‹ Paris-salon (volume 2)Chapitre 15 sur 33 · EDOUARD SAIN · texte numérisé non relu

EDOUARD SAIN

« Primo amore »

Yest toujours la même chose, mon ami Sain ! Que la scène se passe sous les pampres de Capri que vous aimez ; dans les replis du golfe de Sorente que je préfère ; au milieu des ruines de Pompéi, ou au fond de la botte de la Calabre, dès que vous avez pour acteurs un joli jeune homme et une aimable jeune fille, vous pouvez-être certain qu'ils vont finir par chanter un duo d'amour. Peutêtre même vont-ils commencer par là, les petits scélérats. Edouard Sain les a faits d'ailleurs si charmants que pour peu que Ton se souvienne que l'on a soi-même été jeune, et qu'il y avait aussi des jolies filles dans ce temps-là, on sera tenté de leur pardonner.

Personne d'ailleurs ne peint plus habilement les circonstances atténuantes pour ce péché mignon que maître Edouard Sain, avocat près les Cours d'Amour. Les lecteurs du Paris-Salon n'ont pas oublié le joli tableau exposé l'an passé dans les mêmes galeries par ce même artiste.

Comme cette année, c'était encore un souvenir de Capri, « Ti Voglio ben / » Je te veux du bien... C'est-à-dire « Je t'aime ! » Car vouloir du bien a une femme, et l'aimer, il paraît que c'est la même chose !

Je les vois encore, les deux naïfs amoureux la main dans la main, debout sur le seuil de la maison aux épaisses murailles, lui, appuyé sur sa houe, elle, tenant serré à son flanc la quenouille, symbole du travail fidèle, et tous deux échangeant leurs âmes avec de douces paroles.

Cette année, le peintre qui craint la fatigue — un an de plus, mon bon ! — les a priés de s'asseoir. Elle est sur un banc rustique, et lui par terre, ce qui le met naturellement à ses pieds. C'est sa place, et il y restera tant qu'elle voudra bien l'écouter. La scène est jolie comme une pastorale de Longus, et l'on voudrait entendre ce qu'ils se disent, ces heureux entre les heureux, qui sont jeunes, qui sont beaux... et qui s'aiment.

Bonjour, Daphnis I Bonsoir, Chloé !

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