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s U F0RTi:5E DE PARIS.
administration particolsère, ne Toalant sons aocnn prétexte aToir à nous prononcer sur la xalenr des exploitations privées qui, tout en serrant Fintérét général, n'ont été établies qu'en Tue d'intérêts personnels. C'est l'historique des administrations abstraites, pour ainsi dire, que nous avons cherché à tracer, de celles qui, agissant en vue d'un but supérieur, ont pour mission de subvenir aux besoins moraux, intellectuels et physiques de deux millions d'hommes.
On a pu voir que Paris ne manque pas à sa tâche, que chaque jour il s'efforce d'améliorer, sous toutes les formes, les conditions qui assurent Texistence de son peu^ pie. Une telle œuvre, si compliquée, si multiple, si énorme, dont les exigences s'accentuent et se renou*vellent sans cesse, nécessite de lourdes dépenses et implique des ressources inépuisables. Paris a-t-il donc une fortune qui lui permet de rémunérer les agents qu*il emploie et de donner l'impulsion à tous ses engrc'* nages administratifs? Non, Paris est pauvre» et il mourrait de faim s'il ne s'assurait l'argent qui lui est indispensable, en le demandant au peuple même qu'il a charge de surveiller et de secourir. Ce qu'il lui prend d*une main il le lui rend de l'autre; les centimes qu'il reçoit de l'homme individuel deviennent les raillions dont profite Thomme collectif; c'est peut-être parce qu'il entre beaucoup de bétail aux abattoirs que nous avons un excellent système hospitalier.
Les ressources de Paris sont importantes, mais elles ne suffisent qu'aux besoins ordinaires, à ce que les Allemands appelleraient la normalité. Si l'on n'avait eu recours à des emprunts qui s'élèvent maintenant au chiffre de près de 1,800 millions S Paris, comme au siècle dernier, serait un cloaque sans eau, sans lu-
* La deite municipale résultant des emprunts s'élève exactement aujourd'hui à 1,794,930,796 francs (janvier 1874).
mière, sans salubrité, sans sécurité et sans voies de communication. Sous peine de voir la capitale de la France étouffer sur elle-même et périr de résorption, il a fallu accomplir ces gigantesques travaux d'assainissement, d'aération, malheureusement interrompus au- ' jourd'hui, et qui s'étaient imposés avec une inéluctable nécessité. C'était là pour notre ville un surcroît de charges auxquelles on n'a pu faire face que par des sacrifices qui souvent ont été douloureux, mais qu'il était impossible de répudier.
Ce qui reste du vieux Paris est là pour l'attester; certains quartiers anciens avoisinés par les quartiers nouveaux prouvent que la transformation commencée fut une œuvre d'utilité absolue, et qu'il faudra la reprendre dés que les circonstances le permettront ; il suffit de s'égarer dans les ruelles qui séparent les deux tronçons du boulevard Saint-Germain pour en être convaincu. Quelque indispensables que fussent ces travaux, ils n'ont pu être mis en œuvre sans peser singulièrement sur le budget de la ville, qui est obligée de payer les intérêts des dettes contractées et d'amortir celles-ci par des annuités stipulées. Il faut donc à cette heure solder le passé, assurer le présent et préparer l'avenir ; c'est là une triple tâche, féconde en difficultés, et il faut avouer que Paris s'en tire à son honneur.
Le budget normal de 1873 a mis 197,815,582 fr. 66 centimes de recettes ordinaires à la disposition de la ville. Ces ressources sont tirées de dix-sept catégories d'opérations fiscales différentes, qu'il est bon d'énumérer rapidement : ce sont les centimes communaux, — l'octroi, — les halles et marchés, — le poids public et le mesurage, — les droits de voirie, — les établissements hydrauliques, — les abattoirs, — les entrepôts, la location d'emplacements sur la voie publique et dans les promenades publiques, — les loyers
de propriétés communales et les redevances iramobi-^ Hères, — le produit des ventes d'immeubles et de matériaux, T- les expéditions des. actes, -rr les taxes funéraires, — les concessions de terrain dans les cimetières, — Texploitation des voiries, — les contributions, legs et donations pour travaux et services divers, — enfin les recettes diverses.
