COMPLIMENT DES HARAN'GERES DE LA HALLE
« Venez à moy, Monsieur le Maistre" Jamais vous n'avez veu paroistre, Dedans la Halle, du poisson Qui soit de si bonne façon.
Regardez cette grande raye Que voila dessus cette claye :
Vous n'avez rien veu de si beau.
1 II faut comparer ce compliment avec ceux que Vadé a reproduits deux siècles plus tard dans ses poésies poissardes, en se posant comme l'inventeur du genre. Vadé est moins abondant, moins naïf et moins vrai que Berthod.
Si vous voulez ce macquereau, Il est tout frais, sur ma parole !
Ou bien acheptez cette solle '?
Vous en aurez contentement ; Prenez-la tout présentement, Car, autrement, elle est vendue, Avec ce flanchet de morue.
— Je n'en veux point, Dame Alizon .
— Tredame, Monsieu, pourquoy non ?
Ma marchandise vaut une autre, Quoy? je n'auray donc rien du vostre?
Là, là, venez, vraman, samon l !
Allons, prenez-moy ce saumon ?
Il est, sur mon ame, admirable ; Ce sera l'honneur de la table.
Prenez aussi ce grand brochet, Que vous voyez à ce crochet'?
11 n'est mort que depuis une heure.
Voyez-le, Monsieur? Que je meure, S'il ne vaut plus de cent bons sous ! Allons donc, là, despeschez-vousï
— >*on, je n'en veux point, Dame Jeanne. Je m'en vay chez la commère Anne :
J'y trouveray certainement
Ce qu'il me faut entièrement.
— La commère Anne , Xoutre-Dame !
La malle-peste de la femme !
Elle, et la sœur à Jean Pignon
' Ancienne interjection, qu'on écrivait : c'est mon.
Nous portent toutes deux guignon :
A cause qui sont un peu belles, Tout chacun veut aller sieux elles ; Tous ces guiebles cVhommes y vont !
Je scavons bien ce qu'ils y font.
Marci-guieu ! sont de bonnes bestes!
Mais tous les jours ne sont pas festes : A n'aron pas tourjou bon tans ; Peut-estre avant qui set deux ans, Y pourraint bien avoir les huitres, Pu salles que de vieilles vitres.
Vraman ouy, et là là .f aurons, Et peut-estre que je sçaurons, Aussi bien qu'eux, faire des mienne.
N'est-il pas vray, dame Basquienne, Que je varrons bien queuque jour, Que tout chacun ara son tour ? »
lia, ha, voicy bien nostre affaire.
Prends garde à ce que l'on va faire?
Ces deux icy, dans un moment, Querelleront asseurement :
L'une est desja fort en colère.
Tien, regarde un peu, considère, Comme elle refrogne le nez?
Nous en verrons bien d'estonnez, Si Pont peut commencer la dance.
La voilà, ma foy, qui commence.
« Va, va, l'on te connoist, carongne, Infecte comme la charongne !
Va-t'en auprès des Trois Cuilliers *,
1 C'était probablement une enseigne de mauvais lieu.
IMUIS BURLESQUE. 193
Dans la rue des Gravilliers, Chez Dame Jeanne la fruietiere!
T'as bien fait là la chère entière ?
On te connoist dans le bordeau ; C'est là que tu tiens ton bureau, Vilaine louve diffamée, Reste des goujats de l'armée?
Va, va, l'on sçait partout ton nom :
Tu t'es acquise uu beau renom !
Tu veux faire de la Bourgeoise, Camuse, puante, punaise !
Vraman, c'est bien à faire à toy !
Tu' t'y tiens sur ton quant-à-nioy, Tu l'imagines estre belle, Tu veux faire la Demoiselle ; Sans le valet d'un mareschal Tu fusses morte à l'Hospital !
Va, va, Madame au cul de crotte, Va-t'en, de peur qu'on ne te frotte !
Si j'empoigne ton chaperon, Je te feray dire : Au larron !
Tu fais Madame l'entendue, Avec ta teste au coû de grue, Et tes yeux de chauve-souris ; Va-t'en voir ce vestu de gris, Qui parle à la Dame Florence ?
Il te contera bien ta chance, Car il ne t'a pas pardonné Le mal que tu luy as donné.
— As-tu donc tout dit, vieille louve?
Que diable fais-tu là? Tu couve Des œufs dedans un pot de fer ?
Vieille peste, tison d'enfer.
Vieille sorcière, vieille chienne, Visage de magicienne, Maquerelle de porte-faix, .le sçay le mestier qne tu fais :
T'es une bonne larronnesse, Une gourmande, une yvrongnes Chacun t'a veu, vieux eu pourry, Donner le touët au pilory ', Tout le monde scait bien ta vie :
Nous connoissons ta maladie, A ton chien de nez bourgeonné.
Et ton visage boutonné Montre bien, meschante borgnesse.
