‹ Paris: ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle (volume 2)Chapitre 16 sur 39 · IV. - LA OABAIITIB · texte numérisé non relu

IV. - LA OABAIITIB

lies timhrc^po^tes. — Imprimerie. — Le Tcrnis'age. — La gomme. — Le pointillage — Importation anglaise. -^ Contrôle et préctalions — Nombres comparatifs. — On apprend & écrire. — Le bureau de garantie des matières d*or et d'argent . — Les essais. ^ Le laboratoire. — Sonrenir de Gay-Liifsac. — Le touchau. <— Pièces brisées. — Le poinçoonige. - - Les poinçons. — La bigorne. — Entomologie. — Le Trai contrôle. — Une cuillère. — La brigade rolante. — \jh recense. — Les bijoux de mademoiselle Hachel. — Impôt somptiiaire. — Améliorations morales. — Monnaie internationale. — Diversité des monnaies. — Le progrès marche bien lentement.

11 peut sembler singulier, au premier abord, que le timbre-poste soit assimilé à la monnaie, et que la fabrication en soit entourée de précautions minutieu*

ses ; mais, si l'on y réfléchit, on ne lardera point à reconnaître qu'il ne peut en être autrement. Le timbreposte, en effet, est une valeur fiduciaire, un billet de bnnqueinfmimentpelitjet, comme tel, il ne devait pas échapper au contrôle de l'État. Du reste, par ce seul fait que le graveur général est chargé de fournir le poinçon de l'efOgie, il ressortit à l'hôtel des monnaies. Les planches de cuivre, portant chacune 150 empreintes, sont obtenues à l'aide des procédés de la galvanoplastie. Elles sortent du laboratoire du directeur de la fabrication des timbres-poste, qui, sous tous les rapports, jouit des mêmes droits et est soumis aux mêmes obligations que le directeur des monnaies.* Il opère à ses risques et périls, est tenu de mettre à la disposition de l'administration des postes le nombre de timbres dont on a besoin et qui ne sont acceptés qu'après contrôle, est payé en raison des quantités qu'il livre et garde à sa charge les machines et les ouvriers.

En somme, ces ateliers spéciaux ressemblent à ceux dune imprimerie très-propre et mémo un peu coquette; les machines, entretenues avec soin, reluisent comme des pièces d'orfèvrerie ; elles jouent sans tapage inutile; les rouages polis, graissés, ont des mouvements d'une douceur qui ne laisse pas soupçonner la force mise en œuvre. 1^ tout se fait rapidement et en silence. Les feuilles du papier particulier, fourni par

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la maison Lacroix d'Angouléme, sont comptées et soumises, avant nulle autre opération, à un vernissage qui se fait à la presse mécanique. Un enduit incolore et dont la composition doit rester secrète est étendu sur une des facos de la feuille. Ce vernis, qui ne modifie en rien l'aspect du papier, rend toute contrefaçon à peu près impossible. Non-seulement il permet de donner une (inosse presque inimitable à l'empreinte, mais encore c'est lui qui reçoit directement cette dernière, el si, malgré l'extrême ténuité de ce vernis, on pouvait l'enlever, on enlèverait du même coup l'effigie, et on n'aurait plus entre les mains qu'un carré de papier bleuâtre portant une tache au lieu du profil dont il offrait l'image.

Lorsque le papier est ainsi préparé, les feuilles sont comptées de nouveau, et enfermées pour être distribuées selon les besoins du service. Deux planches sont réunies côte à côte dans un châssis après qu'on les a nettoyées à la benzine pour enlever toute trace de corps gras qui pourrait les maculer. A l'aide d'un rouleau, on les imprègne régulièrement d'une couche de couleur qui varie selon la catégorie de timbres qu'on vcul oblenir ; puis on tire 5 la presse à bras ou à la presse à vapeur. Dans ce dernier cas, l'encre est mécaniquement appliquée sur les planches, comme sur une presse d'imprimerie ordinaire. Chacune des feuilles complètes, imprimées, contient 300 timbres, divisés

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par une marge blanche en cadres de 450 chacune.

