‹ Paris-salon (volume 2)Chapitre 12 sur 33 · TO · texte numérisé non relu

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BOLDINI

Portrait de Femme

n'est qu'un portrait ! Mais comme il est typique, original, vraiment fin de siècle ! Quelle recherche de l'exquis et du parfait dans cette élégante de haute marque, à laquelle toutes les recherches du grand luxe semblent familières. M. Boldini semble connaître mieux que pas un le fort et le faible de ses contemporaines, et je suis certain que, dans quelques centaines d'années — je voudrais m'y voir ! — ses toiles, qui sont certaines de vivre et de durer, prendront une valeur documentaire, indépendante de leur valeur artistique, qui les fera rechercher avec une singulière ardeur par tous ceux qui voudront dire un mot sûr et autorisé sur l'époque décadente que nous traversons.

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Mais ce mérite-là ne me suffirait pas, et je me hâte de dire que j'en trouve d'autres dans les toiles de M. BoLDim. C'est d'abord la pureté de la ligne, qui assure toujours ses concours élégants, et dont l'œil suit le développement avec une secrète complaisance; c'est, ensuite, l'ajustement lui-même, dont tous les détails sont marqués au coin du goût le plus exquis et de la plus correcte élégance. La robe est du bon faiseur. Elle ne couvre pas les formes : elle les caresse. Je ne parle pas du type de la femme ; elle est tout à la fois étrange et étrangère; plutôt Espagnole, avec, sur le milieu du fr^nt, son accroche -cœur assassin, à la Carmen ou à la Macarena, son grand peigne, et sa chevelure aile de corbeau ; son sourire d'enchanteresse, et le regard noyé de ses grands yeux bruns aux flammes humides.

En somme; un curieux morceau de peinture, attrayant et; captivant — que l'on voudrait avoir à soi.

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GŒNEUTE

Les Bonnes

ÈUTB, qui, dans toutes ses œuvres, serre de très près la réalité ; qui prend la nature sur le vif, et dont l'exécution, consciencieuse et sévère, ne livre rien au hasard, cherche — et trouve — le pittoresque dans l'étude des types populaires.

Nous n'avons oublié ni la Noce qui débarque, où se révélait un si vif sentiment du plein air, ni cette autre composition, si mouvementée et si pittoresque la Soupe du Matin, dont la distribution quotidienne se fait chaque jour, au crépuscule, comme les boulevardiers noctambules le savent bien, à la porte charitable de Brebant, le restaurateur des lettres. Il y avait là une foule de types pittoresques, étudiés avec une rare conscience, et reproduits avec un sentiment frappant de vérité.

Ge sont les mérites que je retrouve et que je loue dans le tableau que reproduit aujourd'hui le second volume de notre Paris-Salon.

Gels, s'appelle les Bonnes,

Nous sommes à l'entrée d'un de ces Bouillons Duval, inventés par un philanthrope qui savait calculer, et qui connaissait les besoins de son époque, précipitée sur la pente de la démocratie à outrance, et dont la vie à bon marché est peut-être le plus impérieux desideratum.

Le Bouillon Duval, c'est le Café Anglais de l'employé modeste, et la Maison d'Or du petit bourgeois.

L'originalité de ces maisons, c'est que le* service y est fait exclusivement par des femmes. Là tous les garçons sont des filles : rarement jolies ; mais accortes, intelligentes et ponctuelles. Ce n'est pas là que j'irais chercher le type de la Vénus moderne, et je trouverais plus sûrement ailleurs l'essence de la Parisienne, chère au dilettantisme raffiné de ceux qui ont, avant tout, le culte de la grâce féminine. Mais on y rencontre des types très individualisés, et des motifs d'une originalité vivante et saisissante.

Je n'en veux d'autre preuve que ce tableau des Bonnes au repos, calmes, impassibles, attendant la pratique, et, à force d'avoir reçu le pourboir des jeunes et vieux messieurs, connaissant la vie comme des philosophes !

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