PATRICIENNE DE VENISE
lexandre CABANEL est toujours le peintre attitré des femmes du monde :
il les aime; il les comprend; il excelle à les rendre dans leur correction pure et leur distinction parfaite. On remplirait une galerie rien qu'avec les portraits des grandes dames qui ont posé devant lui. Il se propose un autre idéal que la simple reproduction de leurs traits; il les interprète; il rend leur âme visible; il en fait des types qui restent dans les yeux — et dans l'âme — de ceux qui les ont vus. Pourrions-nous oublier
AtlîX.VNDRE CADAXEL
cette charmant duchesse de Vallombrose, qui nous offrit, il y a quelques années, une si parfaite image de la grâce féminine dans ce qu'el'e'a de plus exquis, et de l'élégance aristocratique au xixe siècle?
M. Cabane! lui donne une sœur aujourd'hui dans sa Patricienne de Venise au xvie siècle. Faut-il ac% corder une foi aveugle au livret, et voir dans cette belle personne une contemporaine et une compatriote des doges? Ou n'est-elle point tout simplement une Parisienne de la troisième République, à laquelle l'artiste a prodigué tous les enchantements de son pinceau amoureux? Elle est belle : que nous importe le reste? Elle se présente à nous de face, en pleine lumière, ne nous dérobant aucun détail de son opulente beauté, détachant par un vif relief son visage aux lignes pures et aux fins méplats, délicatement modelés. Sa chevelure blonde, d'un blond d'épis mûrs, avive de ses reflets d'or pâle le velours cramoisi de sa riche coiffure, et coule par ondes molles sur le marbre des épaules, dont le galbe superbe conserve toute sa valeur, grâce à la robe coupée carré, comme chez les femmes habillées par le Titien ou le Véronèsc. Bien difficile à contenter qui demandera davantage.