‹ Paris-Salon (volume 3)Chapitre 11 sur 59 · LE VERTIGE · texte numérisé non relu

LE VERTIGE

e grand diable de Jean Béraud a de l'esprit comme un singe : il fait des mots à l'emporte -pièce et n'est pas moins amusant à voir qu'à entendre. Il y a dans ses tableaux un double extrait de parisianisme. Je ne connais, parmi les modernes, personne qui soit plus moderne que lui, et si j'avais jamais quelque chose à démêler avec ces collecteurs de documents plus ou moins humains, dont on parle tant aujourd'hui, je leur conseillerais de recueillir précieusement ces jolis tableaux, sans lesquels il deviendrait

1EAN BERAUD

vraiment difficile d'écrire exactement l'histoire de notre époque.

Le sujet du Vertige est des plus simples. Une de ces jolies Parisiennes que M. Jean Béraud peint si bien a cédé à la folle tentation de monter sur la plate-forme de l'Arc de l'Étoile. Là, enivrée d'air et de lumière, contemplant de toutes parts l'espace immense, et le bois aux cimes de verdure ondoyante, et la longue avenue des Champs-Elysées avec le vaet-vient de ses innombrables voitures, la pauvre, qui s'est hasardée toute seule dans ce voyage aérien que l'on ne devrait jamais faire qu'à deux, se sent attirée par l'abîme, et, d'une main qui se crispe, se retient aux acrotères du monument avec tun tel effroi, que l'on a peur pour elle et avec elle.

JEAN BENNER

MAZZARELLA

out le monde est peintre dans la maison des Benncr. Ils sont là deux frères qui ont du talent comme quatre.

Nos lecteurs n'ont pas oublié sans doute que le Paris-Salon de 1881 publia un joli groupe de baigneuses, véritables académies en plein air, signé du nom sympathique d'EMMANUEL, l'aîné des deux. Jean, le plus jeune, n'a pas un sentiment moins vif de la femme, et s'il ne nous donne aujourd'hui qu'une simple tête d'étude, c'est qu'il sait bien que cette tète vaut à elle seule un tableau.

Son arrangement pittoresque et saisissant est plein de goût dans sa grâce sévère ; il nous prouve qu'il peut y avoir du style dans les choses les plus simples. Ce bout d'étoffe, si bien jeté sur une tète au profil antique, vous a des airs de couronne, et l'on ne serait pas plus tenté de se familiariser avec celle qui la porte qu'avec une véritable reine. Une telle coiffure sied bien du reste à ce fier profil de médaille, et à cet œil rigide comme une prunelle d'airain. On sent que l'artiste a été ému devant son modèle, et qu'il l'a peint avec sérieux et amour. — Mit Emsl undLiebe! — c'était la devise de Gœthe. La nuque n'est-elle point charmante avec ses légers cheveux follets, qui se tordent en capricieux frisons, comme la pousse tendre et les vrilles amoureuses de la jeune vigne au printemps? Le modelé des épaules, dans leur galbe délicat et fin, est plein de frémissement et dévie. Le souvenir de cette jolie tète se grave dans votre esprit, — comme un beau camée.

•î Î S O S-5 «-? «-? «-? «-? «-? «-? *-î S-? ^ «-? Ç-Jl "w* *-* <!-? tJ'O» "•"'•"'s"'»"»'*» "•" "•" 'a" '«>" • «T © ® <■> • * '•" "•"

Page 1