JOAN BERG
Le Mariage
Yest fini ! Le prêtre les a bénis ; les amis ont défilé
pendant une heure trois quarts dans la sacristie trop étroite, faisant tout haut des compliments, et tout bas des critiques. — La voiture aux chevaux blancs les emporte, et il me semble entendre le mari impatient dire tout bas à la jeune épousée rougissante :
— Enfin, bientôt seuls !
Et ils s'en vont !
La foule curieuse grouille derrière eux, — çà et là quelques jolies figures de femmes, bien parisiennes — minois populaires, spirituels et piquants.
Mais ce n'est pas là que se trouve le tableau de M. Joan Berg.
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Le tableau, il est tout entier, à gauche du spectateur, dans un groupe de jeunes séminaristes, qui sortent de l'église, leur livre de prières à la main. Si modestes qu'ils soient dans leur tenue et leur allure, ils ont risqué un regard — du côté de la voiture aux chevaux blancs. — Et ils ont aperçu cette vision d'amour — cette belle créature, toute frémissante, près de cet homme jeune et ardent, qui lui parle tout bas — et un trouble passe dans leurs âmes.
Très curieuses à étudier ces physionomies jeunes, sincères, honnêtes — vertueuses au fond, mais qui éprouvent aussi par moments l'influence du printemps et de la sève montante.
Il y a là de palpitantes études de jeunes hommes, chastes jusqu'ici, que le spectacle du vice remplirait d'horreur, et que la vue du bonheur permis — et du plus attrayant qu'il soit donné à l'homme de goûter dans cette vallée de }armes, — remplit d'un sentiment de trouble et de délices qui peut devenir pour eux une volupté douloureuse et un cher tourment. .
J'ajouterai que le tableau de M. Joan Berg si consciencieusement étudié, est d'une irréprochable exécution, et révèle une singulière habileté de main.
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PÀBIS-SÀLON 75