AU CIMETIÈRE
'il est vrai que chaque artiste digne de ce nom ait en lui une qualité maîtresse, qui lui donne sa note dominante, et qui soit, pour ainsi parler, la caractéristique de son talent, cette qualité, chez Auguste Hagborg, c'est la sensibilité : unesensibihté contenue, mais réelle, qui se fait jour, en quelque sorte, par échappées, mais qui n'en arrive peutêtre que plus sûrement à des effets d'émotion poignante.
On l'a dit avec raison : un artiste est toujours de son pays, et il emporte partout avec lui le souvenir des premières impressions qui dominèrent son enfance.
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Je ne l'ai jamais mieux compris qu'en voyant ce tableau d'Hagborg, le Cimetière de Touruille, et en me rappelant que la plus grande curiosité de la ville où il est né, Gothembourg, la jolie cité suédoise, c'est précisément sou cimetière.
Les races du Nord, rêveuses, mélancoliques et tendres n'ont pas comme nous l'effroi superstitieux de la mort. Ils n'éloignent point de leurs yeux les tombes de ceux qui ne sont plus. Ils savent que l'oubli serait pour eux un second linceul plus froid que le premier. Leurs cimetières sont des jardins soignés et coquets, pleins de verdure et de fleurs, où l'on vient se promener et rêver, en songeant à ceux que l'on a perdus.
Denka paDoden ! Pensez aux morts! dit une inscription placée au-dessus de la porte du champ de repos, dans la ville natale de M. Hagborg.
Elle aussi pense aux morts, celle qui s'avance, les larmes aux yeux, la prière aux lèvres, enve loppée dans son voile de crêpe, à travers l'enclos funèbre morne et triste, qui longe le rivage de la mer retentissante, et que la houle du large berce de sa plainte éternelle.