‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 37 sur 107 · LETTRE LXVI · texte numérisé non relu

LETTRE LXVI

Louîs-Philîppe et les deux natures réunies sons sa couronne, politique et religion, le roi et la reine.

Sans contredit l'histoire du prince devenu roi en 1830 est marquée d'un caractère exceptionnel. Les destinées d'aucun des personnages du xix* siècle n'ont aussi fortement témoigné des difficultés d'une époque où tout homme et toute chose se trouvent par quelque côté dans une fausse situation ; où chacun sait bien ce qu'il

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n'est pluSt mais où nul ne sait encore exactement ce qu'il est, ce qull veut ou ce qu'il doit être.

Bien avant d'avoir la responsabilité de lui-même, et plus tard dans l'exercice du pouvoir, Louis-Philippe réunissait en sa personne des natures diverses qui, en politique comme en religion, embrassaient des oppositions, jusqu'à des tenues extrêmes.

Par son origine, par son sang, il était la suite généalogique dupasse; par l'état que la Providence lui avait fait, Louis-Philippe offrait la rupture la plus complète, la plus irrévocable, avec ce passé lui-même. Dieu, qyi mène les hommes, avait voulu que le père de ce prince participât au terrible sacrifice dans lequel, au sein de Paris, la Révolution française, le génie exalté et irrité du droit nouveau, avait si cruellement frappé le représentant du droit divin, base de l'ancien régime. Dieu, qui distribue aux hommes leurs noms et leurs qualités, avait voulu qu'à l'instar de ce qui était arrivé dans les vieux temps, le nom primitif du jeune d'Orléans reçût une profonde modification. Loin de rester fils de la France ancienne, il s'était vu désigné comme fils immédiat de la France nouvelle et de son principe dominant, l'égalité. Ce n'est pas tout; il était entré dans les décrets suprêmes que les trois couleurs, devenues le symbole et le drapeau glorieux de la Révolution, fussent liées par une étroite parenté avec les propres couleurs qui distinguaient la maison du roi futur, sa famille. Ajoutons à cela les premières et patriotiques armes du prince, ses longs voyages, sa manière de vivre dans l'exil, son accession aux mœurs américaines qui, en déteignant sur ses habitudes

LE ROI HT Là REtNË. 4?S

privées^ lui attirèrent en France une défaveur sen-* sible, surtout auprès des partisans les plus déclarés du système aiTiéricain. Toutes ces causes avaient créé d'avance au roi de la révolution de Juillet des desti»* nées qui devaient le rendre coupable et traître aux yeux des uns, sMl les acceptait, et qui l'auraient rendu plus coupable encore aux yeux des autres, s'il les avait déclinées.

Dans le cours de sa royauté, les contradictions et les preuves générales de fausse situation n'abond^ent pas moins, tant du côté du prince envers la nation, que du côté de la nation elle-même envers le prince. Dès le début et pour ne pas entrer dans trop de détails, Louis-Philippe sembla reculer devant l'idée de donner une assiette constitutionnelle plus large et mieux entendue au nouveau trône. Par cette première erreur, qui faisait contraste avec la libéralité réelle de ses vues, il prépara et détermina la dernière erreur de son règne, celle qui l'entraîna à reculer de nouveau devant l'exercice de son {iouvoir constitutionnel et à en méconnaître les ressources.

Pour ce qui est des contradictions de la nation à son égard, elles ne se présentent pas moins en foule ; il n'y a que le choix. Les coups les plus rudes viennent au roi de la révolution de 1880, de ses propres partisans, de ses amis, qui indiquent à ses adversaires, à ses ennemis, le meilleur chemin pour l'atteindre. Pendant les préludes de 1830, le pays tout entier s'était complu devant l'image idéale d'un chef, d'un roi qui substituerait aux formes aristocratiques et aux formes despotiques une manière d'être simple^ des allures

toutes naturelles^ toutes citoyennes. Mais aussitôt après la révolution accomplie, tout change. Ce qu'on reproche au nouveau chef, c'est précisément de conserver les tendances d'un simple particulier, de ne pas faire acte de grandeur et surtout de ne pas tirer Tépée, dont les succès et bientôt après la suprématie sont presque toujours si pleins de dangers pour la liberté politique, pour les franchises.

Avant la révolution de Juillet, rien n'avait plus ébranlé dans l'opinion populaire le deuxième roi de la monarchie restaurée que le reproche d'agir exclusivement par ses conseillers, de ne pas voir de ses yeux, de s'oublier dans le genre d'exercice et de plaisir qui était comme le privilège distinctif des anciens seigneurs, des anciens princes. Immédiatement après la révolution, lorsque cette opinion populaire était* encore toute brûlante, on n'accorde rien au temps; on demande au nouveau chef de se renfermer strictement dans une dignité royale dont le prestige venait d'être anéanti ; on le livre à cette rigoureuse perplexité de ne pas laisser dire au dehors : « le roi s'amuse; » ni au dedans : « le roi s'occupe, »

Outre ces contradictions et ces preuves de fausse situation qui ne regardent qu'indirectement mon sujet, il en est d'autres plus importantes et aussi plus délicates à consigner dans le tableau pratique des rapports contemporains entre les deux points religion et politique.

Après la chute de l'Empire, vous avez vu où en étaient arrivées les trois conditions que toute ère nouvelle est inévitablement appelée à produire et h mettre

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