‹ Paris sous la commune--18 mars au 28 mai--Chapitre 11 sur 124 · DÉCLARATION DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DE LA PRESSE

Attendu que la convocation des électeurs est un acte d souveraineté nationale ;

Que l'exercice de cette souveraineté n appartient qu’at pouvoirs émanés du suffrage universel ;

Que, par suite, le Comité qui s’est nstalle ; à l’'Hôtel-de: Ville n’a ni droit ni qualité pour faire cette convocation,

Les représentants des |; Journaux soussignés considèrent le convocation affichée pour le 22 courant comme nulle & non avenue,

Et engagent les électeurs à n’en pas tenir compte.

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Petit Moniteur, — Francais, — Journal des Villes et Campagnes, — Moniteur universel, — Monde.

Le Rappel ne s'était pas fait représenter; mais quant à l'Avenir national, sa défection dans la personne de M. Desonnaz est bien caractéristique pour la politique de ce journal, habile à ménager la chèvre sans endommager le chou.

Quand on demanda à M. Desonnaz s'il adhérait, il

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ET Us léclara courageusement qu'il... n'avait pas d’insructions suflisantes. On en rit tout bas; évidemment, intention de M. Peyrat était de faire acte de préence à la réunion, mais de ne pas faire adhérer son ournal.

Jaimais mieux l'attitude de M. Veuillot, auquel les mots souveraineté nationale ont fait faire la grimace, nais qui à adhéré quand même, comprenant bien que, lévant une affirmation de principes, on ne devait pas ‘hicaner sur une question de mots.

Nouvelle affiche des représentants, maires et adjoints de Paris, disant :

Les maires et adjoints de Paris et les représentants de la Seine font savoir à leurs concitoyens que l’Assemblée nationale a, dans la séance d’hier, voté l'urgence d’un projet de loi relatif aux élections du conseil municipal de la ville de Paris. | La garde nationale, ne prenant conseil que de son palriotisme, tiendra à honneur d’écarler toutes causes d’un conflit, en attendant les décisions qui seront prises par l’Assemblée nationale.

… Vive la France! Vive la République !

Paris, le 21 mars 1871,

(Suivent Ies signatures:)

Pendant tout ce temps-là, ce que devient Panural Saisset et son commandement, nul ne le sait. Personne ne sait ce qu'il fait; mais il n’en est pas de même

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des actes du Comité central, qui à lOfficiel pour pu blier ses décisions.

Le Comité central de la garde nationale est décidé respecter les conditions de la paix.

Seulement, il lui paraît de toute justice que les auteur de la guerre maudite dont nous souffrons subissent Ja plu grande partie de l'indemnité imposée par nos impitoyable vainqueurs,

GRÈLIER, Délégué à l'intérieur.

Prorogation d’un mois des échéances des effets de com: merce.

Jusqu'à nouvel ordre, et dans le seul but de maintenh la tranquillité, les propriétaires et les maîtres d'hôtel ne

pourront congédier leurs locataires.

L'arrêté relatif à la vente des objets engagés au Mont. de-Piété est rapporté.

À Versailles on dit que des repris de justice sont dans les rangs des fédérés ; ceux-ci retournent l'accusation, et on peut lire cette proclamation du Comité central disant que :

De nombreux repris de Justice, rentrés à Paris, ont été envoyés pour commettre quelques attentats à la propriété, alin que nos ennemis puissent nous accuser encore.

Nous engageons la garde nationale à la plus grande vi= gilance dans ses patrouilles.

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Chaque caporal devra veiller à ce qu'aucun étranger ne se glisse, caché sous l'uniforme, dans les rangs de son escouade.

C’est l'honneur du peuple qui est en jeu ; c’est au peuple à le garder.

Ceci n'est qu'amusant; voici qui devient grotesque. Un nommé Lucien Combhatz, ancien employé à la télégraphie et qui n°v est pas resté pour des raisons assez... sérieuses, parait-il, s’est improvisé directeur eénéral de la télégraphie. 1 crie contre Versailles qui à désorganisé les services pour la province et étranger, et savez-vous par quoi le Comité répond à ses doléances”?

