COMITÉ CENTRAL. — ÉLECTIONS A LA COMMUNE
Citoyens,
Notre mission est terminée ; nous allons céder la place le votre Hôtel-de-Ville à vos nouveaux élus, à vos mandaaires réguliers.
Aidés par votre patriotisme et votre dévoûment, nous ions pu mener à bonne fin l’œuvre difficile entreprise en votre nom. Merci de votre concours persévérant; la solidarité n’est plus un vain mot; le salut de la République est assuré.
Si nos conseils peuvent avoir quelque poids dans vos résolutions, permettez à vos plus zélés serviteurs de vous faire connaître, avant le scrutin, ce qu’ils attendent du vote d'aujourd'hui. e
Citoyens,
Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous servipont le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, wivant de votre propre vie, souffrant des mêmes maux.
Défiez-vous autant des Son que des parvenus; les luns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt, et finissent toujours par se considérer comme indispensables.
Défiez-vous également des parleurs, incapables de
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— fs passer à l'action; jls sacrifieront tout à un discours, à un effet oratoire ou à un mot spirituel, |
Évitez également ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère.
Enfin, cherchez des hommes aux convictions sincères, des hommes du peuple, résolus, aclifs, ayant un sens droit et une honnêteté reconnue. Portez vos préférences sur Ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le véritable mérite est modeste, et c’est aux électeurs à con naître leurs hommes, et non à ceux-ci de se présenter.
Nous sommes convaincus que, si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des manda# taires qui ne se considéreront jamais comme vos maitres.
Hôtel-de-Viile, 25 mars 1871.
Le Comité central de la garde nationale.
Cela était aussi perfide qu’habile.
« Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages! »
C'était dire : Nommez ceux du Comité central qui ne font rien — d'apparent ! — pour être nommés.
Toute la journée de la veille, à l'Hôtel-de-Ville, ils avaient fait des bulletins de vote et dressé des listes d'éligibles pour chaque arrondissement. Eux et leurs amis avaient bien travaillé, et ils attendaient le prix de leur peine.
Des estafetles arrivent portant des nouvelles : mal-
6 de nombreuses abstentions, le nombre des votants jur la Commune est assez élevé.
Faisons un tour de Paris.
On votait sans désordre, mais aussi sans empresseent. La journée était belle, chaude; des promeeurs circulaient comme un jour de récréation popuire, mais tous ceux qui se promenaient ne votaient as. Ce n’est plus le temps où chaque arrondissetent avait sa physionomie et où le vote était ardent 1c1, irouche là, mais toujours sincère, malgré la passion. Ceux qui votent le font par acquit de conscience, t la plupart machinalement.
Au {er arrondissement, presque personne; on vote our l’ancienne municipalité ; le 2° n’est guêre plus nimé : même comédie, c’est l’ancienne municipalité ui sera réélue. Le 3° arrondissement est plus conaincu. Le quartier du Temple vote avec assez d’enemble ; 4e, 5e, Ge, 7e et 8e arrondissements, pas de ihysionomie ; quelques rares électeurs égarent leurs bulletins dans les urnes. Au 9° arrondissement, quelque animation; les amis de Rance et de Desmarcts uttent en paroles et, au besoin, lutteraient diffé ‘emment. Le 10e arrondissement est très-décidé ; Let arrondissement est le seul dans lequel ait été aite une protestation contre les élections de ce jour. est M. Bazire, point le rédacteur de la Marseillanse, jui a déposé une protestation motivée disant : — « Attendu que... elc., elc., les élections faites dans
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mn ces conditions ne présentent aucunes garanties 4 liberté et de légitimité. »
M. Bazire à exigé un reçu de sa protestation. Voici la teneur de ce reçu, auquel nous conservonts son orthographe :
Je reconnait avoir recu du citoyent Bazire la protesta= ton contre les élections. Je m'engage 4 la remettre at commité.
Paris, la 26 m'ar 1871.
Le président de la section de la rue d’'Henghien,
BARBE, Boulevard de la Villette, 163.
Mon Dieu! tout le monde n’a pas été élevé au col lége Sainte-Barbe, et l’on peut faire des fautes d’or thographe tout en étant un bon citoyen; mais ce qui est plus singulier que l'orthographe de ce Monsieur, c'est qu'habitant La Villette, il vienne présider des élections dans un arrondissement qui n’est pas le sien.
Les 116, 12, 13e, 14e, 15e, 16e arrondissements n'offrent pas de physionomie intéressante ou à noter. Le 16° est encore celui où on s’abstient le plus.
Au 17° arrondissement il y a foule; quelques coups de poing appuient l'opinion de quelques citoyens. À Montmartre, au 18e, tout le monde, jusqu’au dernier, a déposé son bulletin dans l’urne ; les uns, en accusant le Comité d'être réactionnaire: les autres, en
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Hiemant qu'il a bien mérité de la parie; Us Ce ar quoi ne se divisent pas les électeurs de cet arronissement, c’est L'inviolable attachement qu'ils pro- »ssent pour leurs canons.
Je crois qu'ils Îles défendraient même contre la ommune |
Montmartre sans canons! Horreur ! C’est Orphée yant perdu Eurvdice
Le 19e arrondissement est aussi voleur que Montnartre, et il est plus bruyant encore. Des affiches, Ly en a partout, les unes imprimées, les autres lihographiées. On fait religieusement queue aux $66jons de vote, et de temps en temps quelques bonnes jourrades viennent prouver aux électeurs moins... “onvaineus, que deux citoyens de diflérentes opinions Yexpliquent et se donnent des raisons.
Au 20e arrondissement, le diapason politique est monté d’un cran de plus. Si on parle de Blanqui, il faut se découvrir presque. Flourens est le dieu de la population.
Un exemple de l’exaltation des esprits :
Un électeur tient son bulletin à la main, et s’adressant à un groupe, lui dit :
-- Je vote pour des rouges-rouges; mais n.. de D... si j'en savais un plus radical que le drapeau rouge, je le nommerais de préférence.
La journée ne s’est pas passée sans violences. Cela eût été trop beau. |