Lorsqu'elles sont sèches, on les. coupe en deux à Taide d'un coupoir qui peut en trancher environ 500 d'un seul coup. Les feuilles sont alors portées à l'atelier où se fait le gommage, opération délicate qui exige une grande adresse de main. Chaque feuille, ayant été gommée au pinceau, est mise isolément à sécher sur de larges claires-voies où Tair, pouvant circuler de tous côtés, active la dessiccation. Cette opération est la plus lente de toutes, car un bon ouvrier dans sa journée ne peut guère gommer plus de 900 feuilles. Comme ces ateliers ont été aménagés en 1848 dans de vieux locaux, ils sont peu en rapport avec le travail qu'on y accomplit, souvent étroits, coupés par des cloisons maladroites et réunis à Taide d'escaliers biscornus qui sont de véritables casse-cou.

Lorsque les feuilles gommées sont parfaitement sèches, elles sont envoyées dans une salle où se fait le poinlillage à l'aide d'une très-ingénieuse machine que dirigent des enfants. Le pointillage a pour but d'entourer chaque timbre d'un perlé de petits trous qui permet de le délacher de la feuille sans le déchirer; c'est depuis le mois d'août 18G2 seulement qu'on a introduit en France cette excellente amélioration, venue d'Angleterre. Les feuilles sont fixées cinq par cinq sur un cadre de fer; ainsi immobilisées, elles passent sous

un large peigne composé d'une série de carrés garnie de poinçons sur chacun des côtés qui correspondent exactement aux côtés du timbre-poste. Le peigne s'é lève et s'abaisse automatiquement pendant que le cadre est entraîné par un mouvement mécanique, et eu moins d'une minute les cinq feuilles superposées, re< présentant 750 timbres, sont pointillces avec une régularité irréprochable.

Cette opération est la dernière que les timbresposte aient à subir ; ils sont soumis au contrôleur, qui rebute ceux qu'il trouve défectueux. Ceux-là sont toujours en petit nombre, deux ou trois mille par an tout au plus. Us sont brûlés, et l'on dresse un procèsverbal de l'incinération. Les timbres droits sont enfermés dans une armoire à triple clef d'où ils ne sortent qu'en présence d'un agent de l'administration des postes, qui signe un récépissé extrait d'un registre à souche. En somme, la fabrication et la comptabilité des timbres- poste offrent autant de garanties que celles des monnaies. La consommation en augmente tous les jours, et si la progression continue dans les mêmes proportions, les afeliers vont bientôt devenir iiisuffisanls. On peut voir le progrès accompli en dix ans. L'atelier de fabrication en a fourni 196,943,700 en 1858 ; en 1868, il en a livréaux postes 530,847,900 "qui ont été payés 487,678 fr. 32 centimes. Cela est bon signe, et prouve que la population fran-

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çaise se décide enfin à apprendre à lire et à écrire*.

Quoique le bureau de la garantie appartienne aux constructions mêmes de l'hôtel des monnaies et fasse corps avec elles, l'entrée en est située rue Guénégaud ; un long couloir, beaucoup trop bas de plafond, et dans lequel un homme portant un crochet chargé de grandes pièces d'orfèvrerie ne doit passer qu'avec peine, conduit jusqu'au bureau même, qui s'ouvre par une caisse où l'on enregistre toutes les matières précieuses apportées et destinées à recevoir le poinçon du contrôle. Les pièces reçues le matin sont vérifiées et rendues le jour même. C'est là, dans une sorte d'antichambre, que les apprentis, les garçons de magasin, attendent les bijoux qu'ils doivent enfermer dans la boîte de fer rattachée à leur cou par une chaîne solide.

Lorsque les matières ont été inscrites, elles sont envoyées, ayant chacune un bulletin indicatif, à la salle des essais, où, devant des établis, des hommes proprets, silencieux, sont assis ayant près d'eux les instruments spéciaux qui leur sont nécessaires. Sur toute pièce assez considérable pour qu'on puisse, en la grattant, enlever un gramme de métal, on recueille la prise d'essai, qui est immédiatement transmise au laboratoire, laboratoire glorieux, car Gay-Lussac y découvrit, en 1829, le procédé d'essai de l'argent par la voie humide. Là, grâce aux manipulations de deux chimistes

• Yoy. Pièces juslificaUves, 6.

.\^3 LÀ MOiNNAlE.

éinincnls, assistes d'aides rompus à toutes les difficullés pratiques du métier, on détermine d'une façon précise le titre de chacun des objets soumis aux expériences. Le laboratoire est petit, étroit, insuflisaut, parfaitement éclairé par une large fenêtre, mais tellement chauffé par les fourneaux que parfois le séjour on devient intolérable. Un mobilier neuf ne le déparerait pas; il y a là un certain canapé jaune en velours d Utrecht qui date sans doute du temps où M. de Laverdy était contrôleur des finances.

