LA BACCHANTE
esrel est un de ces peintres, assez rares aujourd'hui, qui acceptent encore la théorie quelque peu délaissée de l'art pour l'art; qui peignent pour peindre, sans se préoccuper du sujet, et qui tiennent plus à faire un morceau qu'un tableau. Ceux-là sont les dilettanti du pinceau, et la critique serait injuste en ne leur donnant point la place qu'ils méritent : à part, en dehors — et au-dessus — du troupeau vulgaire.
Voici plusieurs années déjà que je remarque, chez M. Lesrel, ces belles et consciencieuses études de nu, pleines de goût et de savoir, qui attiraient infailliblement jadis sur les jeunes artistes l'attention et la faveur du jury, lorsque le jury se recrutaitprincipalementpanni les membres de I'Institut.
Le tableau exposé cette année par M. Lesrel s'appelle la Bacchante. Comme il y a généralement peu de tenue à espérer de ces jeunes personnes , d'ordinaire assez mal élevées , et que leurs parents n'ont envoyées ni aux Oiseaux ni au Sacré-Cœur , il ne faut pas s'étonner de la pose quelque peu abandonnée de celle-ci, couchée sur le dos. sa jolie tête roulant dans sa chevelure dénouée, et n'ayant pour tout vêtement qu'une coupe pleine de joyaux, montée dans un style plus moderne qu'antique, et que l'artiste a placée d'une façon quelque peu bizarre.
Ce ne sont là, du reste, que des détails auxquels nous ne voulons point accorder plus d'importance qu'ils n'en méritent. Le véritable sujet que M. Lesrel offre à notre attention, c'est ce beau corps de femme, se profilant par une ligne si pure, et nous offrant un modelé si délicat et si fin.