Que t'es une insigne ladn Tu le lis voir dernièrement, Quand le bourreau si joliment T'avoit l'autre jour espoustée ; Tu n'en fus point espouventée, Et tu ne dis seulement pas Lne petite fois : Helas !
Mais le bourreau, ny sa rudesse, Ne t'incommoda pas, ladresse ; Long-temps y a que tu sçais bien Que les ladres ne sentent rien-.
Je te recommande au grand Pierre, Le Suisse à Monsieu Bassompierre 3, Qui te fouetta tant, l'autre jour, Tout au biau milieu de la Cour,
e et les maquerelles publiques étaient ! Pilori des Halles, par le bourreau.
croyait que la lèpre rendait les ladres insensibles. iréchal Bassompierre ne vivait plus depuis 16*6, mais e souvenir de ses galanteries s'était conservé dans le peuple.
Où, troussant ta chemise salle, 11 fit voir ton cû plein de galle.
Va donc, ladresse macquerelle.
Va-t'en ailleurs chercher querelle.
Vieille garce du temps passé, Vieille rongneuse au cû Putain du temps de La Rochelle1, Vieux fourniment, vieille escarcelle, Va-t'en au diable et dans l'enfer
ir île femme à Lucifer !
Va-t'en lny baiser au derrière :
Aussi bien, es-tu sorcière; Va-t'en luy donner de Pébat :
C'est aujourd'liuy jour de sabat.
— ga, hé, t'es donc bien sçavante, Dy donc, Madame l'impudente '.' Parle donc, hé, grande putain, Tu dois sçavoir parler latiu '.' T'es la garce des Escholiers.
T'ont-ils pas donné les souliers Que tu portes tous les Dimanches '.' Dy donc, qui t'a donné ces manches ' Va, va, nous sçavons bien qui Tu trouves là bien ton acquest :
ll'est le fouëtte-eù de Navarre -.
1 Le fameux siège de la Rochelle datait de 1628.
- 11 y avait encore, en 1650. dans les principaux collèges de Paris, des pères fouetteurs. C'était une fonction spéci rouage du système universitaire. Trois vers plus bas, l'auteur cite celui du collège deMontaigu. Plus Mienne
ce régime. j.,i verge était un s entre les mains des pédagogues de petites écoles u vres pour se procurer le luxe d'un fouetteur spécialement préposé à cet office. [A. B.)
I9C !• \ r: i s burlesqi e.
Voyez, c'est une pièce rare ?
Va, va, garce de fouëtte-cû, Au Collège de Montegu ' !
C'est là que tu trouves ton compte.
Ne devrois-tu pas avoir honte 1 Vilaine garce, pour un liard, Hé ! qui voudroil ton nez camard '.' Aga donc, la belle Madame !
Voyez, regardez cette infâme, Cette putain, oùy, par ma foy, Qui nous voudroit l'aire la loy !
— Moy, la loy ? Louve, c'est toymesme?
Tu l'as bien faite, ce Ci
La loy, quand t'avois entrepris
De vendre les filles à bas prix?
lu pensois m'avoir attrapi
daignant une pièce tapée,
Mais je vis ta meschaucelé,
Vieille can fouetté,
Impudente, double vilaine :
T'avois lors la panée bien pleine,
T'estois soûle jusqu'au gozier,
Et de bonnes verges d'ozier
nt bien lors fait ton affaire, Pour bien espouster ton derrière.
Race, t'avois beu comme un trou, Tu grimaçois comme un matou :
Vilaine, tu m'avois vendue !
Mercy-guieu ! tu seras pendue, Si tu vis jusqu'à l'autre mois :
i Ce i lit pour le plus pauvre et le plu^ sale Jj
tous le- Paris.
PARIS fil i: I ESQUE.
Nous te verrons, au coin d'un Lois, Donner le fouet, à i C'est là qu'il faudra que tu i Avec ton chien de corps tout nud, Dieu mieux que lorsque t'as trop bû, La voulez-vous voir. Proserpi
rdez sa chienne de mine, Considérez bien son museau '.'
- e pas le vrai cù d'un viaji ' Voyez cette vieille i Qui veut estre encore amour 11 l'en faut, hé, des amoureux, Pour te lécher ton uez morvi Voyez un peu la belle ; 'ivre seulement 1 1 I m verra t ux !
- de dessus tes œufs, Viens un peu que je t'accommode '.' Je veux te coëffer à la mode !
— Qui. loy '.' Quoy donc, tu me battras?
Si je si . tu verras
Commenl je cognera^ la I
Je te bailleray sur
Laide camarde, nez puant,
Chouette, hibou, chat-buant,
Coureuse de nuit par la rue.
Tu sçais furt Lien que l'on t'a veuë?...
Tu m'entends, quand je dy cela '.'
Vilaine, croy-moy, sors de là,
Si tu ne veux qu'un t'accommode,
El qu'on ne t'est ril le à la mode :
Tu Terras bien ce que je El de quelle façon i