Dans cet espace resserré, où sept et huit personnes doivent toujours être en mouvement et ne se heurter jamais dans la crainte de compromettre leurs opérations délicates, le travail est incessant de neuf heures du matin à trois heures de l'après-midi. Les prises d'essai apportées sur de minces coupelles en cuivre, numérotées et munies d'un signalement particulier inscrit sur une fiche de papier, se succèdent sans interruption et passent, selon qu'elles sont d'or ou d'argent, par toutes les phases curieuses de la coupellation ou de la voie humide. Une cuillère d'argent, une tabatière, une cuvette de montre d'or, sont expérimentées avec autant de soin qu'une brève de plusieurs millions.

Lorsqu'une pièce échappe par la ténuité ou la finesse :.d travail a la prise d'esî^ai destinée au laboratoire, elle est appréciée au tauchaUj qui, sans pouvoir fixer

rigoureusement le titre, peut du moins permettre de constater qu'il ne s'éloigne pas des tolérances acceptées. Le touchau se compose d'une pierre de touche, d'un flacon d'acide nitrique et d'un trousseau de barrettes de cuivre dont chacune porte soudé à l'extrémité un échantillon d'or de titre déterminé. Tous les ors de couleur qui sont le résultat d'alliages avec du fer, du cuivre ou de l'argent ont là un spécimen.

Le bijou frotté sur la pierre produit un trait métallique qu'on mouille avec de l' eau-forte; celle-ci, enlevant le cuivre, respecte plus ou moins la trace selon la quantité d'alliage; pour avoir un point de comparaison certain, on fait la même opération avec Taiguille correspondante du touchau, et l'on peut dès lors juger de la pureté du métal qu'on vérifie. Lorsque après plusieurs essais renouvelés et opposés les uns aux autres, on reconnaît que la pièce contient trop de cuivre, elle est déformée, brisée à coups de marteau et rendue en cet état au fabricant, qui ne réclame que bien rarement, car le commerce de Paris sait avec quels soins, avec quelle science, avec quelle expérience acquise par l'habitude, on procède au bureau de la garantie. Le laboratoire et la salle des essais ont, en 1868, expérimenté 5,408,780 ouvrages d'or, et 6,239,238 ouvrages d'argent, sur lesquels 27,520 objets d'or et i 0,41 5 objets d'argent ont été cassés, parce qu'ils étaient d'un titre (rop faible.

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A mesure que les objets essayés sont reconnus droits, ils sont transportés dans la salle du poinronnnge, où ils doivent recevoir une double empreinte qui en constate la sincérité et en détermine le litre. Là, une difficulté se présentait; pour déjouer les . tonlalives des contrefacteurs, il fallait n'opérer qu*à Taiclede [loinçonssi parfaits qu'ils fussent inimitables. C'est a quoi Ton est parvenu. Les poinçons gravés par M. Barre père, qui, avant son fils, était graveur général des monnaies, sont des chefs-d^œuvre de finesse et de précision ^ Selon qu'ils doivent être employés au contrôle de Tor ou de l'argent, selon qu'ils constatent des titres variés, ils diffèrent l'un de l'autre, et représentent la tète d'un médecin grec, de Minerve, d'un aigle, d'un cheval, d'un sanglier, d'un rhinocéros, de Mercure, d'un dogue, d^une giraFe, un grand, un petit charançon, un crabe, une chimère; un chiffre disposé de telle ou telle manière indique que le métal est plus ou moins pur.

Cela ne suffisait pas encore; un poinçon, si habilement gravé qu'il soit, peut, étant toujours le même, être reproduit. Il fallait donc trouver pour la garantie une marque qui, se modifiant pour ainsi dire elle-

' M. Jules AuMin, contrôleur à la fabrication des coins et poinçons, a iiublié un très-curieux TMeau synoptique des monnaies et éâla (jaratïliCy doimant la représenta lion exacte des différents, des espeoei métalliques et des poinçons de garantie.

mcme, donnât une empreinte toujours diverse et qui cependant fit partie d*un tout invariable. Ce résultat est obtenu par la bi^orne^ petite enclume qui a deux pointes, deux cornes, ainsi que le nom l'indique. La corne la plus grande est plaie et offre un développement de 22 millimètres de longueur, de 11 dans la plus grande largeur et de 4 à Textrémité; la plus petite corne, qui est ronde, a 14 millimètres de long, le talon est de 7 et la pointe de 5. Eh bien, sur cette surface étroite, on peut iaire un cours d'entomologie, car la première porte 21 rangées d'insectes, la seconde 17, et chacune de ces catégories diflérentes est isolée par une bande en zigzag où se déroule une inscription *. Il est superflu de dire que ce travail, qui a duré trois ans, a été fait au microscope, et que l'artiste qui a produit un tel chef-d'œuvre de patience a failli y perdre la vue. Lorsque, armé d'une forte loupe, on regarde attentivement ces sauterelles, ces cicindelles, ces frelons, ces fourmis, ces libellules, dont les ailes, les pattes, les antennes, les articulations du corsage, sont d'une exactitude extraordinaire, on éprouve une sorte d'éblouissement.

