HENNER
Aussi plus d'un visiteur, en lisant dans le livret officiel du Salon : J.-J. Ilenner, « Barra », n'ont pu se défendre d'un certain étonnement quand ils ont vu ce gracieux artiste, amoureux des idéalités antiques, se jeter tout à coup dans les réalités les plus violentes de l'histoire contemporaine.
Mais l'artiste a pu changer de sujets sans changer de manière. Si vous n'étiez point prévenu d'avance que vous avez affaire à l'héroïque petit tambour de la première République, une et indivisible, en voyant les blancheurs nacrées de ce torse si finement modelé, cette pose pleine de naturel, de morbidesse et de grâce, — charmante jusque dans la mort, — vous oublieriez notre petit compatriote, nerveux et malingre, et vous verriez passer devant vous les belles images de ces séduisants éphèbes du monde antique, que les déesses amoureuses admettaient à l'honneur de leur couche: Adonis pleuré par Yénus, et dont le sang teignit les pétales de la première rose; ou l'aimable Endymion que Diane venait voir dans les grands bois sombres, les soirs ou, n'étant pas de garde, là-haut, dans les cieux, elle obtenait de Jupin la permission de minuit.