‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 54 sur 107 · LETTRE IX · texte numérisé non relu

LETTRE IX

Premier effet de la loi d'imitation ; Rome transportée en Palestine.

. Dès que la loi d'imitation est invoquée, sa première influence s'étend sur Rome. 11 s'en suit qu'un fait se dessine dans le domaine de l'esprit en vertu duquel la transformation religieuse apparaît déjà toute vivante, et marche.

A l'ancienne époque de transition et à* l'égard de l'ancienne Jérusalem, Rome nous a prouvé qu'elle avait rempli deux fonctions, providentiellement distinctes, qui ont fini par se confondre dans un même acte, dans une même pensée ; deux rôles, l'un fatal, l'autre glorieux. Or, à l'époque de transition où nous sommes et à l'égard de Rome elle-même, s'il est arrivé que le premier de ces rôles, le plus fatal, ait été déjà reproduit au sein de Paris, et reste par bon-

ROME EN PALESTINE. i837

heur entièrement étranger aux générations nouvelles, il faut en conclure que l'autre fonction, le rôle glorieux se réalisera quelque jour, qu'il deviendra un sujet fécond d'imitation.

A l'ouverture de l'ère vulgaire ou moyenne, dans le premier siècle de l'Église, l'affaire principale de Rome s'est clairement manifestée. Elle a été chargée de renverser l'ancienne Jérusalem, d'en disperser les représentants, d'en tuer les pontifes, de faire passer la charrue sur ses fondements , afin d'obtenir table rase comme il convient à tout lieu, à tout terrain destiné à une construction, à une réédification de nouvel ordre. De même à l'ouverture de l'ère nouvelle dans son premier siècle, nul ne saurait contester qu'en fait, cette première et terrible action dé Rome n'ait été comme imposée à Paris, avec toutes les différences dépendant de la nature des idées et de la nature des temps. Quoique depuis lors, et à la surface, les choses aient pris l'apparence de se rétablir, sinon dans le même état, du moins sous les mêmes noms, l'illusion n'est guère possible. Il est certain qu'aux yeux de l'Europe entière et du monde, la philosophie française, la révolution française, Paris, ont fait table rase à l'égard de la Jérusalem des temps moyens. ïlles ont atteint à fond son prestige, ses croyances, son" pouvoir ; elles ont même, tout comme jadis, dispersé et tué ses pontifes.

Mais si le premier rôle de Rome offre un caractère essentiellement destructif et nivelêur, sa fonction glorieuse a été de nature réédificatrice ; et c'est en ce sens qu'elle peut devenir riche en résultats imitatifs,

surtout à cause du nouveau mouvement de TOccident sur l'Orient, de l'Europe sur l'Asie.

Un jour, en effet, la cité latine, épuisée dans sa forme religieuse ancienne comme dans sa forme politique, sent la nécessité de se régénérer, de se reconstituer. Sous l'empire de cette pensée, Rome ramasse ses forces ; elle saisit dans ses bras et serre contre sa poitrine la cilé de David ; elle la soulève en esprit, l'arrache du mont Moria et du mont Sion, et la transporte d'un bond sur les monts Aventin, Quirinal, Capitolin. Du cœur de la Palestine, la voilà installée désormais au sein du Latium. En même temps, Rome crie à l'ancienne Jérusalem : « De par l'autorité de mon nouvel esprit, je me substitue à toi ; je te dépose dans l'ordre spirituel comme je t'ai précédemment nivelée dans l'ordre politique ou temporel. Je ne te détruis pas cependant. Dieu m'en préserve! je t'accomplis. Tu retrouveras en moi une vie plus large, plus céleste.»

Cette manière d'agir était certainement grande, décisive. Elle confirmait à la fois la suite à l'égard du passé et la rupture. Rome, ou la Jérusalem d'ère alors nouvelle, devenait libre de prendre à la Jérusalem d'ère ancienne tout ce que cette cité lui semblait posséder ou cacher de plus général, de plus pratique, de plus vivant. Elle expliquait d'autorité ses Écritures; elle ouvrait de nouvelles voies à son enseignement ou à son dogme. Toujours, sans rien détruire, et au contraire dans le but de tout accomplir, elle abolissait les cérémonies de l'ancienne cité, ses figures, son sacerdoce; elle imprimait un autre caractère à son droit divin.

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