‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècleChapitre 21 sur 256 · CLAUDE LE PETIT · texte numérisé non relu

CLAUDE LE PETIT

LA

ou

Jadis Saint-Amant , par caprice, Mit Rome en son plus vilain jour'2 ; J'en veux à Paris, à mon tour:

Muse, ne fais point la novice ; Mettons-nous dans un bon endroit ; Ouvrons les yeux à gauche, à droit3 :

Que tout passe par l'étamine !

N'épargnons ni places ni lieux,

1 Cette strophe ne figure pas dans l'édition de 1668 ; mais, suivant le sieur de Blainville, qui a réimprimé le Paris ridicule en 1713, elle serait la première du poëme dans le véritable manuscrit de l'auteur, et elle se trouve écrite à la main dans un exemplaire de l'édition de 1668, provenant du duc de la Vallière. (Bibl. de l'Arsen.) Au reste, la réimpression de 1713 ne contient que cette seule strophe qui ne soit pas dans l'édition de 1608. laquelle offre en revanche trentetrois strophes que n'a pas données l'éditeur de 1713. Cette strophe nous paraît donc appartentr à Claude Le Petit : et nous n'avons pas hésité à la réintégrer ici, quoique les derniers vers reparaissent, altérés, dans la lxxxix6 strophe de notre édition.

2 Allusion au poëme de Rome ridicule, caprice du sieur de Saint-Amant, publié d'abord sous le manteau, format in-4» et in-12, mais réimprimé ensuite dans les poésies de l'auteur.

3 Pour : à droite, en vieux langage.

N'épargnons palais ni cuisine, N'épargnons ni Diables1 ni Dieux2.

Loin d'icy, Muse sérieuse,

Va-t'en chercher quelqu'autre employ !

Jo n'ay aucun besoin de toy,

Tu ne peux m'estre que fascheuse :

Va-t'en, je seray satisfait !

En deux mots, tu n'es pas mon fait.

J'en veux quelqu'autre qui m'inspire

De quoi contenter mon désir,

Et par une bonne satyre

l^striller Paris à plaisir.

Va, dis-je, ou le diable te gràle3 !

Car je ne veux pas faire un vers Sur tant de beaux sujets divers, Que pour m'épanouïr la rate :

Je ne veux faire des placards Que pour les remplir de brocards ; Qu'un rie ou jure, il ne m'importe ; Qu'on n'y veuille pas consentir, Je feray toujours de la sorte, Quand je voudray me divertir.

Viens donc à moy, Muse berneuse,

1 Los partisans, maltôtiers et gens de loi. (De Iîl.)

2 Le roi, les ministres et autres grands seigneurs. (Db Bl.) ; C'est-à-dire : ou bien que le diable te fasse sentir sa

griffe !

Non pas d'avoir ciné sous toy, Car je ne voudrois pas, ma foy, Avoir pour guide une breneuse:

Mais, toy, qui sçais l'art d'abbaisser Tous les plus fiers, et les gausser, Par un trait de ta raillerie, Fais que je puisse un peu berner Celle qui a l'effronterie D'oser même les Dieux braver1.

Montrons que, si bien qu'on calcule.

On ne verra point sous les cieux Aucun de tous les plus beaux lieux.

Que nous ne rendions ridicule-.

De grâce, faisons un peu voir Jusques où va notre pouvoir, Quand une fois on nous irrite :

Faisons enfin connoistre à tons Que l'homme du plus grand mérite N'oseroit s'adresser à nous.

VI • Bernons cette vieille bicoque

1 Nous croyons que ces trois derniers vers, évidemment altérés par le copiste, pourraient être rétablis ainsi :

Fais que je puisse un peu Laver Sur celle dont l'effronterie Ose même les Dieux braver.

2 L'exemple de Claude Le Petit, qui pour son malheur imita Saint-Amant, fut suivi par quelques autres poètes, plus prudents que lui, car ils ne se firent pas connaître, en composant Amsterdam ridicule, sous le titre de Description de la ville d'Amsterdam en vers burlesques, par Pierre le Jolie (Amst., I0o6, in-12) ; Madrid ridicule, attribué au sieur de Blainville, etc.

D'un vit* et d'un picquant pinceau :

VoyoDS tout ce qu'elle a de beau, Al'fin qu'avec toy je m'en mocque.

N'espargnons point ce beau Paris :

Je m'en gauberge et je m'en ris, Je raille tout ce qu'il peut faire, Et, s'il ne perd de son crédit, Dy hardiment, Muse severe, Que c'est un sot qui te l'a dit !

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