De chacun de ces chefs sort un revenu régulier qui constitue à la ville une sorte de rente viagère incessible, sur laquelle les événements exercent une influence appréciable et que Içs besoins à satisfaire augmentent d'année en année. En un mot, c'est la fortune de Paris. Mais parmi ces dix-sept sources de la richesse municipale il en est une qui est bien plus abondante que les autres, qui coule jour et nuit sans interruption, car clic s'alimente aux nécessités les plus impérieuses de la vie : c'est l'octroi ; il est la base la plus sérieuse, le produit le plus ample du budget; il représente une caisse toujours ouverte où l'on peut aller puiser à toute heure.
Dans l'administration de la préfecture de la Seine, l'octroi forme une administration à part, presque indépendante ; il a des attaches intimes avec le ministère des finances, pour le compte duquel il opère la perception de certains droits afférents au Trésor ; dans ce personnel financier, qui travaille sans relâche à fournir des moyens d'action à la ville de Paris, il est le personnage principal, car ses recettes constatées en 1869 ont été de 110,189,680 francs, et les recettes prévues pour 1873 sont de 109,745,000. C'est donc l'octroi qu'il convient d'étudier, si l'on veut connaître l'origine des revenus les plus sûrs de Paris, de ce que l'on nommait jadis les rentes de la ville.
Otlroium est licentia vassalo data^ dit Ducange; l'octroi est l'autorisation accordée à un vassal. En effet, les rois permettaient aux communes d'imposer certains
objets de consommation, afin de se procurer les ressources dont elles avaient besoin. Les mots ont changé, le fait est resté le même. Aujourd'hui encore, l'imposition de nouvelles taxes municipales est entourée de garanties qui équivalent à la sanction souveraine et la remplacent. Sur le rapport de l'administration de l'octroi, le préfet de la Seine propose une taxe au conseil municipal; celui-ci l'approuve après examen et discussion: le conseil d'État Tétudie et la règle; le chef du pouvoir exécutif la rend obligatoire par un décret qui a force de loi. On le voit, sous d'aulres formfs c'est toujours la faculté de frapper impôt à son profit qui est octroyée à la ville.
Tel qu'il fonctionne aujourd'hui, l'octroi est relativement moderne ; son acte de naissance est la loi du 27 vendémiaire an VU (18 octobre 1798). Il existait néanmoins autrefois et ressortissait à la ferme générale, qui, pour le rendre plus efficace et empêcher les fraudes, avait fait construire le mur d'enceinte commencé en 1782, terminé seulement sous le Consulat, que nous avons connu, et qui est tombé après le i" janvier 1860, lorsque les communes de Passy, Auteuil, Batignolles- Monceaux, Montmartre, La Chapelle, La Villelte, Belleville, Charonne, Bercy, "Vaugirard et Grenelle ont été annexées à Paris. Cette taxe n'était point populaire ; les philosophes, les économistes du temps, les mécontents et les frondeurs, qui n'ont jamais fait défaut dans nôtre population, ne se gênaient guère pour en médire. Il est juste d'ajouter qu'à cette époque les deux tiers du produit appartenaient au roi, mesure excessive dont on pourrait retrouver l'origine dans un édit de 1323 rendu par Charles le Bel. Parlant des barrières, Mercier dit: « Klles sont communément de sapin et rarement de fer; mais elles pourraient être d'or massif, si ce qu'elles rapportent avait été employé à les faire de ce métal. »
La ferme générale avait singulièrement modifié l'aspect du vieux Paris en l'enfermant de toutes parts, et en faisant construire à chacune des issues ces pavillons plus bizarres les uns que les autres, et dont quelquesuns encore debout sont attribués à divers services municipaux. L'architecte Ledoux, qui fut chargé de ce travail, avait une imagination aussi déréglée que stérile; il s'épuisait à trouver des formes nouvelles, et ne les obtenait le plus souvent qu'au détriment des règles les plus élémentaires du bon goût^ Ledoux préconisait ce qu'il appelait « l'architecture parlante », et trouvait tout simple que la maison d'un vigneron eût l'apparence d'un tonneau.
