‹ Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie, dans la seconde moitié du xixe siècleChapitre 21 sur 30 · PONCTUATIONS, SIGNAUX CONVENTIONNELS · texte numérisé non relu

PONCTUATIONS, SIGNAUX CONVENTIONNELS

Point. ( \irgule. | Point-virgule. I Deux-points.

Point d'interrogation I Point d'exclamation. | Trait d'union. 1 Apostrophe. OU Répétez. I

Barre de division. | Attaque | Réception. l Erreur.

OU Indicatil de dépêche.

Télégraphe.

NDHÉRO 8 Télégraphie atmosphérique '.

En raison de l'extension tous les jours ci'oissante de la correspondance télégrapliiijue, le nomhre des dt'pèciies qui arrivent à Pai'is, tant de la province que de l'étranger, et des lélégraniines échangés entre les divers quartiers de la ville, s'est tellement accru dans CCS derniers temps, que malgré la multiplicité des postes et des fils de communication, malgré l'étonnante vitesse de la transmission, il est compléti ment impossible de laire face aux exigences du service, même avec les appareils les plus perléclionnés. Pour assurer la régilarilé d'une distribution des dépêches en harmonie avec les exigenct s de notre société si active, si pressée de connaître et de jouir, il devenait donc nécessaire, du moins dans l'intérieur de Paris, d'installer des moyens de transport assez puissants, assez rapides pour suppléer la télégraphie électrique elU-mème, en cas d'encombrement des lignes. M. le vicomte de Vougy, directeur général des lignes télégraphiques de France, vient de résoudre ce problème de la manière à la fois la plus élégante et la plus économique. Les appareils ont été construits par MM. Mignon et Uouart; l'administrati.on en a exposé un dessin détaillé. De leur côté, MM. Mignon et Rouart ont installé dans leur pavillon un | etit modèle de ce télégrap: e atmosphérique, qui fonctionne tous les jours sous les yeux des visiteurs de l'Exposition.

Une série continue de tubes en fer, de 65 millimètres de diamètre intérieur, part du poste central des lignes télégraphiques, rue de Grenelle-Saint-Gcrmain, passe par le Cercle impérinl, rue lioissyd'Anglas. par le tirand-llôtel, la Bourse, l'hôtel des Postes, 1 hôtel du Louvre, riiôpital de la Charité, rue des Saints-Pères, et de là revient au p 'Ste central; ces tubes sont solidement éiablis au fond de tranchées spéciales creusées sous le pavé des rues et sur les trottoirs des ponts.

Cette ligne circulaire, d'environ 6,400 mètres de développement, doit fournir ultérieurement des embranchements destinés à relier le Cercle impérial au poste des Champs-Elysées, le Grand-Hôtel au poste de la rue La Fayette, la Bourse à Sainte-Cécile, le poste de la rue

M. i. Gavarret a bien voulu nous autoriser à reproiluire ici, comme document ju.-tificatif, un article remarquable qu'il a publié en 1867 sur la télégraphie atmosphérique. Nos lecteurs nous sauront gré de leur communiquer ce travail de Féminent professeur.

5Î0 PIÈCKS JUSTII'ICATIVES.

des Saints-Pères au Sénat, à la Préfecture de police et à l'Hôtel de Ville. Quand cette canalisation sera ttrminée, i:ne coinmunicalion souterraine sera établie entre l'iiôlel de l'adminisiration et tous les postes du Paris central, en même temps qu'entre ces divers postes télégraphiques ; pour le moment, la ligne circulaire maîtresse est seule exécutée '.

Les chariots destinés au transport des dépêches doivent pouvoir circuler librement dans les nombreuses courbes imposées par le tracé de la ligne à travers les rues et les boulevards. A cet effet, on place les dépêches, enfermées dans leurs enveloppes, dans des cylindres métalliques, très-minces, de 60 millimètres de diamètre et de 15 centimètres de longueur, recouverts d'une gaine de cuir. Chaque chariot peut contenir 40 dépêches ; ainsi chargé, il pèse 270 grammes, ce qui donne un poids total de S'", 700 pour un convoi de 10 chariots, placés bout à bout, portant ensemble 400 dépêches. On complète le convoi en plaçant à l'arrière un pision métallique, très-léger, armé d'un disque de cuir embouti; en marche, ce disque de cuir forme exactement les tubes de la ligne et n'exerce qu'un très-faible frottement contre leurs parois.

Le moyen de propulsion adopté est à la fois très-simple et trèséconomi(jue. Dans chaque poste sont installées deux cuves de tôle dont la capacité dépend de la longueur de la ligne desservie : l'une sert de cuve à eau, l'autre de réservoir d'air comprime. Ces deux cuves communiquent par un tube armé d'une soupape de reienue qui permet le passage de l'air de la cuve à eau dans le réservoir d'air coniprimé et s'oppose à son retour en sens inverse.

