‹ Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie, dans la seconde moitié du xixe siècleChapitre 9 sur 30 · III. — LA TELBORAPHIB ELECTRIQUE · texte numérisé non relu

III. — LA TELBORAPHIB ELECTRIQUE

Deux dépêclves russes. — Physique amusante. — Témoignage île Diderot. — Expérience à Bladiid. — Cadrans de Jean Alexandre. — Voila, Œrstcd, Ampère, Arago, créateurs théoriques de la télégiaphie électrique. — Acte de naissance. — Mécanisme. — Premier télégraphe électrique. — M. Morse. — Initiative de M. Koy. — Première expérience. — Problème résolu par M. Foy. — Télégraphe français. — Députés récalcitrants. — On redoute les émeutiers. — Télégraphie privée. — La ville libre de Brème. — Oscar de la Fayette et Lacave-Laplagne. — Loi votée le 29 novembre 1850. — Restrictions. — Taxe. — Parallèles.

Un simple rapprochement montrera quelle révolution l'électricité allait apporter dans la transmission des dépêches ; la nouvelle de la mort de Paul I*"" (1 2 mars 1801) mit vingt et un jours à parvenir à Londres; la mort de Nicolas (2 mars 1855) y fut connue en quatre heures un quart; mais cette révolution ne s'accomplit pas d'un seul coup, et il fallut bien du temps avant que la mécanique pût appliquer les principes nouveaux que la physique avait découverts.

Nous avons dit plus haut que les premières recherches de Claude Chappe, lorsqu'il songeait à l'invention du télégraphe, avaient été dirigées vers l'électricité; ses efforts n'aboutirent à rien, mais il n'en est pas moins certain que plusieurs essais de télégraphie électrique*

* On lit dans les Voyages d'Arthur Young en France (édit. de 1794), 1. 1", p. 79 : « 16 octobre 1787. — Le soir, je suis allé chez M. Lnmond, Un ouvrier ingénieux et inventif, qui a amélioré les machines à filer la coton. U a fait une remarquable découverte en éleciricjlé. Vous écrivez tleux ou trois mots sur un papier. 11 l'emporte avec lui dans une chambre cl tourne une machine renfermée dans une caisse cylindrique au haut

124 LES TELEGRAPHES.

ont été faits au siècle dernier; aucun d'eux n'a réussi et ne pouvait réussir ; quelques-uns cependant, expérimentés à de très-courtes distances, sont restés comme des procédés de physique amusante. Diderot parle dans ses Lettres à mademoiselle Yoland d'un prestidigitateur appelé Cornus, et dont le vrai nom était Ledru, qui établissait une correspondance d'une chambre à une autre « sans le secours sensible d'un agent intermédiaire ' » . Il est fort probable que l'électricité jouait un grand rôle dans ce tour d'adresse. On lit dans le Moniteur du 10 ventôse an V (28 février 1797) : « De Madrid, 1" février. — Le docteur don François Salva a lu à l'Académie royale de Barcelone un mémoire sur l'application de l'électricité à la mécanique. Ce savant vient de mettre en pratique sa théorie ingénieuse. Son télégraphe électrique (le nom est déjà trouvé) a été examiné par le prince de la Paix, qui a été entièrement satisfait de sa simplicité et de l'effet rapide de cette machine. Ce télégraphe de nouvelle invention a été transporté dans les appartements de l'infant don Antoine, qui se propose d'en faire construire un autre dont les dimensions, animées par la plus grande force électrique possible, aident à correspondre à de grandes distances, tant sur terre que sur mer. On prépare à cet effet une immense machine électrique. Les expériences seront dirigées par le docteur Salva. » — En 1802, le gouvernement français fut saisi d'une demande

de laquelle est une petite boule de poix en guise d'électromètre. Un fil métallique unit cette caisse avec un cylindre et un éleclromètre pareils, situés dans une autre partie éloignée de l'apparlemeiit, et la fenime de Lomond, en observant les mouvements correspondants de la petite boule, écrit les mots qu'elle indique; d'où il suit que Lomond a inventé un alphabet par les mouvements. Comme la longueur du (il métallique ne fait aucune différence dans les effets produits, on pourrait ainsi entretenir une correspondance à une distance quelconque, par exemple, en dedans et en dehors d'une ville assié;,'ée. Quel que soit l'usage qu'on en puisse faire, l'invention est magnifique. »

* Le petit-fils de ce Comus, M. Ledru-RoHin, eut quelque notoriété politique après la révolution de Février 1818.

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