L'archevêque de Brienne, en arrivant aux affaires, fit interrompre les constructions commencées; on les reprit plus tard, on les arrêta de nouveau. Ledoux ne ménagea pas ses plaintes, et dans une lettre pleine de doléances, où il raconte les caprices dont il eut à souffrir, il écrit cette phrase, qui mérite d'être répétée aujourd'hui: « Il semble que cette nation ne soit pas susceptible d'une pensée durable et qu'elle ne puisse atteindre au delà du provisoire. » Il acheva pourtant d'élever ces lourds bâtiments qui, malgré les formes variées qu'il leur avait infligées, prouvaient par une laideur égale qu'ils sortaient tous de la même main.
Le premier acte de la révolution ne fut point la prise de la Basiille, ce fut la destruction et l'incendie des barrières. Dés le 12 juillet, aussitôt que l'on eut appris le renvoi de Neckcr, le peuple, avant de songer à attaquer la royauté, se rua avec ensemble sur les bureaux où se tenaient les commis de la ferme générale. Dussaulx, dans ï Œuvre des sept jours, dit, à la date du 13 :
* J'excepte rhôlel d'Uzcs, (ijui était fort beau, et dont la porte était surtout remarquable ; la spéculation l'a détruit récemment et a percé Mrfe rue sur le tçrrain qu'il occupait rue Montmartre.
a Nous apprenons que plusieurs barrières ont été brûlées la veille et ce jour même, que les commis à la perception des droits d'entrée sont dispersés. » C'était la ruine de la ville ; tout entrait en franchise, et la municipalité se voyait subitement dépouillée de son revenu le plus clair au moment même où les charges qui lui incombaient augmentaient dans des proportions extraordinaires. De son côté, la ferme, dont le traité subsistait, car un tel cas de force majeure n'avait pas été prévu, la ferme n'attendait pas que les esprits fussent calmés pour ressaisir le gage auquel elle avait droit et qu'on venait de lui arracher. Augeard, dans ses Mémoires secrets, donne une date précise et un détail important. « La ferme générale, dit-il, me choisit ce jourlà (16 juillet 1789) pour aller à rilôlel de Ville représenter à la commune combien il était intéressant pour le service des rentes de la ville que Ton rétablît sur-lechamp les barrières ; presque toutes avaient été brûlées, excepté les deux seules qui étaient appuyées sur les murs des jardins de Monceaux. » In cauda venenum; sous une apparence de simplicité, cette dernière phrase accuse nettement le duc d'Orléans d'avoir fomenté le mouvement, car les seules barrières épargnées sont celles qui touchent à l'une de ses propriétés de plaisance. Le fait est-il vrai? 11 est impossible de le vérifier aujourd'hui ; mais avant de l'apprécier il faut se souvenir qu'Augeard était secrétaire des commandements de la reine.
Les barrières furent reconstruites, barrières en bois, peu solides, qu'on eût facilement jetées bas d'un coup d'épaule et où la surveillance, en ces temps troublés, n'était point rigoureuse ; elle l'était trop encore cependant au gré de la population, qui croyait sincèrement que la suppression des impôts faisait partie du régime de la liberté. L'Assemblée nationale s'occupait de la
question cl lui donnait sagement une solution à laquelle les mécontents ne pensaient guère : le 28 janvier 179n, elle décida que les droits d'octroi, aussi bien que les autres impôts, seraient acquittés par tous les citoyens, quels qu'ils fussent.
Le peuple regimba ; il y eut, sinon des émeutes, du moins des collisions graves. L'assemblée tint bon; par la loi du 15 mars 1790, elle abolit tous les droits féodaux, mais elle excepte les droits perçus à l'entrée des villes sur les objets de consommation au profit du trésor public; le 11 avril 1790, elle confirme cette décision; le 4 août, elle ordonne qu'elle soit exécutée. Les murmures s'accentuent et deviennent menaçants; l'Assemblée louvoie et cherche à gagner du temps pour calmer les esprits surexcités, et le 22 décembre elle rend un décret qui prescrit la perception des droits d'entrée jusqu'à ce que l'assemblée ail statué sur les dépenses des villes et des hôpitaux. C'était promettre implicitement l'abolition de l'octroi, et, comme on sentait que les législateurs étaient dans une vive perplexité à cet égard, on s'arrangea de façon à leur forcer la main. A la barrière de La Chapelle, les préposés et les forains qui apportaient les approvisionnements se livrèrent une bataille en règle; il y eut des blessés et des morts. L'Assemblée essaya de sauver au moins le principe de l'octroi : elle proposa de ne taxer que les denrées consommées par les riches ; elle imagina une sorte d'échelle des droits variant de 1 livre à 18 par tête d'habitant; tout fut inutile, et la loi du 19 février 1791 décréta qu'à partir du 1*"^ mai suivant tout droit d'entrée était supprimé*.
