ALFRED STEVENS
La Lettre
3us devons à l'obligeance et à la courtoisie d'un
riche amateur de Bruxelles, M. Wimenet, la bonne fortune de pouvoir offrir à nos lecteurs un des plus jolis tableau d' Alfred Stevens.
La Lettre nous semble, en effet réunir dans un merveilleux ensemble toutes les qualités exquises qui font d' Alfred Stevens le premier peintre de genre de son époque, et que l'on pourrait, je crois, résumer d'un seul mot : Le Charme! Oui, c'est un charmeur, et en regardant ces petites toiles, que l'on voudrait couvrir d'or, on se rappelle ce mot d'un penseur anglais :
« A thing of art is an endless joy.
« L'Art donne des joies qui ne finissent jamais ! »
Je passerais ma vie à les regarder, ces jolis tableaux, et je croirais mourir trop jeune quand je ne les verrais plus.
Le public est absolument de mon avis, et les quinze ou vingt toiles qui portent, au Champ de mars, la signature de l'illustre maître ne semblent point épuiser sa curiosité. Il en demande encore, le gourmand !
Eh, pourtant ! quelle gamme de sentiments et d'impressions nous pouvons parcourir avec ces œuvres délicieuses, VOphélie, le Papillon, la Pensive, la Dame Jaune, la Lecture, les Figures avec clair de lune, et ces Plages et ces Marines, enlevées d'une touche si délicate et si fine.
Il n'est pas besoin de la regarder à deux fois l'aimable composition que nous reproduisons ici, pour voir que Stevens est vraiment le peintre des femmes.
Quelle grâce dans cet ensemble, quelle perfection dans ces détails, et quelle modernité, si l'on me permet d'employer ce mot un peu nouveau, mais qui rend bien ma pensée, dans cette correcte élégance. On ne saurait quitter ce visage de charmeuse qui vous attire, qui vous prend, qui vous trouble... et qui vous garde...
Très joli, très intime et d'une pénétrante poésie, le paysage qui occupe la droite du tableau, avec ses lumières argentées ; tombant d'un ciel clair, sur les eaux frissonnantes d'un beau lac. J'ai rarement éprouvé une impressionplus profonde et plus heureuse. Merci, Monsieur I
PABIS-SALON 73