Par la suppression de la télégraphie privée dans Paris.

Le directeur général des télégraphes est autorisé à supprimer jusqu’à nouvel ordre la télégraphie privée dans Paris.

Paris, le 20 mars 1871.

Pour le Comilé central : L. BouRSIER, GOUHIER, E. MOREAU.

Malheureusement on ne pouvait pas rire de tout ce qu'il y avait de drôle dans les rapports et décrets. Exemple :

Voici dans sa terrible naïveté le rapport fait par le sénéral commandant à Montmartre. On le nomme Ganier.

+ JE RAPPORT DU 20 AU 21 mars.

Rien de nouveau.

J'ai reçu les rapports des différents chefs de poste. I nuit a été calme et sans incidents.

À dix heures cinq minutes, deux sergents de ville dé guisés en bourgeois sont amenés par des francs-tireurs « fusillés immédiatement.

À midi vingt minutes, un gardien de la paix, accus d’avoir tiré un coup de révolver, est fusillé.

À sept heures, un rendatiés amené par des garde du 28e, est rubé:

Mais on a tué quatre hommes !

Le rapport pourtant commence ainsi : Rien de nou veau !

Que serait-ce s’il y en avait. du nouveau!

L'argent devient rare, et il en faut. Le Comité song à la Banque, ce qui était bien naturel, et fait de: mander un million; mais on ne fournit à la Banque qu'une somme de 340, 000 fr. — Cette somme que M. Rouland à fait remettre n’est point un don; on jugé différemment cet acte sur lequel ïl n’est pas inutile de faire connaître la vérité. Cette somme était ordonnancée par l’ancienne administration pour les services de voirie. Or, le Comité continuait à faire balayer et arroser; la somme était due, la Banque paya; mais quant à fournir des sommes en dehors, elle s’y refusa complètement. |

Un tulleur du boulevard des Capucines Lenta d’or-

aniser la ligue des Amis de l'ordre, dont la deuxième janifestation a été si meurtrière pour ses adhérents. L Bonne fit placarder dans tout son arrondissement me affiche lie-de-vin, disant :

Je viens faire appel au patriotisme et à la virilité de la jopulation qui veut l’ordre, la tranquillité et le respect des

ois.

Le temps presse pour former une digue à la révolution ;

jue tous les bons citoyens viennent me donner leur appui.

Le signe de ralliement était un ruban bleu à la outonniére, en opposition avec les gardes comitéens, {ui avaient réarboré les rubans rouges.

Cette affiche apposée le 20 donnait rendez-vous jour le lendemain, en bourgeois et sans armes, à ous ceux qui voulaient manifester. Le groupe à comnencé à se former compact vers deux heures de après-midi; deux drapeaux sont en tête, sur lesquels ont écrits ces mots : « Vive l'ordre! » et « Société des Amis de l’ordre. »

. Son parcours dans les rues Montmartre, Drouot, à la place de la Bourse, sur Îles boulevards Poissonnière, Montmartre, des [taliens jusqu'au Grand-Hôtel, est une acclamation perpétuelle de : « Vive l'ordre ! » Seulement, quand la manifestation s’est présentée à la place Vendôme, les Montmartrois, fortement retanchés en cet endroit, ont braqué leurs canons contre la foule qui s’est dispersée. On est revenu de-

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vant le tailleur Bonne, et un zouave alerte est mont dans un arbre pour v accrocher le drapeau qui venail de faire le tour des boulevards, et l'on se sépara ef criant : — À demain !

La journée du 22 mars devait être sinistre.

Dés le matin le canon allemand tirait à toute volée, el les salves d'artillerie fêtaient un anniversaire prussien. Le Comité central avait eu soin d’en prévenir là population, pour qu’elle ne s’alarmät point.