Le 1" mai fut un jour de fête ; la musique de la garde
* On cria dans les rues : « La grande joie du père Duchesne sur le dé. cret qui f.... en bas les droits d'entrée sur le vin, la viande et toutes les denrées. Grande ribote du peuple à la santé de ses amis les patriotes de l'assemblée. »
I/OCTROI. î>
nationale fit le tour des murs de Paris en jouant des aîrs patriotiques ; toutes les barrières furent enlevées et les bureaux de perception détruits; un peuplier enguirlandé de rubans tricolores fut planté dans le jardin des Tuileries, sous les fenêtres de Tappartemcnt du roi ; le canon des Invalides et celui du pont Neuf tonnèrent comme pour une victoire ; le soir Paris illumina, et le lendemain il était ivre. Au moment où l'octroi disparaît, où la pression populaire force les représentants à tarir, malgré leur résistance, la ressource indispensable aux multiples besoins d'une capitale habitée par 700,000 âmes, il est intéressant de voir ce que produisaient les droits d'entrée : le total général pour 1790 accuse 55,910,859 livres, dont 25,059,446 pour le roi •eH 0,851,413 pour la villes
On essaya d'établir des taxes nouvelles pour remplacer celle qui venait d'êlre supprimée, non-seulement pour Paris, mais pour toutes les communes du royaume, et Ton n'y réussit pas. Puisqu'il n'était question à cette époque que des droits, et non pas des devoirs d'un peuple libre, on aurait pu se rappeler la juste opinion émise par Montesquieu : « L'impôt par tête est plus naturel à la servitude, l'impôt sur les marchandises est plus naturel à la liberté. » Mais on vivait au jour le jour; l'Assemblée était bien moins souveraine qu'elle n'aimait a le dire, et les sections organisées par la loi du 2 juin 1790 avaient une influence qui ressemblait bien au pouvoir absolu.
La suppression de l'octroi ne répondit à aucune des espérances préconçues; la vie malèriclle n'en fut pas moins dispendieuse à Paris; les arrivages se faisaient mal par des routes que l'on n'entretenait plus, la piu-
* Dans cette année il entra à Paris 280,000 muids de vin qui rapportèrent 16.975,000 livres ; le muid de 36 velles (^72 litres) acquittaii un droit de 60 livres 12 sols 8 deniers, ce qui équivaut à 22fr.30 c. par hectolitre. — \o\r Pièces justificatives, 1.
part des denrées manquaient, et le prix augmentait en raison de la rareté du numéraire ; en revanche^ les inconvénients que des esprits prévoyants avaient redoutés ne tardèrent pas à se manifester : comme les caisses de la municipalité étaient vides, on ne pouvait subvenir aux exigences même les plus élémentaires d'une grande ville. On éteignit la moitié des réverbères , parce que Ton n'avait pas de quoi payer l'huile ; les rues, presque dépavées et qu'on ne balayait guère, étaient d'infects bourbiers; fait plus grave pour un peuple qui avait inscrit le mot de fraternité dans sa devise nationale, on était obligé de fermer les hospices et de clore les hôpitaux, parce que l'on ne pouvait plus y nourrir les indigents, les infirmes et les malades.
Cet état de choses dura sept ans, et finit par prendre des proportions qui créaient une sorte de danger public; lorsque l'on chercha sérieusement le remède, on n'en trouva qu'un seul : le rétablissement de l'octroi. Toutes les villes, Paris même, le demandaient; l'expérience avait été dure, mais elle n'avait pas été inutile ; en présence de la mendicité encombrant nos voies publiques devenues impraticables ', on alla demander des ressources à ce qui en a toujours produit, à la taxation des denrées alimentaires. C'était le seul moyen d'éviter que les villes restassent à la charge de l'État, qui avait déjà grand'peine à subvenir à ses propres exigences. L'Etat était intervenu, mais selon ses moyens et non pas selon les besoins qu'il fallait satisfaire.
