FRAPPA
Le Mineur de Saint-Etienne
I & l^ N succès coûte quelquefois cher à obtenir, et quand il est dû au mérite secondé par le travail, il représente souvent une telle somme de peines et d'efforts qu'il a droit à la respectueuse sympathie de tout qui comprend à quel prix s'achète le laurier d'or qui couronne le front d'un artiste.
Mais ce n'est pas seulement avant, c'est encore après que l'on fait payer sa gloire au triomphateur.
Ces réflexions présentent à mon esprit au moment où j'écris le nom de M. Frappa, un peintre populaire s'il en fut.
On sait avec quel esprit, quelle verve et quelle gaieté sans malice José Frappa prit pendant quelques années les bons frères comme sujets de ses tableaux humoristiques. Il aurait pu illustrer, avec son crayon comique, les fastes de tous les couvents du monde chrétien. Les frères
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gras, les novices maigres, les sommeillera à la trogne rougie, les petits frères-convera et les petits frères-lais devinrent les infatigables et inépuisables sujets d'une comédie au contraste divers qui était bien la plus amusante du monde.
On y prit plaisir ! et quand don José Frappa, sentant qu'il avait autre chose à dire, entreprit de changer sa manière, le public n'y voulut rien entendre.
— Peignez-nous donc, lui criait-on de toute part, ces moines gros et gras, à la trogne fleurie, que vouspeignezsi bien !
Si Frappa n'eût pas été l'homme le plus aimable du monde, il se serait fâché tout rouge, et vraiment, il y avait bien de quoi !
H n'a été affranchi de cette petite persécution que l'an passé, quand le règlement plus libéral du Champ de Mars lui permit de se présenter au public avec un ensemble d'œuvres assez considérable pour qu'on pût enfin le juger. De jolis tableaux de genre, des scènes de la vie populaire énergiquement rendues, et un admirable portrait de femme, une blonde éclatante dans la prime fleur de sa jeunesse, nous montrèrent que nous avions en face de nous un artiste au grand complet.
Beaucoup de grandeur et de simplicité, beaucoup d'énergie et de style dans ce Mineur de Saint-Étienne — la Ville-Noire — sortant du puits, la lampe à la main et s'en allant d'un pas si ferme, réclamer les Trois-Huit !
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M Ui LOUISE BRESLAU
Jeunes Filles
demoiselle Louise Breslau, qui tient une place si honorable parmi les femmes artistes de notre époque, — les Madeleine Le Maire, les Demont-Breton, les Jeanne Bongier, miss Garner, mademoiselle Beaury-Sorel madame Alix Énault,? — mademoiselle Breslau, née dans un canton de la Suisse indépendante, a semblé, pendant longtemps, dédaigner dans ses œuvres, les élégances, les mièvreries, et les recherches délicates sans lesquelles les femmes du monde trouveraient, je pense, qu'il est difficile de vivre. Ce qu'il lui fallait à son début — je m'en souviens — c'était la robuste plébéienne; la paysanne endurcie au rude labeur, ou la pêcheuse, fouettée par la vague, et hâlée par la brise âpre et amère du grand large.
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Voilà ce que nous trouvions dans ses œuvres bien venues, animées d'un souffle viril.
Plus tard, au contact de cette civilisation parisienne, si prenante et si pénétrante, l'artiste a fait quelque concession au goût de l'atmosphère ambiante, et, tout en gardant la puissance, elle a conquis la grâce.
Quel joli morceau que cette Jeune Femme au Chrysanthème, exposée l'année dernière au Champ de Mars. Comme la fleur au cœur d'or s'épanouissait bien dans sa lumineuse beauté, éclairant tout autour d'elle — et la femme ellemême — une fleur aussi! comme elle était attirante et captivante avec son front pensif, son œil intelligent, et sa bouche rêveuse.
Le tableau exposé cette année par mademoiselle Louise Breslau s'appelle tout simplement Jeunes Filles. C'est un trio « d'amies » qui font leur goûter de Five O'clok. Les trois types sont charmants, très divers, ainsi qu'il convient pour se faire valoir les uns par les autres. — La blonde surtout, celle qui semble faire aux deux autres les honneurs de son thé, grande, mince, debout à côté du samowar, avec sa chevelure suédoise, dont l'or est si clair qu'il paraît argenté, restera dans notre mémoire comme un type d'exquise élégance. Mademoiselle Breslau est aujourd'hui maîtresse de son art. Elle peut ce qu'elle veut. Heureuse femme I
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