La façon de procc?der s'explique maintenant d'elle-

« Une de ces bigornes ayant élé \olée en 1846 par un employé du bureau de la garantie, M. Barre père dut inodilier le type primitif en ajoutant des orueineiUs aux bandes de séparation qui, antérieurement, étaient lisses.

môme. I^ pièce à contrôler esl posée au hasard sur la bigorne; au-dessus du point exact par lequel le métal est en contact avec Tenclume, on applique le poinçon, qui est enfoncé d'un coup sec. La pièce reçoit donc une double empreinte : celle de Timage gravée sur le pinçon, celle d^une partie des mille traits qui sillonnent la bigorne; mais cette dernière image changea chaque o|)ération, tantôt elle représente une tète de fourmi et une patte de sauterelle, tantôt la partie inférieure d'un staphylin et les antennes d'unfulgore. C'est là le vrai, Tinimitable contrôle, qui, malgré la multi- [)licité des variantes, ap|)artient à un texte unique qu'on peut toujours consulter au besoin.

Il n'est personne qui, ne serait-ce que machinalement, n'ait examiné la marque d'une cuillère ou d'une fourchette. On voit alors à la face externe une marque qui a huit pans irrôguliers, au milieu se dessine une télé de Minerve ayant le chiffre I placé en vedette devant le front : c'est là le poinçon du premier titre d'argent; mais sur la face interne, précisément de l'autre côté de cette marque, on aperçoit des traces qui paraissent indécises, irrégulières, et ressemblent à une écorcliure du mêlai : c'est la trace de la bigorne. Qu'on examinealtontivemenl,etron reconnaîtra des portions d'insectes et peui-ètre une lettre ou deux de la légende inscrite entre eux. Les poinçons et la bigorne de la garantie, graves en 1838, n'ont |ioint été modifiés, car

ils répondent à toutes les exigences et nul instrument de précision n'offrirait une plus sérieuse sécurité.

De même que les monnaies ne peuvent circuler qu'après avoir reçu la triple consécration de Feffigie, de la tranche et du revers, de même les objets d'or et d'argent ne doivent être livrés par le commerce qu'après avoir subi les essais et le poinçonnage de la garantie; mais, comme le contrôle se paye, et que bien des marchands ne se gênent guère pour se soustraire aux mesures fiscales, une brigade volante de douze contrôleurs est chargée de visiter toutes les boutiques, tous les magasins où, sous une forme quelconque, on vend de l'or et de l'argent mis en œuvre. Ces agents ne procèdent jamais qu'accompagnés d'un commissaire de police, car parfois, trop souvent même, il faut dresser un procès-verbal et opérer une saisie.

La garantie assiste aussi par un de ses représentants à toute vente publique, car les bijoux, les armes riches, les orfèvreries doivent, lorsque le poinçon qui les marque est périmé, être frappés d'un contrôle de recense (tête de girafe, tête de dogue). 11 arrive fréquemment que ces sortes d'objets ne sont point au titre légal ; mais dès qu'ils offrent un intérêt quelconque de curiosité ou de sentiment, on les respecte et on les rend à leurs propriétaires. Après le décès de mademoiselle Rachel, on trouva chez elle une assez grande quantité de parures de théâtre en or bas, mis en couleur, et

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que Tartisfe avait fait spécialement exécuter pour donner à ses difTérenls costumes un plus grand caractère de rcalile. Tous ces bijoux, considérés comme souvenirs, évitèrent le coup de cisaille réservé aux métaux que trop d'alliage rend inférieurs.

I^ bureau de garantie, en tant qu'administration, ne relève pas de la commission des monnaies, il appartient aux contributions indirectes et dépend du ministère des finances , auquel il a rapporté en 1868 la somme de 2,285,009 fr. 30 cent. Pour un impôt somptuairc, c'est un maigre produit, qui rémunère à peine rÉlal des soins qu'il prend aGn d'assurer à tous nos ouvrages d'or et d'argent le titre qui seul leur donne une valeur commerciale.

