LA FEMME QUI LIT
Ks opinions sur M. Hexner sont immuables comme son talent, et la première fois — il y a de cela de beaux jours ! — qu^ je me suis vu en face d'une œuvre de lui, j'ai reconnu et salué une manière toute personnelle, une exécution hors ligne et une virtuosité incomparable. Ces rares mérites, M. Henner n'a cessé de les affirmer de plus en plus, à mesure qu'il s'est avancé dans la carrière artistique, oii chacun de ses pas marque une étape glorieuse.
Henner est peut-être le plus original des artistes contemporains. Je n'en connais point dont la
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sig-nature soit moins nécessaire, au bas d'une page sortie de ses mains, pour que l'on soit certain qu'il en est l'auteur. Il ne créera point de difficultés aux experts de l'avenir, et il suffit, même aux moins expérimentés dans les questions de dessin, de couleur et de modelé, d'avoir étudié une seule de ses œuvres pour attribuer à toutes les autres une filiation indiscutable.
Né dans cette Alsace que le vainqueur arracha sans pitié à la mère patrie mutilée et sanglante, Henner a gardé de son origine je ne sais quelle grâce mélancolique et rêveuse. C'est le peintre de la femme honnête. Personne n'a rendu mieux que lui l'ingénuité du visage, la candeur du regard et le charme pudique de la jeunesse innocente.
Grand prix de Rome, il a vivifié, épuré et agrandi ses qualités naturelles par l'étude sérieuse et longue des grands maîtres de la forme et de la couleur. C'est à eux qu'il doit la délicatesse et la suavité de ces figures exquises, modelées dans une pâte à la fois ferme et souple. En contem plant l'adorable L/smse que reproduit notre Paris- Salon, je salue dans Henner un fils du Corrège ot un neveu du Vinci, qui sait rester lui-môme.