Le 2 fructidor an VI, le rapporteur de la commission
* « Les rues sont de la plus grande malpropreté ; celle que l'on appelait Sainte-Anne est encombrée de fumier; dans la partie qui avoisine la rue de Louvois, il y en a des tas le long des mui s qui y séjournent depuis quinze jours. Malgré l'arrêté du département concernant les mendiants, les pauvres fourmillent dans les rues, dans les promenades et sur les boulevards. » Extrait des rapports de police du 27 février 1794, cité par G.-A. Dauban : Parts en 1794 et en 179o, p. 120.
des finances reconnaît que Paris esl dans une situation intolérable : les services de voirie, déjà si singulièrement négligés, vont cesser tout à fait ; depuis longtemps on ne paye plus personne ; le§ entrepreneurs menacent d'arrêter tout travail; on doit 410,000 livres pour Tenlèvement des boues, 450,000 pour le pavage, 420,000 pour Téclairage ; enfin la ville ne peut môme pas solder une misérable somme de 16,000 livres qui est due aux briayeurs. Il n'était que temps d'aviser, on se hâta. Le 24 vendémiaire an Vil, le conseil des Cinq-Cents déclara l'urgence sur le rétablissement d'une taxe d'octroi municipal et de bienfaisance, dont le produit intégral appartiendrait à la ville de Paris; le 27 du même mois (18 octobre 1798), la loi est votée. La première année, — du 22 octobre 1798 au 23 octobre 1799, — les perceptions fournirent la somme de 7,613,252 fr. 84 c. *.
Si l'établissement des taxes d'octroi soulageait l'État, enfin débarrassé de la ville de Paris, si celle-ci y trouvait les ressources qui lui manquaient et la liberté d'action qui lui était nécessaire, une telle mesure ne faisait point l'affaire des cabareliers et des débitanis de liqueurs, dont elle aggravait les charges. Ce fut parmi ces âpres industriels une indignation générale, et promptement ils s'organisèrent pour éluder les prescriptions îiouvelles. Ce n'était point difficile en ce temps où la police vénale laissait volontiers toute liberté d'allure -à ceux qui la soudoyaient ; de plus, la surveillance du périmé! re de Paris et des barrières était confiée, en vertu de l'arrêté du 29 frimaire an Ylï, à un nombre d'agents dérisoire : 393 préposés devaient suffire à tout ; c'était là une économie fort mal entendue, et le trésor municipal put s'en apercevoir.
* Comme aujourd'hui, les vins apportent le contingent le plus important : 859,69^ hectolitres 87 centilitres, frappés d'un droit de 5 fr. 50 c. par hectolitre, donnent à la caisse municipale 4,728,310 Tr. 78 c.
Oès que la nuit était tombée, la ville était littéralement prise d'assaut; les cabaretiers des villages de la banlieue dressaient leurs échelles contre leraur d*cnceinle, et les barils de vin, les bouteilles d'eau-de-vie, Ja viande, la charcuterie, le vinaigre, étaient descendus, à Taide de cordes, aux complices qui attendaient dans le chemin de ronde. Si quelque commis malavisé s'aventurait à vouloir réprimer cette fraude violente, on le rouait de coups, on le bâillonnait, et l'on continuait sans gêne l'introduction des denrées prohibées. On fît plus : on creusa des tunnels qui, passant sous les boulevards extérieurs, sous le mur d'enceinte, sous le chemin de ronde, mettaient en communication les cabarets de la banlieue et ceux de la ville; c'était un pillage, l'oclroi était à sac. C'est sans doute de cette époque que date une galerio à demi comblée qui, partant d'une maisonnette située dans l'ancien cimetière de la Salpètrière, et traversant le boulevard de l'Hôpital au nord de la barrière des Deux-Moulins, aboutissait à la rue du Marchéaux-Chevaux , et qui fut retrouvée lorsque M. Eug. de Fourcy fit faire les travaux destinés à reconnaître le Paris souterrain *. Il fallut le Premier Consul à la tête du gouvernement et Frochot à la préfecture de la Seine pour mettre Cm à ces abus.
