amasse, Et qui va resvant, le museau

1 Voyez, dans Ports ridicule, le n° cxxx avec les notes. Quoique l'hôpital des Petites-Maisons, fondé à la fin du quinzième siècle pour les vénériens, eût été attribué aux fous, on n'enfermait que les furieux et on laissait errer les autres dans les rues, uù ils avaient à souffrir toutes sortes de mauvais traitements.

Enveloppé dans son manteau,

Pourra-t-il souffrir, je vous prie,

Qu'un fou, poussé par sa manie,

Prenant Sainct Pierre pour Sainct Paul,

Se vienne jeter à son col;

Que de ses mains, dont il patrouille,

Il le tiraille ou le barbouille,

Et luy jette, si vous voulez,

Quelque placard de boue au nez ?

Certes , il est bien difficile,

Quand on seroit le plus docile ;

Et cependant ces petits tours

Arrivent presque tous les jours.

J'ay veu de ces folles bourués,

Chanter injures, dans les rues,

A des gens de condition,

Les suivre, dans leur passion,

Et par de ridicules contes

Leur faire essuyer mille bontés ;

On n'est pas toujours en bumeur

De vivre parmy la rumeur :

On peste, et quelquefois on gronde

De voir amasser tant de monde,

Et d'avoir pour Laquais un foux

Qui narguera derrière vous,

Fera grimasses et postures,

Et vous cbantera mille injures.

Est-il plus vray le Faradis,

Qu'il est vray ce que je te dis ?

Ne voilà-t-il pas sa folie

Qui le prend et qui le deslie ?

Il ne tient à fer ni à clou,

Et se deust-il rompre le cou,

Il court après cette jeunesse, Qu'à son tour, de bon cœur, il fesse ; Et, s'il faut que de ces enfans Les pères, qui sont les fendans, Apperçoivent ce qui se passe (Car déjà le monde s'amasse), Sans doute que des deux costez On verra quelques coups portez .

Retirons-nous de ces tumultes ; Je ne puis souffrir les insultes, Et n'aime, quand il est besoin, A les regarder que de loin, Si ce n'est, je veux bien le dire, Quand c'est quelque ebose pour rire.

Puisque dans cette extrémité L'on ne craint point d'estre frotté.

Il faut songer à la retraite :

La course est plus qu'à demy faite ; Nous sommes las également D'avoir marebé si longuement ; La nuit estend ses sombres voiles, Et le ciel fait voir les estoiles.

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