Cependant il n’est bruit que de la manifestation de la veille et de celle qui se prépare pour le jour même, On s’excite dans des groupes sur le boulevard ; on manifestera, D'un autre côté, la garde nationale qui est sous les armes ne parle que d’écraser la réaction.

l'est midi, et les têtes sont montées. Le lieu de rassemblement est sur la place du nouvel Opéra.

A une heure, la foule est nombreuse: personne n'avait d'armes apparentes; on distribue des bouts dé ruban bleu. Et à deux heures la colonne se met en marche avec un immense drapeau tricolore en tête.

Un instant on hésita sur le parcours à suivre, €l voici l'itinéraire auquel on s'arrêta : descendre la rue de la Paix, traverser la place Vendôme, et de là se rendre dans la rue de Rivoli, pour aller à l'Hôtel-de- Ville, puis retour par les boulevards.

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On se met en marche. Les premiers avant-postes pue l'on rencontre rue de la Paix se replient assez ordialement. Mais on bat le rappel place Vendôme ; lés gardes nationaux se mettent en ligne. Devant tte attitude, la plupart des manifestants s'arrêtent ; inq ou six cents personnes continuent leur marche ; “hésitation de la foule enhardit les gardes du Comité.

— Vous ne passerez pas, disent-ils à la manifesation.

— Vive l'ordre! vive la République ! répondent Îles nanifestants.

—— Vous ne passerez pas!

__ Nous sommes sans armes, nous passerons !

’est alors que les baïonnettes sont croisées, des fusils s’abattent et.

Des morts et des mourants gisent par terre. La foule s’est dispersée. Il y a des blessés, 11 y à du sang . |

Dans la rue Neuve-Saint-Augustin, 1l y a douze cadavres; dans la rue de Ja Paix, un lignard, qui jusqu'au dernier moment avait tenu fièrement le drapeau tricolore, tombe à côté d'un vieillard qui à la tête fracassée.

Parmi les blessés on compte M. Henry de Pêne, que les massacreurs s'étaient désigné comme réactionnaire. On le transporte chez M. Giroux.

M. Otto Hlottinguer, un des régents de la Banque, qui s'était arrêté pour ramasser un blessé, en agttant

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— 30 — | son mouchoir en signe de paix, a été frappé de de balles.

M. Gàston Jollivet a eu le bras gauche traversé.

M. Bellanger, propriétaire du café de la Porte Saint-Martin, et tout nouvellement marié, a été frappé d’une balle au cœur et d’une autre dans le poumon. Il en est mort.

M. Dehersin a été frappé d’une balle à la région du crâne,

M. Barle, lieutenant de la garde nationale, a reçu une balle dans le ventre. ;

On cite encore deux mobiles de la Seine et-un ha bitant de la rue Martel blessés, kE

M. Miet, caissier, rue Neuve-Bossuet, a succombé a ses blessures.

Ce ne sont pas Les seules victimes. Parmi les morts, nous avons relevé les norns suivants : |

M. Valin, garde national, 7e bataillon, 5e cOMpagnie, tapissier, cité Trévise; M. François, garde na: tional, 2152 bataillon, 7e compagnie; M. Baude, ingénieur des ponts-et-chaussées, chevalier de la Légiond'Honneur ; le vicomte de Molinet: M. Tiby, ancien colonel, officier de la Légion -d’Honneur, 1, ruê LA Grand; M. Tinnel; M. Colin (Edmond), employé dans une compagnie æ assurances; M. Lemaire (Auguste); M. Niel pére; enfin, M. CHERE vicillard de soixante-quatorze ans; M. Sassary, ancien lieutenant de vaisseau, bas dt d’un bataillon de marche,

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Les blessés sont nombreux; outre ceux dont nous ons déjà parlé, on compte MM. Louis Vinganot, diffeur; Train; Brière, le fils de l’imprimeur, et tant autres !..

Et ce jour-là le soleil était radieux; mais bien peu e ceux qui avaient assisté à cette horrible scène sonérent à contempler l’azur des cieux. Nous avions la iort dans l'âme et la honte au front!

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