LA TRIPLE SOURCE
employait d'autres noms et d'autres formes, le fond du mystère ne variait pas; les principaux personnages s'y reproduisaient toujours, la reine du ciel en larmes, le Dieu tombé en victime et le Dieu en état de résurrection. D'après le judicieux auteur des Recherches critiques sur les mystères du paganisme, jusqu'au sein de la Grèce, « dans les rues de la ville d'Athènes, au commencement du printemps et pendant sept jours, on avait soin de placer des figures de cadavre ressemblant à un jeune homme à la fleur de l'âge. Vêtues d'habits de deuil, les femmes venaient les enlever et tâchaient d'exprimer leur affliction par des chants et des cris lugubres... On allaitmême jusqu'aux coups et à la flagellation. Mais ces fêtes, à la fois commémoratives et mystérieuses, se terminaient par la joie, à cause de la résurrection du Dieu cruellement tué. » Bien plus, les prophètes juifs eux-mêmes nous ont conservé le témoignage de l'extrême antiquité de ces formes et de ces mystères. Ils montrent les femmes des pays voisins qui se lamentent sur la mort d'un jeune Dieu, mulieres lugentes. Ils crient aux colonies juives transplantées par les effets de la guerre sur le sol égyptien : « Malheur à vous, à cause des offrandes et des encensements dont vous êtes si prodigues envers la reine des cieux, sacrifîcantes reginœ cœli, vous, vos enfants et vos femmes. »
Sur ces premières images et formes mystérieuses des Orientaux, si l'on fait agir les figures correspondantes poétiques et morales des livres juifs, les figures relatives à l'époux divin, à l'épouse tantôt vierge, tantôt mère, au filsbien-aimé, qu'en résultera-t-il? Le mystère orien-
tal restera mystère; mais il prendra une direction, mi sens tout différent : il sera simplifié, moralisé, spiritua-
lisé.
Nous connaissons tous aujourd'hui une foule de j femmes idéales, de femmes célestes, la vérité, la justice, la bonne foi, la liberté, la charité, et beaucoup d'autres qui ont le privilège intime et mystérieux d'enfanter toujours, d'être toujours indignement violées et néanmoins de rester toujours pures en ellesmêmes, toujours vierges. Dans la poésie sacrée des Juifs, et avec de légères modifications, ces conditions diverses s'appliquent à Jérusalem, à l'assemblée dirigeante du peuple, dépeinte tantôt en bonne, tantôt en mauvaise part. Ici, elle apparaît en qualité d'épouse, consacrée au principe des principes, à l'Éternel; là, en qualité de mère du peuple, ou d'Israël; plus loin, en qualité de jeune fille.
« Enfants d'Israël, prenez-vous-en à votre mère, dit poériquement le génie inspirateur des livres juifs, car elle n'est plus mon épouse et je ne suis plus son époux. Son front porte l'empreinte de ses folies. Je la dépouillerai, je la réduirai au même état de nudité qu'au jour de sa naissance ; je la transformerai en une terre sans eau et sans chemins... Et pourtant, lorsque j'aurai accompli sur elle le châtiment nécessaire et que sa voix remontera à mon oreille, je me sentirai de nouveau ému de tendresse en sa faveur. Je la tirerai h moi, je la ramènerai du désert, je lui parlerai selon son cœur et elle m'appellera encore son époux. » D'autres fois, au contraire, loin de causer le malheur de ses enfants, ce sont les fautes du peuple sacré, les duretés ou les
BINDIXG SECT. APR 1 6 1973