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PAEIS-SALON 39
Mme FANNY FLEURY
Andrée
f AjL y a une mode en toute chose, et comme la mode, fille du caprice et mère de la fantaisie, n'obéit point à des lois immuables et fixes, il est difficile de prévoir ses évolutions. Elles sont inattendues comme les sautes de vent sur la mer, ou les changements d'humeur dans une âme de femme.
Tout le monde se souvient de l'extrême faveur dont la grande majorité du public entourait jadis le tableau de genre. — Il n'y avait de succès que pour lui dans nos expositions, dont le public frivole eût exclu volontiers les peintres d'histoire et les grandes toiles religieuses. Le tableau de genre est en peinture ce que le roman est en littérature, c'est-à-dire quelque chose de particulièrement
accessible à tous, et qui se comprend à première vue, et sans que Ton ait pâli des jours et des nuits sur des études esthétiques, pour en pénétrer les beautés.
Aujourd'hui nous avons encore une fois changé tout cela.
Le genre se démode, et, malgré le talent déployé par ses derniers tenants, qui combattent vaillamment le suprême combat, la vogue s'en retire, comme la vague marine se retire du rivage quand l'heure du reflux a sonné, à Fhorloge de la lune.
Madame Fanny Fleuby, qui sait qu'il faut aujourd'hui être dans le mouvement si Ton veut obtenir les suffrages des amateurs, cède fort à propos au goût du jour, et sous ce titra : Andrée, qui n'est qu'un simple nom de femme, nous offre une étude très charmante et très sympathique, d'un beau type féminin, saisi avec un rare bonheur dans la fraîcheur et la grâce de sa jeunesse en fleur.
GERVEX Histoire de la Musique
/exposition du Champ de Mars a mis singulièrement en lumière la fécondité, l'invention, la puissance et la rare habileté d'HENBi Geevex.
Ne nous eût-il envoyé que le magnifique tableau repro- . duit ici même par le Pabis-Salon, ce serait assez pour lui assurer un rang élevé parmi les grands peintres décorateurs de cette fin de siècle.
La peinture décorative a conquis chez nous une importance considérable pendant les cinquante dernières années qui viennent de s'écouler. Des monuments se sont élevés de toutes parts comme par enchantement : temples, palais, églises, musées, hôtels, théâtres ont couvert Paris et la
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province .d'innombrables édifices de tous les styles, de tous les genres et de toutes les époques — car nous ne nous sommes jamais montrés plus éclectiques en ce pays* que dans l'art de bâtir au XIX e siècle — et il a fallu, pour obéir au goût du jour, les revêtir de ces peintures murales qui s'associent merveilleusement aux splendeurs des plus magnifiques architectures, en leur donnant un éclat nouveau.
Henri Gervex, un oseur, dont le succès couronne l'audace, après s'être longtemps contenté de peindre le morceau — il excellait dans ce genre un peu restreint, par la finesse de son modelé et la richesse de son coloris — Henri Gervex aujourd'hui fait mouvojr les foules avec une rare aisance dans ses cadres singulièrement agrandis.
Ce plafond de l'Hôtel de Ville, qui s'appelle Y Histoire de la Musique, est une des choses les plus remarquables qu'il y ait en ce moment au Champ de Mars. Imaginez une éclatante envolée de muses, de femmes, d'anges, d'amours et de génies, jouant de tous les instruments — espérons qu'ils sont d'accord — et jetant dans les nuées argentées et légères des palmes et des couronnes. C'est vif, c'est gai, c'est animé, aérien et lumineux — une fête pour le regard et pour la pensée.
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EUGÈNE BURNAND
Dans les hauts Pâturages
y ai entendu dire — et j'ai peut-être dit moi-même, — que la Suisse, à cause de sa grandeur démesurée, hors de proportion avec la nature ordinaire au sein de laquelle nous avons l'habitude de vivre, était parfois, pour le paysagiste qui se livre à elle avec trop de confiance, une mauvaise inspiration et une conseillère dangereuse. Elle l'accable, quand il ose entamer la lutte avec elle. On est comme ébloui en face de cette immensité, et l'on s'épuise à vouloir en reproduire les impressions grandioses.
A force d'art, d'habileté et de sentiment — un sentiment intime, juste et profond — et une volonté ferme d'exprimer les choses avec une sincérité que ne les exagère pas, M. Burnand est parvenu à triompher de ces diffi-
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cultes, et à passer à travers ces écueils sans y briser la barque que porte son talent.
Le témoignage que je lui rends n'est peut-être pas sans autorité, car, épris moi-même du charme des hauts lieux, j'ai passé plus d'une saison dans ces cantons aériens des Alpes Bernoises, où il a placé la scène de son remarquable tableafc, et je peux dire qu'il en a exprimé la poésie altière et la suprême majesté, avec une habileté qui s'est égalée à la nature. En face de cette composition, si belle et si simple, je me suis cru transporté par la pensée, le souvenir et l'émotion, dans ces admirables régions, que l'on ne saurait oublier quand on les a connues — ne fut-ce qu'en passant — et qui remplissent vos yeux et votre âme d'une inexprimable sérénité.
Mais il ne serait pas juste que le paysagiste, si éminent qu'il puisse être chez M. Eugène Burnand, nous fit oublier un seul instant le peintre d'animaux, qui se révèle à nous par des qualités hors ligne. Ses troupeaux sont dignes de sa montagne, et il a su mettre en lumière, avec autant de bonheur que de science, la beauté, la puissance et la force de cette race bovine dont la Suisse est fière à si bon droit, et qui peut lutter sans crainte avec les plus beaux échantillons que vante le Durham, et que prône le Cotentin.
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