De gros lubes de fonte garnis de robinets permettent de mettre la cuve à eau en communication d'une part avec les canaux de distribution des eaux du canal de l'Ourct], d'autre part avec les égouts de la ville. La communication du réservoir d'air comprimé avec le tubes de la ligne souterraine est établie par un tuyau garni d'un robinet gn due.

Quand le robinet du tube de communication avec les canaux de distribution des eaux delà ville est ouvert, le liquide afflue dans la

* Depuis la publication de cet article, le tracé de cette ligne circulaire maîtresse a été moditlé : le poste de l'hôtel du Louvre a été supprimé et remplacé par un poste situé prés du Théâtre-Français, à l'entrée du boulevard iNapoléon. Ce nouveau poste a été directement relié à celui de la liourse et à celui de la rue des Saints-Pères ; la ligne de la Bourse à l'hôtel des Postes a été conservée et forme un véritable embranchement. L'administration s'occupe activement de l'amélioration et du développement de ces communications souterraines ; elle a établi rue La Fayette, prés la rue Lat'lite,un nouveau poste relié par un embranctiement au poste de la Bourse, .\joutons enfin qu'une ligne supplémentaire, destinée à mettre le Cercle impérial en communication avec un poste situé dans les Champs Élysées, est en voie de construction. ('25 décembre 1868.) i. G.

cuve à eau, chasse devant lui l'air dont elle est remplie, et le refoule dans le réservoir d'air comprimé; la soupape de retenue s'oppose au retour du gaz quand la cuve à eau est ensuite vidée dans les égouts. En raison de la différence du niveau, on peut, dans les divers postes de la ligne, se procurer ainsi un volume déterminé d'air comprimé sous un excès de pression de 60 à 70 centimètres de mercure; des expériences souvent renouvelées ont démontré qu'une pression beaucoup moindre suffit pour assurer un service rapide et régulier.

Engageons maintenant dans les tubes de fer les chariots remplis de dépèches, puis le piston propulseur, et ouvrons le robinet de communication du réservoir d'air comprimé et de la ligne; le gaz comprimé se précipite dans les tubes, pousse devant lui le convoi, lui imprime une vifes-e qui dépend de l'excès de pression dans le réservoir et que l'on peut maîtriser à l'aide du robinet de communication.

Ajoutons que des manomètres convenablement disposés permettent de connaître à chaque instant la pression que supporte l'air dans la cuve à eau, dans le réservoir d'air comprimé et dans les tubes de la ligne en amont du convci de dépèches.

Des essais très-multipliés et très-variés ont démoiilré que le meilleur moyen de se mettre à l'abri des dérangements de toute nature qui peuvent compromettre la sûreté de la correspondance est d'opérer sans pression constante, et qu'un convoi de 10 chariots, portant 400 dépêches et pesant environ 3 kilogrammes, avance avec une vitesse d'environ un kilomètre par minute sous l'influence d'un excès de pression de 20 centimètres de mercure maintenu à l'arrière du piston propulseur. — Cela posé, voici comment on procède à l'expédition des dépêches. Dans le réservoir d'air comprimé, l'excès de pression est toujours maintenu à 20 centimètres de mercure. On engage le convoi dans les tubes de fer, on met la cuve à eau en communication avec les canaux de distribution des eaux de la ville, et quand le manomètre accuse dans cette cuve un excès de pression de 20 centimètres, on ouvre le robinet de communication de la ligne et du réservoir d'air comprimé. Le gaz du réservoir se précipite dans les tubes de la ligne et pousse en avant le convoi ; en même temps, l'air de la cuve à eau, refoulé parle liquide qui afQue, passe dans le réservoir et y maintient une pression constante ainsi que dans les tubes de la ligne en amont du convoi. Quand les dépêches sont arrivées au poste correspondant, on ferme le robinet de communication de la ligne et du réservoir d'air comprimé, on vide la cuve à eau dans les égouts, et tout est prêt pour une nouvelle expédition. — Chaque poste transmet habituellement ainsi cinq convois par heure, ce qui assure une circulation constante et régulière de 2,000 dépêches par heure, avec une vitesse de 1 kilomètre par minute. — Le service exige évidemment que les postes correspondants soient munis d'appareils de télégraphie électrique qui permettent aux employés de se maintenir constamment en communication.

L'administration télégrapiiique a organisé ce service dans le but de faire face aux besoins aciuels de la distribution des dépêches, mais elle est bien loin de dépenser loule la force disponible. L'expérience a démontré qu'en rapprochant convpnaljlemenl les convois et en profitant de la totalité de l'excès de pression réalisable, on pourrait facilement sextupler l'activité de la circulation et transmeilre, dans une seule direction, jusqu'à dix à douze mille dépêches par heure. Et comme chaque poste peut expédier dans plusieurs directions à la lois, on comprend sans peine combien Userait avantageux d'appliquer le système adoplé par l'administration télégi-aphique au transport et à la distribution de toutes les lettres dans l'inlérieur de Paris.

