LE LOUVRE
Vois, Muse, comme il nous découvre, Pensant nous éblouir les yeux,
1 L'abbé de Marolles, clans sa Description do Paris en quatrains, n'a pas oublié le Louvre, et, par extraordinaire, il en a fait une peinture qui mérite d'être mise en présence de celle du Paris ridicule, ne serait-ce que conyne contraste.
Le Louvre, dans Paris, est une Tille entière : C'est un grand bastiment pour le logis du Itoy, Qui demeure imparfait, je ne sçay pas pourquoy, Carie Roy peut tout faire en diverse manière.
Cet auguste Palais a son architecture D'ordre corinthien du bas jusques en haut; Il seroit mal aisé d'en dire aucun défaut, Sans sçavoir le dessein d'une telle structure.
Par un long Promenoir, il joint les Tuilerie';, Autre palais pompeux qui n'est pas achevé, Sinon dans la façade où regnoit un pavé Devant ce grand cliasteau le long des écuries.
Aujourd'huy tout est pris avec le grand espace Qui fait avec le reste un jardin spacieux, Où l'on voit des jets d'eau qui sont prodigieux, Des parterres de fleurs contre mainte terrace.
Une autre Galerie égale à la première, D'une longueur extrême, enfermera partout Plusieurs cours et chasteaux, de l'un à l'autre bout, Sans le Jardin royal dans son idée entière.
OU PARIS RIDICULE. 3g
Ce grand bastiuient neuf et vieux, Qu'on appelle aujourd'huy le Louvre L?
Vois-en les murs si mal rangez, Par l'antiquité tous rongez2'.' Ces chambres, cette Galerie :i 1 C'est là que dame Volupté Fait une infâme fripperie Des juppes de grand' qualité 4.
Vois sur cette aisle-cy l'ardoise"'
1 Lorsque Claude Le Petit composa son Paris ridicule, le Louvre présentait un pêle-mêle confus de bâtiments de toutes les époques; on y voyait une grosse tour de Philippe Auguste et plusieurs vieilles tours du manoir de Charles V, à côté du palais magnifique commencé, sous François 1er et Henri II, d'après les plans de Pierre Lescot; continué par Androuet Du Cerceau et par Dupérac, architectes de Charles IX et de Henri IV, et augmenté par Jacques Le Mercier pendant le règne de Louis XII r. Mais aucun travail d'ensemble n'avait été fait encore, quoique projeté plusieurs fois, pour mettre d'accord entre elles toutes les parties du Louvre qui devaient être conservées. C'est dans les dessins d'Israël Silvestre qu'il faut voir l'aspect du Louvre en 166ij. Mais nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer le lecteur au Catalogue raisonné de toutes les estampes qui forment I d'Israël Silvestre, par M. L. E. Faucheux (Paris, 1837, in-8).
2 On voit, en effet, dans les estampes gravées par Perelle d'après les dessins de Silvestre, d'anciennes murailles couvertes de mousse et de lierre.
3 Foy. l'estampe d'Israël Silvestre intitulée : «. Veue et perspective de la Galerie du Louvre, dans laquelle sont les Portraus (sic) des Roys, des Reynes et des plus illustres du Royaume. » M. Faucheux dit, en décrivant cette pièce dans son Catalogue : « Cette vue a été prise avant que la Galerie fût brûlée, ce qui arriva en IG6I ; elle fut rebâtie depuis sous le nom de Galerie d'Apollon. »
4 Les six strophes précédentes manquent dans la réimpression de 1713.
5 Dans la réimpression de 1713, cette strophe est un peu différente :
Et sur cette autre-là le plomb1;
Regarde un peu ce pavillon
Plus court que l'autre d'une toise2;
Admire ces compartimens,
Ces reliefs, ces soubassemens,
Cette façade et ces cornicbes:
Rien n'y manque, hormis d'y graver
Au-dessous de toutes les niches :
Maisons à louer pour l'hyver3.