‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècleChapitre 118 sur 256 · IN GARÇON DE CABARET, A QUI L ON FAIT VOLER UNE ASSIETTE A LA TESTE · texte numérisé non relu

IN GARÇON DE CABARET, A QUI L ON FAIT VOLER UNE ASSIETTE A LA TESTE

Encore faut-il que je voye,

Attendu que j'ay de la joye

D'estre témoin de cent bons tours

Qui se font icy tous les jours.

Je juge ce que ce peut estre :

Ces gens, en l'absence du Maistre,

Qui semblent avoir le goust fin,

Veulent avoir du meilleur vin :

Ce Garçon, qui n'est qu'une beste,

Avec son chapeau sur la teste,

Leur respond fort insolemment

(Ce qui mérite chastiment)

Et d'un air tout à fait yvrogne

Entre ses dents marmotte et grogne,

Comme si cela luy coustoit

De faire pour eux ce qu'il doit.

Ois-tu ce qu'ils disent ? Écoute :

« Donne-nous du bon, quoy qu'il couste,

Coquin, ou, de plus de dix ans,

Nous ne mettrons le pied céans !

— Si ce n'est vous, ce seront d'autres! »

Respond-il par ses patenostres.

avec de la levure de bièj-e, ce qui la rendait très-molle et très-onctueuse.

A ce mot si fort offenrant,

Un de ces Messieurs, menaçant,

Luy fait, sans que rien ne l'inquiète,

Voler à la teste une assiette,

Et, s'il ne se fust esquivé,

Je pense qu'il l'auroit crevé.

0 ! que cette impudence insigne

De coups de bastons seroit digne !

Si le Maistre en estoit imbû,

11 auroit du pied dans le eu.

La Maistresse, assez bonne femme,

Déjà luy va chantant sa gâme,

Le menace qu'il le sçaura,

Et que ce soir il sortira.

Il n'aura que ce qu'il mérite,

Car, si ce coquin d'hypocrite

Demeuroit longtemps en ce lieu,

Les beuveurs luy diroient adieu :

Il ne faut, dans une taverne,

Qu'un valet fier qui vous lanterne,

Tour envoyer le Cabaret

Au diantre, avecque le valet,

J'en ay veu trente, je t'asseure,

Ruinez par cette avant ure.

Mais achevons nostre souper, Car c'est tantost assez lamper l :

Il est temps, si nous voulons rire (Voicy l'heure qu'on se retire), De nous promener dans Paris, Et d'y chercher quelque Chloris.

1 Boire, comme la mèche d'une lampe s'imbibe d'huile.

LE TRACAS DE l'A RIS. 29"

Beuvons et comptons, je te prie ; Ne relevé point mangerie 1. J'ay pour, dans un autre quartier, Payer encor demy septier.

« Enfans ! hola ! Que quelqu'un monte Prends cet argent, et fais ton compte : Trente en chapon, et six en pain.

Deux en fromage, et seize en vin, Dix en jambon, est-ce l'affaire ?

Et cinq sols pour la bonne cberc, Sans compter les deux sols pour toy, Pour te mieux souvenir de moy?

Si tous d'icy te ressembloient, Tous les beuveurs les aimeroient, Et si vous pourriez tirer d'eux, A chaque écot, un sol ou deux, Au lieu, comme tes camarades, De faire aux gens des algarades.

Amy, sortons ? Adieu, Garçon, Et donne-nous toujours du bon ! »

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