‹ Paris-salon (volume 2)Chapitre 23 sur 33 · DELORT · texte numérisé non relu

DELORT

Pèlerinage à Trianon

iarles Delort a sa place marquée parmi les plus puissants évocateurs du passé. Personne ne sait comme lui ranimer les siècles évanouis, et faire revivre devant nous les Sociétés disparues. Son esprit doit être hanté des belles images de ce qui n'est plus, et, en deux coups de pinceau, il nous les rend visibles comme à lui-même. Possédant à un très haut degré le sentiment très juste du plein air, il aime à détacher ses groupes par des silhouettes nettes et vivement emportées sur de grandes masses de verdure, ou sur de beaux motifs d'architecture.

Il serait vraiment difficile de surpasser l'habileté de l'exécution de M. Delort, travaillant dans ces conditions choisies. Nous ne retrouvons plus ici le jour voulu et con-

W M W MWMW*

venu de l'atelier, se projetant sur telle ou telle partie de l'œuvre. C'est, au contraire, la lumière diffuse, telle que la nature nous la donne, enveloppant tous les objets, faisant saillir toutes leurs formes, éclairant tous leurs aspects. Ici la justesse de l'effet est en proportion avec la finesse de l'œil et l'habileté de la main.

A ces mérites matériels, M. Delort joint une qualité morale dont, pour mon compte, je déclare que je fais un tout autre cas...

Je veux dire une puissance d'émotion communicative, que je rencontre au même degré chez bien peu d'artistes... Est-ce qu'elle ne vous arrache pas des' larmes cette dernière survivante d'un monde détruit, cette belle mélancolique, une des plus charmantes peut-être dans l'adorable groupe où Ton voyait autour de Marie-Antoinette la princesse de Lamballe, Madame de Polignac, la comtesse de Polastron, toutes fauchées parle glaive des Kévolutions? Delort est aussi poète qu'il est peintre. Pas un détail qui ne porte, dans cette composition magistrale — et nous ne sommes pas moins émus que celle qui vient pleurer devant ce dernier débris du vieux monde !

do

^^/ww\/^/\/^A/^/^/^A^^AMMMMAMAAAAAAA^\AM^^^^^^^^k^^^w^^/^\/wv^^^^ww^^^^^^^^^^^^^^^^%^^^^^^^A^

PÀBIS-SALON -68

MESDAG

Le Départ

/est le soir — il s'en vont dans l'ombre, vers la haute mer déjà soulevée, vers la nuit qui descend lentement du ciel. C'est bien la mer du Nord, aux vagues ternes et sombres, sur laquelle pèse une atmosphère humide et lourde, chargée de tempêtes.

La tempête, on le devine rien qu'au lourd balancement de ces nefs sans grâce et sans élégance, qui ne résistent que par leur masse et leur poids.

Les navires ont leurs destins comme les hommes. Quelle différence entre ces embarcations obèses, destinées à devenir fatalement le jouet de la tourmente, et ces yachts fin de siècle, véritables modèles de la construction navale, réalisant tous les desiderata de la science, fendant le flot de jeur proue aigrie, rangeant les côtes périlleuses sans paraître

se douter du péril, effleurant les écueils, et se jouant dans l'orage comme ces oiseaux de mer qui n'ont jamais redouté le naufrage, et qui volent également bien dans le vent et contre le vent !

C'est possible, tout ce que je dis là, et cela doit être vrai, puisque je le dis, ce qui n'empêche pas que ces merveilles de luxe, d'élégance et de confort sont moins pittoresques, moins amusantes à peindre que les lougres, les goélettes ou les simples barques de Mesdag...

C'est qu'il connaît la mer, celui-là, et qu'il ne la peint pas en chambre. Ou je me trompe fort, ou il doit vivre sur le rivage et peut-être même plus souvent à bord qu'à terre. Mais aussi, comme il sait nous rendre un coup de vent ! comme il manie bien le lourd paquet d'eau qui tombe comme un boulet [sur le pont d'un navire — et le balaie... Ce n'est pas à lui qu'il faut apprendre l'effet du tangage ou du roulis. Ils les connaît comme un vieux loup de mer. Mais il connaît aussi le charme des nuits sereines, la beauté des soirs empourprés, et le sourire du matin, quand l'aurore teint de rose la voile trouée des vieilles barques, et donne les splendeurs de la pourpre à la toile bise qui badine le long des mâts.

Le jour où il le voudra Mesdag, avec ses pinceaux, écrira les poèmes de la mer I

PABIS-SALON 65

WVVVVVVMWVVWWVVV%«V%«%'VV«A*V«MMM«>MWVVVWWWWWWVWW«M«WWWWWWWWWWW

Page 1