‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 53 sur 107 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

L'imitation, ou plan à suivre dans rœuvre de réédification

générale.

Octobre 1851.

Les conditions préparatoires sont remplies, mais la difficulté essentielle reste à franchir. D'après quelle donnée, d'après quel plan sera-t-il permis de se diriger dans Tœuvre de réédification commune, dans la constitution de la cité, de la Jérusalem d'ère nouvelle ? De quelles modifications ne seront pas susceptibles les matériaux qui ont été déjà employés dans le domaine du spirituel, ou qui ont été laissés en réserve ?

Au sujet de ^ la situation de toutes les branches actuelles de la religion des Écritures, j'ai- émis un principe, j'ai montré un but, je suis donc tenu de proposer un moyen. Dans les temps graves, et. quels jours plus graves que ceux où nous vivons, on n'est guère en droit de soulever des questions sans présenter quelques chances de les résoudre.

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Or, à mon sens, le moyen le plus efficace que le génie du monde nouveau puisse obtenir pour surmonter les complications qui lui sont faites par la question religieuse, pour en délier et, tu besoin, en trancher le nœud, ce moyen, ce plan, se résume dans le mot, dans la loi « d'imitation. » Aussi quelques observations doivent-elles vous être adressées sur la portée antique et sacrée de cette loi, dont j'indiquerai ensuite la principale application et les nombreuses conséquences. Vous savez d'ailleurs qu'il a toujours existé deux espèces opposées d'imitation, comme une vraie et une fausse gloire, une vraie et une fausse humilité, des prophètes francs et des prophètes menteurs : l'une est l'imitation féconde, créatrice qui inspire le génie de l'art et fait son originalité ; l'autre est l'imitation servile, rampante, celle qui a donné lieu au cri, « O imitatores servum pecus. »

Bien des siècles avant que Socrate et Platon songeassent à venir au monde, le principe d'imitation appliqué aux affaires de l'esprit avait reçu de grands honneurs. Sous des formes diverses on exprimait partout et en toute chose, l'idée d'un exemplaire sacré,' d'un type divin, que nous portons en nous, ou qui se développe hors de nous. Je n'ai pag à parler ici des personnifications exemplaires, des types qui étaient adoptés dans les religions de l'Egypte, de la Perse, de l'Inde. Je m'en tiens à la -religion des anciennes Ecritures, au sein de laquelle Dieu, le peuple et l'homme fournissaient successivement à la pratique un triple exemplaire, une triple application du principe imitatif. C'est ainsi que dès le commencement. Dieu lui-même

se pose comme exemple ; il consacre cette loi universelle de travail dont tous les échos retentissent parmi nous, et où je serai ramené plus à propos lorsque j'aurai à ren)éttre devant vos yeux l'origine systématique des trois sabbaths ou jours de repos, en vigueur sur le continent européen ; celui de Mahomet, le sabbath du vendredi, celui de Moïse, du samedi, et le sabbath de Jésus ou le repos du dimanche.

De même nous avons reconnu que l'ancien peuple avait été constitué comme exemplaire, comme type sacré, comme objet d'imitation qui, selon les circonstances, devait servir à une double fin ; tantôt à une imitation positive quand son exemple mériterait d'être suivi, tantôt à une imitation négative quand cet exemple^ nécessaire à éviter, emporterait cependant des enseignements fortifiés par l'expérience.

Enfin, ce même principe d'imitation ne s'était pas moins étendu, dans l'ancienne Jérusalem, à la personnalité de l'homme qu'à Dieu et au peuple. C'est ainsi qu'avant les prédications de saint Paul et celles de Jésus, dans un traité intitulé, l' Amour du prochain^ la Charité y qui avait surtout en vue les exactions cruelles de Rome, le célèbre commentateur des anciens livres, Philon le Juif, s'exprimait de la manière suivante :

« Parlons maintenant de la sœur jumelle de la piété. Cette sœur est l'amour du prochain, la philanthropiej la charité, dont le père des lois. Moïse, a été plus épris que personne au monde; car il savait qu'elle est comme le grand chemin, suivi par les hommes désireux d'atteindre à la sainteté. C'est pourquoi il a constam-

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ment provoqué ceux qui étaient sous sa direction à l'union et société humaine; donnant sa propre vie pour leur servir d'exemple et comme si elle était peinte dans un tableau. >

En raison d*une antiquité si haute et si sacrée nous soiTimes donc fondés aujourd'hui à nous adresser au principe d'imitation. Sous ses auspices l'œuvre de réédification générale va trouver son plan tout fait, tout tracé, plein de vie; sous ses auspices, loin de s'exposer aux inconvénients sans nombre d'un inventeur exclusif, le génie de l'ère nouvelle n'aura qu'à se régler avec prudence et liberté d'après les traditions d'une autorité incontestable. Il n'aura qu'à suivre un exemple sanctifié, qu'à choisir un modèle éclatant et fécond; et celle autorité incontestable, ce modèle, cet exemple n'est autre que la Jérusalem d'ère moyenne, de moyen âge, Rome.

Pour se faire sa cité religieuse, le plan offert au nouvel esprit consiste donc à agir tout simplement à l'égard de la Jérusalem des temps moyens comme celle-ci a procédé à l'égard de la Jérusalem antique. C'est par Rome, considérée en qualité de type ou comme sujet d'imitation, qu'on apprendra le mieux de quelle manière il est saintement permis d'opérer une rupture irrévocable avec le passé, sans cesser d'être une suite. C'est en vertu des errements fournis par Rome elle-même, qu'on se verra armé de la plus large et la plus forte vérité, savoir, que, en matière religieuse, on peut être appelé par providence à tout i*fenouveler, à changer le spirituel ou le dogme, le personnel ou le sacerdoce, le matériel ou la forme exté-

rieure des cérémonies, et cela pourtant sans perdre le droit précieux d'affirmer qu'on n'a rien détruit, absolument rien de tout ce qui avait été fait jusqu'alors, pas le moindre iota^ pas la moindre lettre.

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