DEUX FILLES DE L'OCÉAN
'ALLEZ pas croire que les Deux filles de l'Océan que nous montre ici M. Delobbe aient rien de commun avec les Néréides, qui se jouaient autour du char d'Amphitrite dans les mers brillantes delà Grèce ; avec les jeunes Océanides qui montaient du fond de l'abîme paternel pour aller consoler Prométhée enchaîné sur les rochers du Caucasse^ ou bien encore avec les Sirènes, perfides enchanteresses qui séduisaient jadis les naïfs matelots, en tordant devant eux leurs vertes chevelures enlacées d'algues marines, d'oii ruisselaient les pleurs de la vag-ue, comme une rosée de perles.
Non, M. Delobbe ne va pas si loin chercher ses inspirations, et elles n'en sont pas moins bonnes parce qu'il les trouve près de lui.
Ses Deux filles de l'Océan sont deux simples pêcheuses de nos côtes de la Bretagne ou de la Normandie. Mais sans rien négliger du côté pittoresque ,
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essentielle condition de tout bon tableau, il a su leur donner une expression de rêverie tendre et profonde à la fois, qui les rend singulièrement poétiques. Ajoutez qu'elles sont charmantes dans leur pose abandonnée, pleine de nonchalance et de grâce, avec leurs grands yeux aux regards captivants — qui viennent de leur âme — et qui prennent la nôtre. Voilà, certes, une des jolies toiles du Salon.
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