STETTEN
Les Violettes
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Yest bien elle ! c'est ma bouquetière ! la marchande de violettes à deux sous, qui fleurit chaque matin ma boutonnière, argent comptant quand' je suis riche ; à l'œil, quand ma bourse est vide... C'est bien elle, avec sa figure de brave femme, avenante à la pratique* et son magnifique éventaire, où il n'y a qu'à choisir. Fleurissez-vous, Mesdames!
Je reconnais l'endroit. Il est ren du avec une fidélité de paysagiste... C'est la place de la Trinité. Voici la balustrade en pierre blanche qui ferme le square cher à nos bébés, et la silhouette maigre des arbres, encore sans feuillage, légèrement estompés par la brume d'une matinée de mars.
Deux fillettes du quartier — ouvrières ou petites bour-
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geoîses — mais d'une jolie tenue, le sourire aux lèvres et Péclair aux yeux, toutes deux charmantes, causent — avec la marchande. On aimerait à causer avec elles.
Tout cela est très finement observé, très bien vu, et rendu avec autant d'habileté que de justesse...
Et voilà les tableaux que Ton aime aujourd'hui, ceux que le public recherche et, auxquels il fait des succès.
M. de Stetten, [qui vit dans l'intimité de ces jeunes maîtres, qui s'appellent Àublet, Courtois, Dagnan-Bouveret, et digne de leur amitié, par son talent comme par son caractère, pourrait faire autre chose et prendre son envolée vers ce que l'on appelle le grand art.
Quand j'eus l'honneur de le rencontrer, an commencement de cette dernière saison d'hiver, je revenais de Florence. L'artiste le savait, et il voulut bien [me [montrer des études prises à Fiesole, avec de grands moines, que l'on eût dit les frères de Fra-Beato-Angelico. Ils ranimèrent en moi des impressions heureuses, et je fus tenté de les prendre pour notre Paris-Salon. Mais je me ravisai à temps, et, persuadé que le public parisien [aimerait mieux des fillettes et des fleurs que des moines — fussent-ils de Fiesole — j'emportai les violettes.
Mes lecteurs me diront si j'eus tort.
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