JEAN BÉRAUD
Marie -Madeleine chez le Pharisien
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\ean Béraud voit les choses comme un philosophe, les sent comme un poète, et les exprime comme un artiste. H en est bien peu, parmi les peintres contemporains, chez qui l'on rencontre une plus profonde étude de l'homme et une préoccupation plus vive et plus juste des conditions plastiques et pittoresques de la composition. Exécutant d'une habilité supérieure, il n'a pas eu besoin d'attendre les années pour arriver à la maîtrise. Son pinceau est comme une baguette magique, qui vous transporte devant les objets mêmes qu'il veut représenter. Aussi peut-on dire que sa note personnelle est toujours d'une vérité saisissante. Les personnages qui remplissent ses tableaux, on devine aisément qu'il les a saisis sur le vif. Mais, comprenez bien ma pensée tout entière et n'allez pas croire que vous avez en face de vous le trompe-l'œil maussade
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d'une photographie. Non vraiment! Ce que le peintre vous offre c'est une étude vraie, mais largement interprétée, avec une liberté, tout artistique. Ajoutez à cela que ce parisien pur-sang qui a la malice d'un singe et l'esprit d'un démon est, en même temps, doublé d'un humoriste à l'emporte-pièce, doué d'une ironie froide, qui semble mettre un scalpel au bout de son pinceau.
Il n'est pas besoin d'être au grand prophète pour annoncer que sa Madeleine chez le Pharisien sera le succès le plus retentissant de l'Exposition du Champ de Mars.
Ce n'est n'est peut-être pas ainsi que Flandin, Overbeck ou Paul Delaroche auraient rendu la scène évangélique ; mais ils n'auraient pas ameuté comme Jean Béraud la foule au pied de leur cadre.
Dans le tableau de notre artiste la blonde de Magdala est une cocodette fin de siècle, habillée chez Worth ou chezDoucet; le Pharisien est un académicien bien connu, qui passe pour avoir fait une sérieuse étude de la Vie de Jésus, et tous les convives, qui ne sortent pas de la synagogue, sont des personnages de la comédie contemporaine, des portraits pour la plus part. On peut mettre les noms sur les visages. Le Christ seul est biblique, et le contraste qu'il forme avec les personnages qui l'entourent devient un élément d'intérêt singulièrement piquant.
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PABIS-SALON 85