‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècleChapitre 114 sur 256 · I. E TRACAS DE i' A !i I S · texte numérisé non relu

I. E TRACAS DE i' A !i I S

Tel voudroit qu'il fast dégagé, Et que l'argent qu'il a gagé Eust encore esté mis à boire, Car ils se doutent que l'histoire Ne parlera guère moins d'eux Que de ce pauvre souffreteux.

Enfin, comme, dans une place Où tant de monde à tas s'amasse, Il se trouve toujours quelqu'un Qui ne perd pas le sens commun, Quelqu'un de la troupe s'escrie :

« Qu'on lime ce fer et le scie ?

On sauvera ce pauvre corps, Qui va passer au rang des morts.

A ces mots tout le monde vole, Plus fort qu'un postillon d'Eole1 Chez le plus proche serrurier, Qui vient et se met à scier, Non sans avoir beaucoup de peine, Et la ceinture et la bedaine ; On oit crier le patient, Qui sent du mal à bon escient ; Le sang luy coule des parties, Qui par le fer sont amorties :

Cependant il les faut couper, Pour faire le corps rechaper ; Autrement, le misérable homme S'en va faire son dernier somme, FJ mourir là cruellement, S'il n'est secouru promptement ; Enfin, après longues détresses,

1 C'est-à-dire.- un des vents. l'Aquilon,

r>86 LE TRACAS DE PARIS.

Grand froid qui luy geloit les fesses Car. nota, qu'il estoit tout nu), 11 sortit il u cerceau, tout dru ; Et dans un lit, sans rien obmettre, Il fallut aussi-tost le mettre, Et panser, et le rechauffer, De la meurtrissure du fer.

Depuis, le peuple, dans la rue, A crier tous les jours se tue:

1er, à l'anneau, à Vanneau !

Quoique, par un arrest nouveau.

11 soit fait défenses expresses De leur faire telles caresses.

De grands malheurs, par cy, par là, Sont arrivez de tout cela, Car les Meusniers, dans leur colère, Joiioient tous les jours à pis faire : Dès qu'un enfant les appclloit, Monsieur le Mcusnier le sangloit; Puis si> sauvoit de rue en rue, En courant à bride abbattuë.

Le père de l'enfant sanglé Sortoit assez souvent, troublé, Et sa femme, toute en furie, En vouloit l'aire boucherie.

Tel qui passoit, dans son ennuy, Elle s'alloit jetter sur luy, fuis, ù l'aide du voisinage, Luy déchiroit tout le visage, Et le rendoit, dans cet estrif1

itte.

Quelquefois Lien plus mort que vif; On jettoit leurs sacs de farine, On lavoit leur teste d'urine, On deracinoit les pavez, Pour les faire cheoir sur le m On leur jettoit [lierres et boue; Les crocheteurs faisoient la moue; Bref, il n'estoit grand ny petit, Qui tous les jours mal ne leur fit.

Eux aussi, par juste vengeance, Faisoient souvent jeûner la pai Retenoicnt d'un esprit malin La farine un mois au moulin ; Ou prcnoient, la douille mesure.

Pour pavement de leur moulu Celuy-cy s'excusoit souvent Qu'il ne faisoit pas assez vent; Et cet autre, en faisant Que la rivière estoit trop ba Si bien, si l'on avoit du pain, Ce n'estoit qu'en baisant la main, Et l'on crioit déjà famine, Faute d'avoir de la farine.

Pour finir tous ces accidens, Nos Conseillers et Presidens, Renouvellerent leurs defei Contre de telles insolences ; Et ce n'est plus que rarement Que l'on leur fait ce compliment, Dont mesme ils ne font plus que rire.

Quand on s'avise de leur dire, Car le temps, qui met tout à bout, Leur a bien fait oublier tout.

288 LE TRACAS b E PARIS.

C'cstoit donc cela tout à l'heure Que Ton crioit à la mal heure, Et ce qui m'a donné sujet De te luire un si long projet De celte histoire assez plaisante, Dont j'ay contenté ton attente.

Mais cependant nous cajolons ', Sans regarder où nous allons ; Retournons par cette autre rue. J'apperçoy, dans cette avenue...

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