Depuis la loi de vendémiaire, les octrois n'ont pas cessé de fonctionner régulièrement à Paris, avec des fortunes diverses qui oscillaient au gré des vicissitudes de la prospérité publique. Dans plus d'une circonstance, des théoriciens animés de fort bonnes intentions ont cherché à détruire ce mode de perception ; plus d'une commission législative ou extraparlementaire s'est réunie pour étudier la question ; on a dit là contre l'octroi
* Voyez VAllas souterrain de la ville de Paris, par Eupr. de Fourcy, 1859: région N.-E)., planches 1 et 2. — Le triangle qui a le sommet à 1 ancienne barrière d'Italie, les côtés aux boulevards de l'Ilôpital et d'ivry, la base à la Seine, n'a été réuni à Paris qu'en 1818-
tout ce que l'on pouvait dire, — et ce que Ton dit contre roctroi on peut le dire contre n'importe quel inïpôt, — mais, lorsqu'U s'est agi d'indiquer comment on remplacerait cette source de la fortune municipale, nulle solution rationnelle n'a été proposée. Les plus hardis ont parlé d'un impôt sur le revenu, ^ans voir que l'octroi n'est pas autre chose, puisque chacun paye en raison directe de sa propre consommation, c'est-à-dire de la dépense que sa situation personnelle lui permet de faire. C'est là, au contraire, ce qui rend cet impôt excellent, car il est acquitté le plus ordinairement par l'achat même de la denrée. Il est désagréable et ennuyeux, on doit l'avouer, lorsqu il contraint un voiturier à faire halte aux barrières, un bateau à s'arrêter pour attendre le canot de la patache, lorsqu'il ouvre les voitures et fait perdre le temps qu'il met à libeller ses papiers; «'
mais il compense ces inconvénients par tant d'avan- y)
tages, qu'il serait puéril d'y trop insister.
La marche ascendante du produit de l'octroi ne s'est <
pas arrêtée depuis la création de celle taxe : c'est ici qu'on peut dire : Vires acquirit eiindo. Au début du Consulat, ce produit atteint près de il millions, et dés 1 805 il dépasse 20 millions; il ne s'éloigne guère de ce chiffre pendant tout TEmpire, retombe à 18 en 1815, après nos désastres, se relève à 20 en 1816, et s'abaisse de nouveau à 18 en 1817. Cette fois, la politique et la guerre n'y sont pour rien ; la récolle avait fait défaut en France, et la disette fut telle à Paris, que la ville fut obligée de contracter un emprunt de 35 millions, le. 16 mai, pour porter secours aux nécessiteux. L'accroissement s'accentue pendant la Restauration , dépasse 50 millions en 1825 et en 1826, et tombe tout à coup
* à moins de 20 en 1831, à cause de la révolution de Juillet.
Il faut reconnaître que les bouleversements violenta
voriseni pas précisément les alTaires publiques : oiiient où la dynastie d"0rléans va prendre à son la route de l'exil, l'octroi de Paris a encaissé 1,589 francs en 1847, et 1848 ne perçoit que illions 1/S. La période du second Empire dèbulc 39 raillions, et en 1859 arrive à 54. L'année sui- , en 1S60, on constate 19 millions de bénéfice; c'est 13 gros tolal que l'on ait encore vu: 73,187,156 fr. parce que le décret du 16 juin 1859 a reçu exécu- ;t que la banlieue, comprise dans Tenceintc des cations, a été réunie à Paris, Le dernier produit ier de l'Empire est imposant : 107,557,565 francs (69. La guerre se déchaîne, 1870 amène encore illions. La Commune brûle Paris, 1871 s'alTaisse 'à 68 millions l'2. L'apaisement extérieur se fait, insactions tendent à reprendre un cours à peu près al, et le compte d'octroi de 1872 se ferme sur 36,630 francs. De 1798 à 1869, le produit de l'oc-'
donc augmenté de 100 millions'.
-ce un chiffre énorme, et faut-il s'en étonner comme
merveille? faut-il gémir sur la dureté des temps er à l'oppression ? Nullement ; cet accroissemeni cile â comprendre, si l'on veut tenir compte des îcations qu'ont subies la population parisienne el eur de l'argent. En 1801, la population recensée ris est de 545,856 habitanis ; en 1851, de 715, 41, de 955,261 ; en 1851. de 1,035,262 ; aujour- , elle est de 1,851,792 individus, y compris la poon militaire, qui consomme aussi bien que la poon civile. A ce total il faut ajouter une masse Ue d'au moins 150,000 étrangers, qui acquitteni ses comme les Parisiens, puisque comme eux ils irrissent ; deux millions de personnes concoureni
LC à former ce budget de recelte qui frappe chacun une contribution d'autant plus insignifiante qu'elle €|Qotidienne et se solde, jusqu'à un certain point, s que Ton s'en aperçoive.