Quelle que soit l'habilelé des employés, quehiue active que soit la surveillance exercée, un dérangement peut évidemment subvenir sur la ligne, un convoi de dépêches peut être arrêté en route. Comment procéder à la recherc! e du convoi dans les tubes souterrains? Comment déterminer le point précis où existe l'obstacle, afin de rétablir promplemenl la circulation en dégageant la voie? Heureusement l'appareil lui-même fournit un moyen fort simple de faire très-exactement cette importante détermination. On a , en effet, sous la main, un réservoir de capacité comme, contenant de l'air à une pression connue aussi. On met le réservoir en communication avec la voie obstruée; la tension du gaz baisse d'autant plus que l'obstacle est placé plus loin. Mais la tension d'une masse gazeuse déterminée varie en raison inverse du volume qu'elle occupe ; de la diminution de tension observée on peut donc déduire très-facilement et très-exactement la capacité en mètres cubes de la portion de la ligne comprise entre le poste de départ et le point où le convoi est arrêté. D'autre part, on connaît le diamètre intérieur et par suite la section transversale des tubes de la voie; eu divisant celte capacité par la section des tubes, on obtient évidemment, à quelqui s mètres près, la dislance à laquelle existe l'obstruction. On connaît donc ainsi le point où il faut ouvrir la tranchée pour retrouver le convoi et réparer la ligne. Un fait servira mieux que tout ce que nous pourrions dire à montrer la confiance que l'on doit accorder à ce procédé de recherche. Le jour de l'inauguration de la ligne souterraine entre le poste central, rue de Grcnclle- Saint-Germain, et le Cercle impérial, rue Boissy-d'Anglas, le premier convoi lancé s'arrêta en route. Le calcul indiqua une obstruction vers le milieu de la rue de Bourgogne. On n'y voulut pas croire; la ligne est toute droite dans le parcours de celte rue. On pensa que l'obstacle devait exister dans les courbes décrites par la ligne autour du palais du Corps législatif; on ouvrit des tranchées, le convoi n'y était pas. La détermination, recommencée en sens inverse par le même procédé, donna le même résultat; on se décida alors àdécouvrir la ligne au point indiqué par le calcul, vers le

milieu de la rue de Bourgogne ; on y trouva le convoi engagé dans un amas de sable que, pendant la pose, les ouvriers eux-mêmes, par négligence, avaient laissé pénétrer dans les tubes.

En définitive. la force de propulsion nécessaire à l'expédition des dépêches est fournie par les eaux de la ville ; les avantages de ce système sont si évidents qu'il est à peine besoin de les signaler. Remarquables par la simplicité de leur construction et la facilité de leur manœuvre, les appareils sont toujours prêts à marcher, et ne sont d'ailleurs exposés qu'à de très-faibles causes de dérangement. Livrée à très-bas prix par la ville, l'eau du canal de l'Oiircq est un moyen de compression de l'air disponible à toute heure, sans aucune préparation, sans frais de mise en train, ni d'entretien, ni d'approvisionnement. La ligne une fois con-truite, le prix de revient delà correspondance f st exactement représenté par la valeur très-minime du volume d'eau utilisé: nulle du moment où la transmission s'arrête, la dépense reste toujours proportionnelle à l'activité du service.

Bien que jusqu'ici ellu n'ait joué qu'un rôle secondaire et subordonné dans la transmission des dépêches, la ligne souterraine atmosphérique a fourni un service trop régulier pour que nous ne soyons pas autorisé à dire qu'elle a fait ses preuves. A notre avis, ce système devrait être généralisé et adopté dans les grandes villes comme moyen de transport et de distribution des lettres. Que se passe l-il, en effet, à Paris, à l'administration des postes, qui a imprimé à ses services toute l'activité que comporte l'emploi de courriers comme moyeu de conmiunication entre ses divers bureaux? Malgré les sept levées et les sept distributions qui sont faites tous les jours, entre sept heures du malin et neuf heures du soir, il s'écoule moyennement quatre heures entre le moment où une lettre est mise dans une boite et celui où elle arrive à destination, et les lettres déposées avant midi peuvent seules parvenir à temps pour permettre une réponse dans le courant de la même journée; aussi les téléjjrammes de Paris pour Paris, malgré leur prix encore trop élevé, ont-ils été adoptés par la population avec un empressement qui témoigne de l'insuffisance des moyens actuels de correspondance. Mais, à moins de recourir à l'emploi toujours très-dillicile de la dépêche chiffrée, il n'y a pas de secret réel possible avec la télégraphie électrique. Il y a donc nécessité de faire subir une réforme profonde et radicale au service de la distribution des lettres dans l'intérieur de Paris. L'expérience a démontré que le télégraphe almosp/térique, si heureusement inauguré par M. de Vougy, remplit toutes les conditions désirables d'économie, de rapidité et de sûreté ; en l'adoptant pour le transport des lettres, l'admmistration serait enfin en mesure de faire face à tous les besoins d'une correspondance chaque jour plus active.

7 août 1SG7.

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