Telles sont les diverses opérations dont l'hôtel des monnaies est le théâtre. Elles offrent des garanties telles qu'il est bien difljcile de les trouver en défaut. Pour assurer à nos monnaies la sincérité qui doit en être le principal caractère, on ne recule devant aucune considération, et bien souvent on a fait rejeter à la fonte des brèves entières. Sur 45,522,418 pièces d'or et d'argent rra])pces à la monnaie pendant le cours de l'année 1868, on en a rebuté 2,462,652, qui ont dû subir de nouveau toute la série de manipulations prescrites avant de pouvoir obtenir le bon de délivrance et entrer en circulation.

Sous ce rapport, tout est parfait, et nulle critique

n'est possible; maïs, si TÉlat ne participe en rien à la fabrication des monnaies, il y intervient avec omnipotence pour les contrôler, et par conséquent il assume une part de responsabilité qu'on peut invoquer lorsqu'il s'agit de certaines améliorations à introduire. Toutes les fois que le gouvernement participe à une administration quelconque, sous quelque forme que ce soit, son action doit se faire sentir immédiatement d'une façon bienfaisante et élevée. Les ouvriers employés dans l'hôtel du quai Conti relèvent uniquement du directeur de la fabrication; mais l'État, comme tuteur des monnaies, a un peu charge d'âmes envers eux et devrait les faire jouir des avantages qu'on trouve aujourd'hui dans presque tous les grands établissements. Rien ne serait plus convenable que d'assurer des retraites à ces humbles travailleurs qui manient avec probité et en détail la richesse monétaire du pays, de leur procurer en cas de maladie ou de blessures les soins gratuits d'un médecin payé par l'administration, de leur faire distribuer à prix coûtant des médicaments par la pharmacie des hôpitaux, de les attacher, en un mol, à leur dur métier, de récompenser leur labeur par une sorte de bénéfice moral plus envié et plus recherché parfois que le bénéfice matériel. L'État est père de famille; il exige beaucoup, sous bien des rapports il exige trop, et jamais cependant on ne marchande les sacrifices qu'il réclame; ne doit-il

pas, partout où il apparaît, amener avec lui le bienélre et la moralisation?

I! est une amélioration d'un antre ordre qui inté resse Thumanité tout entière, à laquelle on travaille depuis bien des années déjà, et qui, Ton peut en être certain, rencontrerait Tunanime assentiment de la commission. Il faut doter le monde d'une monnaie internationale, uniforme, acceptée par tous, et garantie chez tous les peuples par une loi semblable et consentie. Cette idée, si simple qu'on s'étonne de ne pas la voir appliquée, a souvent été mise en avant par la France. Dès le 8 mai 1790, M. de Bomay proposait un décret par lequel Louis XYI serait supplié d'engager le parlement anglais à établir l'égalité des poids, mesures et monnaies avec la France. Quelques nations, nous les avons nommées, ont adopté le système décimal, mais combien sont réfractaires encore, et comment se fait-il que dans les traités de paix on n'ait jamais songé à introduire une clause relative à l'unité des monnaies?

N'est-il pas puéril qu'à notre époque, par on temps de chemins de fer et de télégraphie électrique, quand on dépense avec raison des millions pour obtenir un peu plus de rapidité dans les communications, les différents Ëtats, par suite d'un orgueil mal compris, d'habitudes surannées qu'on n'ose détruire, de paresse et d'insouciance, gardent une diversité de systèmes

Là garantie. 561

monétaires qui est préjudiciable à toutes les transactions et semble inventée tout exprès pour enrichir des banquiers habiles? Qui pourrait croire qu'aujourd'hui l'Europe emploie plus de 200 variétés de poids et de mesures, qu'elle compte le temps à l'aide de trois calendriers qui n'ont aucun rapport entre eux, et que son commerce use de 93 monnaies d'or et de 135 monnaies d'argent, qui n'ont de commun ni le titre ni le poids? Cinq types de pièces d'or, cinq d'argent, quatre de bronze, doivent et peuvent définitivement suffire à tous les besoins. Arrivera-t-on à s'entendre sur ce sujet qui tient aux intérêts les plus précieux des nations? Il faut le oroire; mais on peut reconnaître que, si le progrès ne s'arrête jamais, sa marche est parfois d'une lenteur désespérante.

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