IjCs denrées coûtent-elles aujourd'hui plus cher qu'au- "bis? J'en doute ; mais il est certain que les espèces lètalliques et la monnaie fiduciaire qui les représente, o£\t singulièrement diminué de valeur. La prodigieuse qviantité de métaux précieux jetée sur le monde depuis une trentaine d'années a bouleversé les rapports qui e:sistaient entre la valeur nominale et la valeur réelle. Le métal trouve un principe d'avilissement dans l'abondance même ; ce qui nous coûte dix francs aujourd'hui iralait un petit écu il y a soixante ans ; le prix de l'objet n a pas varié, seulement notre pièce de dix francs vaut précisément le petit écu de nos pères. Ce fait seul suffit à. expliquer Ténormité de nos budgets et l'augmentation apparente de nos dépenses*.
L'hectolitre de vin acquittait en 1790 un droit de 22 fr. 30 cent.; aujourd'hui, l'octroi, le trésor, les dé* cimes et doubles décimes le frappent d'une taxe de 22 fr. 87 cent. 5 mill. En réalité, le vin paye aujourd'hui moitié moins qu'au moment où la monarchie allait disparaître. Cela du reste importe fort peu à la partie véreuse de la population, qui fait la fortune des cabaretiers et où se recrutent toutes les insurrections ; le 25 février 1848, je me rappelle avoir vu sur les murs du ministère des affaires étrangères, situé alors au coin du boulevard et de la rue des Capucines, l'inscription
' Je rappelle que pendant la durée du dix-huilièrae siècle toutes les monnaies de France n'ont point frappé trois milliards, et qu'à notre époque, en l'espace de seize ans, du 1*' janvier 1853 au 51 décembre 1868, nous avons émis 6,167,642,283 fr. 50 c. — Parlant de ravilis'sement progressif du prix de l'argent, Hlchelet l'appelle: « Ce grand phénomène économique que le moyen âge n*a pas compris » {Hist. de France, t. IV, p. 230-1415). Ôans les temps modernes, la masse de la population ne l'a pis compris davantage.
suivante: <( Le peuple ne posera les armes que lorsque le vin sera à quatre sous. »
L'octroi a résisté à nos révolutions, il a même résisté
à la Commune ; on peut en augurer qu'il a la vie dure ; aux services qu*il rend, on Ta jugé indispensable. Il est peu connu, son mécanisme est presque ignoré en dehors des sphères administratives. Pourra plupart d'entre nous l'octroi est représenté par un homme vêtu d'une tunique verte à boutons argentés, qui, lorsque nous franchissons le guichet de sortie d'une gare de chemin de fer, ou lorsque nous rentrons à Paris en voiture, nous dit : « N'avez-vous rien à déclarer? » Si sa mission consistait en cela, on pourrait le supprimer sans nuire aux finances municipales, car le produit fourni par ce qu'on appelle le voyageur est très-minime ; il tire ses vraid^s et abondantes ressources des perceptions faites aux barrières sur les objets soumis aux droits, de son intervention aux halles, aux gares de marchandises, aux entrepôts du quai Saint-Bernard et de Bercy, aux entrepôts fictifs, aux ports de noire Seine urbaine ; il surveille tous les points, toules les portes, toutes les poternes qui donnent entrée à Paris ; il rôde sur le chemin militaire qui longe nos fortifications. Il ouvre Tœil et regarde au loin, vers la banlieue, dans l'intérieur de la ville, pour découvrir les fraudeurs sans scrupule ; il est à la fois percepteur et gendarme ; il remplit les coffres de la municipalité et déploie souvent une sagacité extraordinaire, afin d'empêcher que les lois fiscales ne soient violées. Pour être partout à la fois, pour voir et prévoir, pour ue se laisser tromper que le moins possible, pour répondre aux exigences d'un service qui embrasse la quantité inconcevable d'individus et d'objets dont Paris fourmille, ce n'est pas trop d'un pelil< corps d'armée et il suffit à peine aux nécessités de son labeur avec les 2,871 agents du service actif que met-
tent en mouvement les 124 fonctionnaires et employés de Tadministration.