‹ Paris-salon (volume 2)Chapitre 24 sur 33 · RAFFAELLI · texte numérisé non relu

RAFFAELLI

Le Grand'Père

\b ne sais si M. Kaffaelli a étudié dans Victor Hugo Vart d'être Grand-Père; mais on pourrait le croire, rien qu'à voir l'impression de sérénité, de contentement et de parfait bonheur qui rayonne sur la face ridée, tannée et parcheminée de ce bon vieux, qui s'en va par la campagne, tenant d'une main la pipe fidèle, dont il aspire de temps en temps quelque bouffée, et, de l'autre, la fillette

en sabots, qui marche gravement à côté de lui

Lui et elle, ils sont aussi bien posés l'un que l'autre, et jamais artiste n'a mieux pris la nature sur le fait. On dirait que le pinceau de Kaffaelli, participant ce jourlà de la toute-puissance que l'on accorde à la baguette des enchanteurs a transporté de la réalité dans son cadre la

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fillette et le vieillard. Le contraste a été habilement saisi entre l'insouciance du vieux, qui sent que sa tâche est finie, et qu'il n'a plus qu'à se laisser vivre, jusqu'au moment où il lui faudra se laisser mourir, et la gravité précoce de l'enfant, qui regarde vaguement quelque part, au loin devant elle, tout en traînant la longue branche morte, épave de la forêt voisine.

Aujourd'hui que nous ne voulons plus ni rois, ni princes, ni marquis ; aujourd'hui que nous préférons le haillon à la pourpre, et le travailleur au capitaliste — alors même que le travailleur ne travaille et que le capitaliste est ruiné — voilà bien les tableaux au goût du jour, et M. Raffaelli peut se vanter d'être dans le mouvement. N'y *st pas qui veut !

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BRÉTEGNIER

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L'Atelier de Meissonier

ien qu'une mort soudaine comme un coup de foudre, et prématurée, car les hommes de génie semblent toujours mourir jeunes, malgré le nombre des années parcourues, quand la camarde ferme leurs mains encore pleines d'oeuvres et d'espérances, ait enlevé le fondateur de la Société Nationale des Beaux- Arts avant qu'il n'ait pu achever le tableau qu'il destinait à l'exposition actuelle, il y sera cependant représenté par une composition déjà ancienne La Barricade qui fut longtemps l'objet de ses intimes et secrètes préférences.

Le public, nous en sommes convaincus, l'accueillera avec une curiosité émue.

C'est le même sentiment qu'il éprouvera, nous n'en doutons pas, en face du beau tableau de M. Brétegnier, représentant avec une si intelligente fidélité V Atelier du maître.

La pièce est immense, occupant tout un étage de cet hôtel vaste et superbe, grand comme un Palais, où Meissonier abrita les dernières années de sa vie, et dont sa veuve fait les honneurs à quelques intimes avec la dignité d'une reine à laquelle le veuvage n'aurait pas enlevé sa couronne.

L'atelier, dont le beau travail de M. Brétegnier nous donne une si juste idée, vous prend des airs de musée, avec ce merveilleux ensemble de tableaux, de bustes, de statues et d'objets d'art de toute espèce, dont le grand peintre aimait à s'entourer, comme autrefois les maîtres somptueux de la Renaissance, amis des rois, commensaux des papes et familiers des empereurs.

Nous estimons, pour notre compte, que la magnificence de la vie convient à la magnificence du talent, et nous remercions M. Brétegnier de nous avoir permis de reconnaître chez Meissonier cette harmonieuse unité de l'homme et de l'artiste.

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