DE LEDIT EU H. XXV
A tous moniens je suis fantasque,
Je cours nuit et jour comme un Basque,
Je suis rêveur, pa-sle et défait . ,
Et peut-être fol en effet...
Le pauvre Colletet s'est peint lui-même d'après nature dans son Tracas de Paris, où nous le voyons apparaître avec toute sa candeur et toute sa bonhomie, mélangée parfois de finesse et de malice: il connaît les bons endroits où l'on boit et où l'on mange ; il s'arrête volontiers dans quelques-uns avec son compagnon de voyage, qui est aussi son compagnon de bouteille. Ce serait alors Charles Beys. dont il a l'ait l'épitaphe bachique.
Passant, celuy qui gît icy
Fut un poète sans soucy,
Qui pratiqua de bonne grâce
Le précepte du bon Horace :
« Boy, mange tout, aujourd'lmy sain,
Et moque-toy du lendemain, »
François Colletet, comme Beys, était un épicurien incorrigible, quoique d'ailleurs bon catholique : il s'enivrait tant qu'il avait un écu dans sa bourse, mais il se gardait bien de faire l'esprit fort, de peur de se brouiller avec l'Église. Son poërue burlesque ne lui attira donc aucun fâcheux accident et lui rapporta plus d'argent que tous ses ouvrages à la fois.
Ce poëme, quoique souvent réimprimé du vivant de Colletet, ne nous a fourni aucune variante, car l'auteur ne corrigeait pas plus ses défauts littéraires que ses vices et ses mauvaises habitudes. jN'ous avons autant que possible éclairci et perfectionné le texte par la ponctuation, dont se souciait peu notre poëte fantasque et rêveur. Les notes de M. A. Bonnardot. ajoutées aux nôtres, viennent concourir à l'intelligence de ce texte souvent obscur; elles complètent aussi beaucoup de détails historiques, consignés dans les mauvais vers de François Colletet. qui parcourait en observateur les rues de Paris, la nuit et le jour.