CHAPITRE I
L'effet de la fusillade de la rue de la Paix. — Nous étions fous! —1 GRANDE DÉSERTE. — La PRESSE cesse sa publication. — La menace. | Versailles et Paris. — Histoire du RAPPEL. — La réaction relève la têt — La place de la Bourse place d'armes. — La mairie du 2e arrondisse ment. — M. Tirard et l'amiral Saisset. — M. Desmaret à la mairie de. rue Drouot. — Concession aux Parisiens. — La Banque est crénelée.- Encore la résistance. — La jeunesse des Écoles. — Plus de résistance armistice et fraternité. — Le Comité central nomme trois générau) — Attentat sur deux politechniciens. — Les facéties du Perrr Om parisien. — Les généraux Chanzy et de Langourian sont mis en liberté — Les élections communäles. — Le dimanche 26 mars, — Physionomi de Paris par quartier. — Le reçu de M. Bazire. — Arrestations. — Fy sillade place de la Concorde, — Dépouillement du scrutin. — L'armé de la Commune. — L'appel au régicide. — L'OrFICIEL du 27 mars. = Élus par arrondissement. Noms, prénoms, professions, âges, opinions — Calculs différentiels.
L'effet produit par le crime de la place Vendôme fut celui de la stupeur. À mesure que le bruit se ré: pandit que l'on avait tiré sur la foule, dans lés quartiers aristocratiques, on cria partout: Aux armes! mais personne ne descendit dans la rue, et quand, vers cinq heures du soir, un bataillon de Belleville défila sur les boulevards, le silence fut complet; pas un homme n’eut le courage de crier :
— Assassins !
Pas une femme ne vint leur cracher au visage. Quelle explication donner à cela? — Qui déduira » de cette proposition? — Faut-il la trouver dans la cheté des hommes? dans l'indifférence générale et igoïsme particulier? dans la terreur qu’inspiient ces gardes ?
M. Guizot, dans une lettre adressée au Times, relerche et trouve ce qui à paralysé ou mieux neualisé l’action de la bourgeoisie pendant la journée 1 18 mars, journée où le rappel fut inutilement attu dans tous les quartiers bien pensants; mais uelle que soit la perspicacité, la profondeur de vues u célèbre homme d’État, dira-t-il ce qui, le 22 mars, ndit muette la population devant tant des meilurs d’entre elle qu'on venait d’assassiner si licheent ? | Nous devions être fous! Car toutes les tentatives e résistance faites depuis ont été folles! Et jusqu'à otre commandant en chef, l'amiral Saisset, qui avait erdu la lucidité nécessaire à ses hautes fonctions ! | nous quittait trois jours après, avec si peu la tête Jui, qu'il oubliait, en partant, ses épaulettes, son pée, sa casquette d’amiral, ses timbres et ses paiers. Sans un officier d'ordonnance moins pressé, le omité central se serait fait un trophée d'armes que | sis pas conquis les Prussiens !
A partir de ce moment, Paris baisse la tête; 1l emble qu'il est plus honteux qu'affigé. C'est l’histoire
;. is d’un monsieur qui possède un domestique : le mestique se permet de manquer de respect à $ maitre qui lui allonge un coup de pied, en lui sant :
— Si ça l’arrive encore, je doublerai la dose.
Le monsieur, c’est le Comité central; le dome tique, c’est Paris. Il ne l’oubliera plus, et ceux q n'ont pas le courage de résister fuient. Paris, grande assiégée, devient la grande déserte !
Eflrayés par le spectre de thermidor qui se dress sur la cité, la Presse ferme ses bureaux et cesse &
publication, car l'Officiel du matin contenait la mena suivante :
La presse réactionnaire a recours au mensonge et à. calomnie pour jeter la déconsidération sur les patriotes q ont fait triompher les droits du peuple. à
Nous ne pouvons pas attenter à la liberté de la presse seulement, le gouvernement de Versailles ayant suspend le cours ordinaire des tribunaux, nous prévenons le écrivains de bonne foi, auxquels seraient applicable en temps ordinaire les lois de droit commun sur la ca lomnie et l’outrage, qu'ils seront immédiatement dé férés au Comité central de la garde nationale.
Etait-ce clair ?
M. Pie Wers deux heures de laprès-midi, le 22, on affiiaitsur les murs de Paris :
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Liberté, Egalité, Fraternité.
É Assemblée des maires et adjoints de Paris, En vertu des pouvoirs qui lui ont été conférés, Au nom du suffrage universel dont elle est issue et dont
le entend faire respecter le principe, En attendant la promulgation de la loi qui conférera à la
ide nationale de Paris son plein droit d'élection,
Vu l’urgence, | Nomme provisoirement :
L'amiral Saisset, représentant de la Seine, commandant ipérieur de la garde nationale de Paris;
Le colonel Langlois, représentant de la Seine, chef d’é-
t-major général ; Le colonel Schælcher, représentant de la Seine, comandant en chef de l’ Dolce de la garde nationale.
(Suivent les signatures des maires et adjoints de Pari is.)
En réponse, quelques heures après, le Comité cen- “al répondait à ces nominations par l'affiche suiante :
RÉPUBLIQUE FRANCAISE