GUSTAVE COLLIN
Novillada
jstave COLLIN, un chercheur et un curieux, parcourt le monde, son pinceau à la main, en quête de sujets pittoresques, qu'il aime à reproduire dans des tableaux également certains de mériter l'attention de la critique et d'obtenir les suffrages des amateurs.
La toile si animée, si vivante, qu'il expose cette année, peut être regardée comme un morceau typique de sa manière. Il y prouve une fois de plus sa rare habileté à manier les foules, à distribuer les groupes, et à rendre avec une intelligente clarté une action multiple et compliquée.
Nous sommes au fond de l'Espagne, sur la place d'un village dans le Guipuscoa. C'est jour de Novillada, c'est-
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18 CHAMP DE MABS
à-dire de courses aux taureaux, et tous les naturels du pays, habitants des villages et des campagnes d'alentour, sont accourus de toute part pour assister au spectacle cruel mais héroïque où les espadas, les chulos, les banderillos et les matadores luttent d'audace, de souplesse et de témérité pour le plaisir des aficionados de ces boucheries élégantes qui, pour cette race d'Hidalgos, mélange de grandeur et de folie, remplacent les courses de pur sang qui sont, chez nous, le bonheur de tous les adeptes du sport et de tous les idolâtres du high-li/e.
Nous ne sommes pas sur les plazas somptueuses de Burgos ou de Séville, de Tolède ou de Madrid, qui réunissent, pour voir tuer avec grâce, ou mourir avec noblesse, toute la fleur de beauté des Espagnes, les belles au teint de lis et de jasmin, aux bouches de grenade, et aux prunelles d'escarboucle, qui, tout à l'heure, vont jeter aux victorieux leurs bouquets, leurs éventails, leurs mouchoirs et leurs bijoux, avec des baisers...
Ici, nous n'avons pas le même luxe. Il manquerait quelque peu de couleur locale. Mais nous avons la même passion sauvage, la même ardeur indomptée, la même soif inextinguible, du sang qui coule, rouge et vivant, comme le rubis en fusion... Tout cela est rendu, par M. Gustave Collin, avec la verve, la fougue et l'entrain de la vérité même.
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PÀBIS-SÀLON 19
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HAGBORG
Un Mineur Suédois
Suguste Hàgborg, qui expose aujourd'hui au Champ de Mars, après avoir exposé longtemps aux Champs- Elysées, appartient à cette petite colonie suédoise qui, depuis de longues années déjà, fournit à chacun de nos Salons un contingent d'œuvres très fines et très distinguées. Si Ton accusait sojl talent d'être quelque peu composite, il n'y aurait vraiment pas de quoi s'en trop étonner. Il est élève tout à la fois des maîtres Scandinaves de l'Académie royale des Beaux- Arts de Stockholm, et de notre aimable ami le Castillan Palmaroli, directeur de de l'école d'Espagne à Eome. Ce qui n'empêche pas que son talent très vrai, très sincère, très puissant, et pas mondain du tout — quand son maître est d'essence copur-
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cAic — procède surtout de deux Français agrestes, Jules Breton et François Millet. Ses types sont toujours d'une note très personnelle, et d'une grande intensité d'expression et de sentiment.
Presque toujours, il les emprunte au monde humble et petit des travailleurs, éternellement courbés sur leur tâche, et qui recommenceront demain l'œuvre interrompue de la veille.
Son Mineur en costume de travail, tout équipé pour livrer la bataille au filon souterrain, le sac au dos, le marteau à la main, vu de profil et, à travers la plaine nue, s'avançant d'un pas calme et. assuré, nous montrant son profil sévère et son œil pensif, est certes d'un bel aspect et d'une fière allure.
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PAEIS-SALON 21
M me CLAIRE LEMAITRE
Fleurs d'Automne
Jubllbs sont les fleurs que vous préférez ? demandait-on un jour à une jeune fille -— très jeune — qui devait un jour devenir une de nos Parisiennes la plus fin de siècle.
— Les lilas blancs, quand il n'y en a pas encore ! dit la suave enfant.
Cette parole d'une jolie créature qui n'aimait que l'impossible, et que je n'aurai voulu trouver dans la bouche ni de ma fille, ni de ma femme, ni de ma fiancée, avait pourtant un fond de vérité qui devait rendre indulgent peut-être pour la prétention qu'elle affichait si naïvement. Ce qui fait le mérite des fleurs, c'est surtout leur rareté. Moins il y en a, plus on les aime. Lorsque l'adorable Mois
de la Jeunesse, Mai, tiède et fécond, jette des roses à pleine mains dans le sein de la nature, on les cueille d'une façon distraite. Hier on en avait déjà, et, demain, on en aura plus encore ! Mais viennent les premières bises de la froide saison, qui les effeuille sur leur tige ; les premières gelées blanches qui meurtrissent leurs pétales délicats, et nous les adorons, les fleurs, comme des choses charmantes et périssables, qui ne nous sont prêtées que pour un jour, et qui nous deviennent d'autant plus chères que nous en jouirons moins longtemps.
C'est là peut-être ce qui donne tant de séduction et tant de charmes dans leurs grâces passagères, à ces fleurs d'automne qui vont mourir. Très décoratives aussi, avec leurs brindilles légères, qui semblent réclamer un appui protecteur, et leurs teintes adoucies, à la fois suaves et languissantes. Quel parti un peintre habile sait en tirer, c'est tout ce que tout le monde comprendra en regardant le joli tableau de M me Claire Lemaitre.
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PABIS-SALON
EUGÈNE G1RARDET
L'accouchée au Village
■^irardet, qui vit souvent aux champs, dans le calme inspirateur de la belle campagne normande, aime à reproduire les scènes rustiques qui se déroulent chaque jour autour de lui. Il sait leur donner un accent de sincérité qui frappe, au Salon, le visiteur le plus superficiel et le plus indifférent. Il n'est pas besoin d'une longue étude pour s'apercevoir que l'on a devant soi un homme connaissant bien les sujets qu'il traite, et n'ayant pas l'habitude de peindre à côté.
Les environs de Caen, les riches plaines du Calvados et les savoureuses fraîcheurs de la vallée d'Auge ont plus d'une fois tenté ses pinceaux, et il nous a prouvé, en les reproduisant, qu'il possédait les dons de nature nécessaires
pour s'attaquer à ces sujets rustiques qui exigent de la part de l'artiste une vue nette des choses, le respect de la vérité, et l'exactitude sans la banalité. Avec cela un instinct très juste du pittoresque, et ce^'e ne sais gwoequi, partout vous montre le tableau à faire.
Voyez plutôt, dans cette jolie composition de V Accouchée au Village, comme ohaque chose est bien à sa place, et comme chaque personnage fait tout juste ce qu'il doit faire. La grand'mère berce l'enfant ; le petit frère regarde ce nouveau venu avec une sorte d'étonnement, en se demandant sans doute sous quel chou on a bien pu le trouver. La mère, encore dolente, a pourtant un doux sourire aux lèvres, et, selon la parole de l'Évangile, elle oublie tout ce qu'elle a souffert dans sa joie d'avoir mis un homme au monde !
Quant au mari, en manches de chemise, assis au chevet de l'accouchée, il semble nous dire, avec une naïveté béate :
« C'est pourtant moi qui suis l'auteur ! »
Bon tableau, et tableau de bonnes gens !
PAEIS-SALON 25
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